De Homs et Palmyre à Alep, du Qalamoun et Deir Ez-Zor à la Ghouta orientale et à la Ghouta occidentale, d’autres villes et d’autres campagnes. Ils [les opposants] ont finalement été contraints de partir – humiliés, ils ont reculé – après que vous leur avez donné un avant-goût de la défaite amère”,

a-t-il écrit le 1er août dans une lettre ouverte adressée à ses forces à l’occasion du 73e anniversaire de l’armée syrienne.

Après sept ans d’un conflit ayant fait au moins 350 000 morts et des millions de déplacés, l’armée syrienne a effectivement réussi à reprendre près de deux tiers du territoire national. L’autre tiers est réparti entre les rebelles et les djihadistes présents dans la région d’Idleb, dans le nord-ouest, et les forces kurdes soutenues par les États-Unis dans le nord et le nord-est du pays. Mais ces victoires, qui n’auraient pu voir le jour sans la double intervention massive des Russes et des Iraniens, ont coûté très cher aux forces de Damas.

L’impréparation des forces syriennes avant l’éclatement du conflit, notamment en raison d’un vaste réseau de corruption, et les problèmes de confiance liés aux relations entre soldats alaouites et sunnites ont entraîné une désorganisation et une déprofessionnalisation de l’armée.

L’armée affaiblie sur deux fronts

Après sept ans de guerre, les effectifs de l’armée syrienne s’élèveraient aujourd’hui à près de 100 000 hommes – alors qu’ils étaient 250 000 en 2011 – après les morts mais aussi les nombreuses défections, en particulier au début du conflit. “Une bonne partie des combattants d’aujourd’hui sont soit épuisés, soit manquent d’expérience en raison de leur récent recrutement. Mais les autres, plus expérimentés, trouvent leur place dans trois rangs différents au-dessus de l’armée : la garde républicaine, la 4e division de Nahr Assad et les forces spéciales de Souhaïl Al-Hassan, dit ‘le Tigre’, qui sont des forces encore capables d’opérer”, explique à L’Orient-Le Jour Ziad Majed, politologue et spécialiste de la Syrie.

En plus des forces loyalistes, le régime peut compter sur l’appui de milices : “100 000 miliciens épaulent le régime. Ils sont surtout présents sur des check-points et représentent l’infrastructure sécuritaire du régime dans certaines provinces du pays, notamment dans la région de Lattaquié, où ils sont directement en contact avec les Russes. Ces milices étaient à l’origine formées par les Iraniens pour créer des unités semblables aux milices chiites irakiennes, donc moins disciplinées, moins équipées et moins entraînées que le Hezbollah”, poursuit l’expert.

L’armée a donc été affaiblie sur deux fronts : l’un vis-à-vis de l’intérieur, avec la création de milices qui lui disputent son monopole de la violence légitime, l’autre par rapport à l’extérieur, avec l’intervention des troupes étrangères qui lui confisquent sa souveraineté territoriale. Elle a toutefois gagné en efficacité et en homogénéité. “À l’heure actuelle, l’armée syrienne est mieux qualifiée, à l’instar de quelques unités d’élite ayant la capacité de mobiliser les milices locales”, explique à L’OLJ Nick Heras, analyste au Center for New American Security. “Mais cela signifie aussi que le moral de ce qui reste de l’armée syrienne est élevé, car ceux qui restent pour se battre ne sont que les plus engagés dans la cause”, précise-t-il.

Un reliquat d’officiers

D’après des chiffres révélés par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) à l’occasion du septième anniversaire du conflit, en mars dernier, le régime aurait perdu près de 49 000 soldats, sans compter les miliciens fidèles au régime. “Les dernières estimations dressent un bilan de 100 000 morts au niveau de l’armée (tous services confondus) et près de 50 000 morts parmi les milices qui épaulent Damas. Les pertes sont réparties aussi d’un point de vue confessionnel, mais avec une forte concentration au niveau des zones alaouites, qui ont fourni le plus de combattants”, dit pour sa part Ziad Majed.

Pour assurer le moral des troupes, le régime n’hésite pas à mettre des figures charismatiques en avant, la plus célèbre étant celle du brigadier général Souheïl Al-Hassan, surnommé “le Tigre” (“Al-Nimr”, en arabe). Avec sa milice, “les forces du Tigre”, il a coordonné les opérations les plus importantes du conflit, ce qui lui a valu l’adoubement de la Russie, qui l’a décoré en août 2017. Sa milice intégrée à la troupe est le meilleur reflet de ce qu’il reste de l’armée syrienne, un reliquat d’officiers venus des différents corps de l’armée associés à des miliciens menés par des seigneurs de guerre.

Le régime célébrait [le 1er août] la prochaine réouverture de la route reliant la Jordanie à la Syrie, permise par la reconquête du Sud, et signifiant aux yeux du pouvoir le retour à une situation normale. Si l’état actuel de l’armée semble être bien meilleur, l’idée d’un retour à la situation d’avant 2011 demeure toutefois une grande illusion.

Avec l'orient /Élie Saïkali