
Le gouvernement congolais a clarifié, ces derniers jours, les contours du dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi. À travers la voix de son porte-parole Patrick Muyaya, Kinshasa insiste sur une exigence centrale : tout participant doit s’engager de manière claire et sans ambiguïté contre ce que les autorités qualifient d’agression rwandaise dans l’Est du pays. Cette position, réaffirmée lors de plusieurs briefings de presse en juillet 2026, vise à transformer le futur dialogue en un véritable front intérieur plutôt qu’en une simple plateforme de discussions politiques.
Selon Patrick Muyaya, le point de départ de toute inclusivité réside dans « l’unicité des vues contre le Rwanda », présenté comme responsable des crimes commis depuis trois décennies dans l’Est de la République démocratique du Congo. Le ministre de la Communication et Médias a souligné que le dialogue, discuté notamment lors d’une rencontre de deux heures entre le chef de l’État et les responsables des confessions religieuses, doit permettre de consolider un bloc national capable de faire face à la crise sécuritaire. Il a comparé cette démarche aux réactions d’unité observées dans d’autres pays confrontés à des attaques majeures, rappelant que l’urgence nationale prime sur les divergences partisanes.
Le porte-parole du gouvernement a clairement écarté toute participation du mouvement AFC/M23 à ce cadre interne. Pour lui, associer les rebelles reviendrait à faire entrer indirectement le Rwanda dans un dialogue entre Congolais. Muyaya a rappelé que le dossier du M23 est déjà traité dans le processus de Doha, distinct de l’accord de Washington conclu avec le Rwanda et du dialogue national destiné uniquement à renforcer la cohésion interne. « Voulez-vous que nous amenions le Rwanda dans un dialogue entre Congolais visant à créer un front intérieur contre l’agression rwandaise ? », a-t-il interrogé, soulignant le manque de logique d’une telle option.
L’initiative présidentielle, qui devrait être formalisée par une ordonnance, se veut inclusive à condition que les participants partagent une lecture commune de la situation. Patrick Muyaya a insisté sur le fait que le dialogue n’a pas vocation à servir des intérêts particuliers ni à rouvrir des questions déjà encadrées par d’autres mécanismes diplomatiques. Il s’agit, selon lui, de remobiliser les Congolais autour de la défense de l’intégrité territoriale et de refuser toute complicité avec ceux qui, de l’extérieur, chercheraient à pérenniser l’occupation de certaines parties du territoire.
Alors que les processus de Washington et de Doha continuent d’avancer – parfois difficilement – sur le plan sécuritaire et diplomatique, le dialogue national apparaît comme un outil de consolidation politique interne. Kinshasa réaffirme ainsi sa volonté de distinguer clairement les niveaux de négociation : relations interétatiques avec le Rwanda d’un côté, discussions avec les groupes armés de l’autre, et mobilisation des forces vives congolaises pour un front uni. Dans un contexte marqué par des tensions persistantes dans l’Est, cette ligne ferme de Patrick Muyaya fixe les règles du jeu et place le patriotisme au cœur de l’agenda politique des prochaines semaines.
Pascal Kwilu