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ASIE / Moyen-Orient

L'actualité de la semaine en Asie

 

Donald Trump a eu tôt fait d’identifier le coupable. Sur son compte Twitter, il a accusé, lundi 7 janvier, le New York Times d’avoir« sciemment écrit une histoire très inexacte sur mes intentions concernant la Syrie ». Le quotidien n’avait pourtant que rapporté les propos de son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, écartant la veille toute perspective de retrait rapide des forces spéciales américaines déployées dans le nord-est de la Syrie contre l’organisation Etat islamique (EI).

Ces propos, a assuré le président des Etats-Unis, ne sont, « pas différents de mes déclarations initiales »« Nous partirons à un rythme approprié tout en continuant à nous battre contre [les djihadistes] et à faire tout ce qui est prudent et nécessaire ! », a-t-il ajouté. Dans la nuit de mardi, Donald Trump et Emmanuel Macron ont évoqué au téléphone un retrait « réfléchi et coordonnée » de Syrie.

 

Le 19 décembre 2018, Donald Trump avait pourtant pris de court son administration et ses alliés en annonçant ce retrait sur Twitter. « Ils rentrent tous, et ils rentrent maintenant », avait-il ajouté à propos de ces combattants dans une vidéo diffusée dans la journée. Le président des Etats-Unis, hostile de longue date à ce déploiement, avait justifié sa décision en annonçant la défaite de l’EI que ces forces spéciales combattaient en s’appuyant sur une milice majoritairement composée de Kurdes syriens.

Recadrage de John Bolton

En déplacement à Jérusalem, dimanche 6 janvier, M. Bolton a singulièrement recadré cette perspective en avançant deux conditions préalables au retrait de ces troupes. Il a estimé que ce dernier devait être conduit « de telle sorte que l’EI soit défait », suggérant ainsi que la tâche n’était pas terminée, et « que la défense d’Israël et d’autres amis dans la région soit absolument assurée ». Une formulation prudente visant certainement les alliés kurdes des Etats-Unis.

Le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, lors de sa rencontre avec le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, à Jérusalem, le 6 janvier.
Le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, lors de sa rencontre avec le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, à Jérusalem, le 6 janvier. ODED BALILTY / AFP

A la veille d’une visite à Ankara, où il sera reçu par le président Recep Tayyip Erdogan, qui avait annoncé en décembre une offensive imminente contre les forces kurdes considérées par la Turquie comme « terroristes », M. Bolton s’est montré plus explicite au sujet de cet allié incommode de Washington. « Nous ne pensons pas que les Turcs devraient entreprendre une action militaire qui ne soit pas entièrement coordonnée et acceptée par les Etats-Unis », a estimé le conseiller à la sécurité nationale, alors que les critiques du président l’avaient accusé d’avoir trahi les Kurdes.

En dépit des dénégations de l’intéressé, M. Bolton est également revenu sur les propos de Donald Trump à propos du rôle de l’Iran dans la région. Le 2 janvier, au cours d’une réunion de cabinet, le président avait assuré que Téhéran amorçait également un retrait de Syrie. « L’Iran n’est plus le même pays, avait-il répété. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent là-bas, franchement, mais ils retirent leurs forces. »

A Jérusalem, à l’unisson de ses hôtes, M. Bolton s’est gardé d’une telle affirmation, évoquant au contraire le maintient durable de forces spéciales américaines au sud de leur zone d’influence, à Al-Tanf, sur un axe de communication stratégique pour l’Iran. Par ce biais, le conseiller à la sécurité nationale est parvenu, au moins pour un temps, à réintroduire un autre motif de maintien de forces américaines dans la région.

En septembre 2018, il avait assuré en marge de l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) que « nous ne partirons pas tant que les troupes iraniennes resteront à l’extérieur des frontières iraniennes, ce qui vaut également pour les milices iraniennes » déployées en Syrie à la faveur de la guerre civile. Avant d’être sèchement désavoué par le président le 19 décembre.

Dysfonctionnements

M. Bolton a enfin évoqué un point sensible pour les alliés de Washington, notamment européens, engagés dans la coalition mise en place par l’administration précédente contre l’EI. Il a assuré que Washington recherche également une « solution satisfaisante » pour les quelque 800 prisonniers djihadistes actuellement détenus par les combattants soutenus par les Etats-Unis.

Le conseiller à la sécurité nationale est resté volontairement élusif sur la question d’un calendrier, sans doute pour éviter de mettre en évidence les différences avec les propos initiaux de Donald Trump. Au cours de sa première visite à des forces déployées sur le terrain, le 26 décembre, le locataire de la Maison Blanche s’était en effet campé en homme de décision face à des « généraux » quémandant toujours plus de temps pour venir à bout des derniers combattants de l’EI.

Assurant qu’« il est maintenant temps que les autres prennent en charge ce combat », Donald Trump s’était vanté d’avoir refusé les six mois supplémentaires requis pour prendre le contrôle des dernières poches de résistance djihadistes, le long de la frontière avec l’Irak. Les conditions avancées par M. Bolton dimanche pourraient permettre aux forces spéciales américaines de disposer in fine de ce laps de temps.

Les corrections apportées par le conseiller à la sécurité nationale soulignent en creux les dysfonctionnements de la Maison Blanche, dont le crédit ne peut que pâtir de ces atermoiements, et surtout les limites de l’exercice solitaire du pouvoir qu’affectionne de plus en plus Donald Trump.

Fait accompli

Sa décision du 19 décembre avait en effet suscité la stupéfaction et la réprobation publique d’alliés, à commencer par la France et le Royaume-Uni, placés chacun devant le fait accompli. Au niveau intérieur, elle a provoqué la démission du très respecté secrétaire à la défense, James Mattis, ainsi que celle du coordinateur de la coalition internationale contre l’EI, Brett McGurk. Ce dernier a depuis été remplacé depuis par l’émissaire pour la Syrie de Donald Trump, James Jeffrey.

Ces dysfonctionnements qui caractérisent l’administration Trump risquent d’être entretenus par le nombre actuel de responsables provisoires que compte son gouvernement. Cinq postes de ministre ou équivalents à ce rang sont actuellement occupés par des intérimaires, à commencer par ceux de la défense et de la justice, ainsi que la fonction stratégique de directeur de cabinet du président. La majorité nécessitant une confirmation du Sénat, ces intérims risquent de durer encore plusieurs semaines, sinon des mois.

Loin de s’en inquiéter, le président a assuré s’en féliciter dimanche. « Cela me donne plus de flexibilité », a-t-il assuré sans vouloir en dire plus. Les derniers départs importants de son administration ont concerné pour l’essentiel des personnalités capables de lui résister.

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