Imprimer

Le 39ᵉ sommet ordinaire de l’Union africaine (UA) s’est achevé le 15 février 2026 à Addis-Abeba (Éthiopie), après deux jours de travaux intenses sous le thème principal de la gestion de l’eau en Afrique, mais avec de nombreux autres dossiers brûlants à l’ordre du jour : paix et sécurité, crises humanitaires, insécurité alimentaire, ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) et réformes institutionnelles.Point fort sur la démocratie et les coups d’ÉtatÀ la clôture, l’UA a réaffirmé avec force sa politique de tolérance zéro envers les changements anticonstitutionnels de gouvernement (coups d’État militaires, manipulations constitutionnelles, refus de transfert du pouvoir, etc.). Le président de la Commission de l’UA (Moussa Faki Mahamat ou son successeur selon les mises à jour) a déclaré explicitement : « L’Union africaine n’aura aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels ». Cette position est ancrée dans Acte constitutif de l’UA (article 4(p)), la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (ACDEG) et les déclarations antérieures (Lomé 2000, Malabo 2022, etc.).

Les chefs d’État et de gouvernement ont exprimé une profonde préoccupation face à la persistance des conflits, du terrorisme, de l’extrémisme violent et surtout de la résurgence des changements anticonstitutionnels depuis 2020 (plus d’une dizaine de putschs réussis, notamment au Sahel, en Guinée-Bissau, à Madagascar récemment). Ils ont réitéré leur détermination à « faire taire les armes » d’ici 2030 et à consolider les gains démocratiques.Contexte et nuancesMalgré cette rhétorique ferme, le sommet a été marqué par des débats sur l’application concrète de cette « tolérance zéro » : Le Gabon et la Guinée (suspendus après des coups en 2023) ont été réintégrés après des élections présidentielles remportées par les anciens chefs de transition (Brice Oligui Nguema et Mamadi Doumbouya), ce qui contredit partiellement l’article 25(4) de l’ACDEG interdisant aux auteurs de putsch de se présenter. Cela reflète une approche de plus en plus pragmatique (réintégration rapide pour stabiliser) plutôt que strictement normative, critiquée par certains observateurs comme un affaiblissement des principes anti-coup.
 
Il y a egalement des  appel à des cessez-le-feu immédiats (Soudan, est de la RDC via proposition angolaise), soutien aux processus politiques au Soudan du Sud et en Libye. Au sujet de crises humanitaires, UA manifeste son inquiétude sur les déplacements massifs et les famines liées aux conflits. L'UA a aussi renouvellé partielliement son Conseil paix et sécurité (nouveaux membres : Bénin, Gabon, Lesotho, Maroc, Somalie, Afrique du Sud). L'UA s' inquiéte sur les menaces globales au multilatéralisme et souhaite une plus grande voix africaine sur la scène internationale.

Le sommet s’est tenu dans un climat de crises accumulées (Soudan, Sahel, RDC, etc.), avec peu d’avancées spectaculaires attendues en raison des divisions internes et du manque de moyens coercitifs de l’UA. Cependant, la réaffirmation anti-coup reste un message fort, surtout face à la multiplication des juntes militaires.
 
Sandrine Kupa