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AMÉRIQUE

L'actualité de la semaine en Amerique

À la veille de leur rencontre à Helsinki, comment expliquer l’étrange attraction que le président russe Vladimir Poutine semble exercer sur son homologue américain Donald Trump? Est-ce un calcul politique, un chantage exercé par Poutine, ou une affinité personnelle ou idéologique profonde? C'est un peu tout ça, et ça n'augure rien de très bon.

Depuis son entrée en politique, Donald Trump a insulté, abaissé et critiqué des centaines, sinon des milliers de personnes et de groupes. Dès l’annonce de sa candidature, il qualifiait ses prédécesseurs de stupides et les Mexicains de violeurs et de criminels. Il a insulté tous ses opposants républicains et abreuvé d’injures sa rivale démocrate. Depuis son arrivée en poste, presque tous les leaders étrangers avec qui il a fait affaire y sont passés, y compris Justin Trudeau, Angela Merkel et Theresa May. La liste est infinie, mais il y a un nom qui n’y figure pas encore: celui de Vladimir Poutine. Jamais Donald Trump n’a adressé la moindre critique ni la plus petite insulte au président de la Russie, qu’il rencontrera lundi à Helsinki.

Avant de partir pour l’Europe, il annonçait que sa rencontre la plus facile serait avec Poutine. Au lendemain de la publication par son gouvernement d’un acte d’accusation contre douze officier sous les commandes de Poutine pour ingérence dans l’élection de 2016, Trump blâmait Barack Obama, pas Poutine. Pourquoi cette déférence? Pourquoi cette admiration? Pourquoi ce refus de confronter le dirigeant autoritaire de la principale puissance rivale des États-Unis?

Pour répondre à ces questions, on peut formuler trois catégories d’hypothèses. La première est politique. La seconde est fondée sur l’intérêt personnel. La troisième est fondée sur les affinités idéologiques ou personnelles. Aucune de ces trois catégories d’explications ne mène à une vision optimiste de la rencontre entre ces deux personnages.

Des motifs politiques?

Donald Trump affirme croire sincèrement qu’un rapprochement avec la Russie est dans l’intérêt réel des États-Unis. Il le répète constamment: mieux vaut une bonne relation qu’une mauvaise. Comme il a aussi tendance à mettre les relations interpersonnelles au premier plan de son approche de la politique, il est normal qu’il tienne à entretenir de bonnes relations personnelles avec le leader de ce pays pour accomplir cet objectif politique. C’est l’explication la plus généreuse pour l’attitude de Trump envers Poutine.

L’idée selon laquelle l’opposition envers la Russie ne devrait plus être au cœur de la stratégie américaine est assez répandue parmi certains analystes de droite aux États-Unis. Dans la mesure où le régime de Moscou n’est plus la menace globale qu’il était pendant les belles années du communisme soviétique, les menaces qu’il représente encore dans certaines régions de l’Europe ne seraient plus, dans cette perspective, une préoccupation pour les Américains. Pourquoi ne pas laisser les Européens se débrouiller seuls et collaborer avec Moscou sur les nouvelles menaces que représentent le terrorisme islamiste et les régimes voyous qui jouent avec le feu nucléaire? Pour sept décennies, l’Europe unie était perçue comme étant dans l’intérêt stratégique américain, mais aujourd’hui, lorsqu’on lui demande qui sont les ennemis des États-Unis, l’Union européenne est le premier nom qui vient aux lèvres de Donald Trump

Les indices de la volonté de Trump de réorienter la politique américaine vers un partenariat avec la Russie abondent, mais la nature exacte de ce nouveau partenariat reste nébuleuse et il est loin d’être clair que Trump pourrait convaincre l’ensemble de l’appareil américain de politique étrangère. Quel est l’objectif de Trump face à ses rapports avec la Russie? Il ne le dit pas. En fait, à aucun moment depuis l’annonce de sa rencontre avec Poutine n’a-t-il pu articuler clairement ce qu’il compte y accomplir. Si la fascination de Trump pour Poutine répond à un calcul fondé sur une vision stratégique cohérente, cette vision n’est pas évidente.

Ce rapprochement répond-il à des impératifs de politique intérieure? Peut-être, mais il est difficile de concevoir en quoi un rapprochement avec un des personnages les plus conspués par l’opinion publique américaine peut aider Trump à étendre ses appuis. Pourtant, il n’est pas sans intérêt de constater que Trump a réussi à amener une bonne partie de la «base» républicaine à percevoir favorablement l’autocrate russe, ce qui n’est pas peu dire.

Trump manipulé?

En tant que politologue, les théories du complot me répugnent. Par définition, une théorie du complot ne peut être démentie par l’observation, ce qui ouvre la porte à toutes les bêtises. Par conséquent, je n’accorde pas beaucoup de crédit aux théories du complot les plus extrêmes qui voient Donald Trump comme une espèce de Manchurian Candidate contrôlé par un machiavélique et tout-puissant Poutine. Il se trouve portant des analystes réputés sérieux aux États-Unis qui posent de non moins sérieuses questions sur la possibilité que Vladimir Poutine possède quelque forme d’information compromettante sur Trump qui rendrait ce dernier susceptible au chantage. Dans un article qui fait beaucoup jaser, le journaliste Jonathan Chait avance l’hypothèse selon laquelle Trump serait carrément un pantin du leader russe («Prump-Tutin: Will Trump Be Meeting With His Counterpart — Or His Handler?» ).

Même si Trump a fait campagne en niant avoir jamais eu de rapport avec la Russie, les liens financiers et autres entre son organisation et des personnages plus ou moins recommandables de l’entourage de Poutine sont abondants. De là, les motifs de chantage de la part du président russe sont difficiles à écarter du revers de la main. Que dire de ce genre d’allégations? Pour le moment, pas grand-chose, sinon qu’elles demeurent plausibles jusqu’à preuve du contraire et qu’elles demeurent des allégations jusqu’à ce que toutes les pièces du puzzle aient été solidement mises en place. C’est à cela que s’affairent les enquêteurs du procureur spécial Mueller et il faut les laisser faire leur travail. Malgré tout, l’insistance de Donald Trump à dissimuler ses affaires n’aide pas sa cause. S’il n’a rien à cacher, pourquoi n’ouvre-t-il pas les livres de son organisation et pourquoi refuse-t-il de témoigner sous serment devant Mueller? Par extension, s’il n’a rien à cacher dans sa relation avec Vladimir Poutine, pourquoi insister pour le rencontrer seul à seul, sans aucun témoin apte à rendre compte de leurs échanges? Personne, surtout pas Trump, n’a encore fourni de réponse satisfaisante à ces questions.

Communauté d’esprit

Ce qui à mon avis explique le mieux la déférence de Donald Trump envers Vladimir Poutine est la communauté d’esprit entre les deux individus, tant en ce qui concerne l’idéologie que les affinités personnelles. Au plan idéologique, il est clair que Trump et Poutine s’opposent à l’institutionnalisme libéral qui était un des principaux piliers du leadership international des États-Unis jusqu’à l’arrivée de Trump. Tous les aspects de l’institutionnalisme libéral répugnent aux deux présidents, qu’il s’agisse de l’ouverture des marchés, de la primauté de la règle de droit dans les transactions financières internationales ou, surtout, de l’ouverture à l’immigration. Le protectionnisme et les récriminations envers les partenaires commerciaux sont des éléments fondamentaux du discours politique de Trump. Quant à la règle de droit dans les transactions financières on comprend que ni un ni l’autre n’y gagne beaucoup. Pourtant, c’est l’hostilité envers l’immigration et le pluralisme culturel qui semble le trait idéologique commun le plus marquant. Toutes les interventions de Vladimir Poutine pour tenter d’influencer le cours de la politique européenne, par exemple, visent l’appui à des partis qui prônent un nationalisme fermé et réfractaire à l’immigration non-blanche, comme Trump.

Il y a d’ailleurs plusieurs parallèles entre le nationalisme de Trump et celui de Poutine au plan du discours politique, sinon des convictions profondes. Dans les deux cas, ils cultivent la nostalgie d’une nation au passé glorieux. Dans les deux cas, même si ni l’un ni l’autre n’est particulièrement pratiquant, ils exploitent la ferveur religieuse de la droite conservatrice pour consolider leur coalition politique. Surtout, si Poutine est le maître incontesté de l’art d’exploiter le populisme pour coiffer son autoritarisme d’une auréole de légitimité démocratique, Trump est sans doute son émule le plus en vue.

Au-delà de la politique, on peut aussi observer plusieurs traits de personnalité que Trump semble admirer chez son vis-à-vis russe. Premièrement, il est bien connu que pour Donald Trump, la plus importante mesure de la valeur d’une personne est la taille de son compte en banque. Comme la fortune de Vladimir Poutine dépasse sans doute de très loin delle de Trump, il ne peut que vouer une admiration pleine de déférence à l’homme avec qui il cherche àfaire des affaires depuis longtemps. Passons rapidement sur le machisme du leader russe et son mépris manifeste pour Hillary Clinton, qui ne peuvent que le rendre sympathique aux yeux de Donald Trump. La capacité de Poutine d’exploiter son pouvoir politique à des fins d’enrichissement personnel et la prépondérance de la loi du plus fort sur les normes et l’éthique de la gouverne semblent aussi être des modèles que Donald Trump n’arrivera sans doute jamais à égaler, malgré les efforts qu’il y met. Le mépris de Poutine pour la liberté de la presse et l’expression de l’opposition envers son régime sont aussi des «qualités» que Trump semble déterminé à mettre à contribution en politique. Pas étonnant, donc que Donald Trump soit persuadé que Vladimir Poutine et lui parviendront à s’entendre comme larrons en foire.

Le problème pour Donald Trump est que le talent de manipulateur de Vladimir Poutine dépasse de loin le présumé talent de négociateur que «l’artiste du deal» est convaincu de posséder. Tous les spécialistes des relations américano-russes s’entendent pour dire que les États-Unis n’ont à peu près rien à gagner de cette rencontre d’Helsinki alors que, comme c’était le cas pour le dictateur nord-coréen Kim Jong-un à Singapour, la simple tenue de cet événement est une victoire pour Poutine. Comment expliquer cette concession énorme au dictateur russe par celui qui occupe le poste qui venait dans le passé avec le titre de «leader du monde libre»? Aucune des trois catégories d’explication proposées ici ne peut être appuyée sans l’ombre d’un doute, mais elles ont toutes quelque chose de plausible et aucune ne peut être  rejetée du revers de la main. Surtout, aucune de ces explications ne porte à l’optimisme quant à la direction que semble vouloir imprimer Donald Trump à la politique étrangère de son pays.

Avec le Jouurnal de Montréal

 

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