
« America First ». Le slogan économique martelé lors de sa campagne par Donald Trump sera également appliqué en politique étrangère. L'homme n'a jamais mentionné l'Algérie, le Maroc ou la Tunisie dans un discours ou en interview. Seule la Libye fut évoquée : pour le seul dossier du terrorisme. Depuis mercredi 25 janvier, sept pays musulmans, dont la Libye (les six autres étant l'Irak, l'Iran, la Syrie, le Soudan, la Somalie et le Yémen), sont sous le joug de décrets présidentiels signés par Trump. Les réfugiés seront temporairement bannis et l'attribution de visas sera suspendue pendant plusieurs mois. Mesures néanmoins difficilement applicables dans une Amérique dotée de contre-pouvoirs solides.
Le monde arabe selon Trump : l'Égypte de Sissi
L'homme d'affaires devenu président de la première puissance du monde va vers l'Orient compliqué avec des idées extrêmement simples. Hormis le repli économique sur soi, l'Amérique luttera contre le terrorisme. Et le pays arabe cité en exemple par la nouvelle administration est l'Égypte. Depuis l'arrivée au pouvoir du maréchal al-Sissi, via un coup de force, le pays s'est enfoncé dans une répression féroce à l'égard des Frères musulmans (élus en 2011), puis de toute autre forme d'opposition. Journalistes, militants, avocats et autres contestataires sont désormais pourchassés devant les tribunaux. La situation économique s'enfonce également. Le FMI a libéré en urgence une première tranche d'un prêt d'un montant total de douze milliards de dollars. L'Égypte possède un autre avantage aux yeux de Trump : elle est israélocompatible. Derrière ces choix, un homme connu des plateaux télé.
Un conseiller nommé Walid Phares

L'homme qui a étayé la réflexion du président des États-Unis, durant la campagne présidentielle, exerce sur Fox News. Walid Phares, professeur de sciences politiques, chrétien maronite né au Liban et citoyen américain, a été repéré par Trump lors d'une de ses nombreuses interventions sur la chaîne d'information de Rupert Murdoch. Il y diffuse ses analyses depuis 2006. Phares fut le conseiller du candidat républicain Mitt Romney en 2011-2012. Il est l'auteur d'un essai The Coming Revolution : Struggle for Freedom in the Middle East. L'ouvrage anticipait l'émergence de ce que l'on appela « le Printemps arabe ». Printemps dont il ne reste désormais que la seule Tunisie après les échecs syrien, libyen, égyptien... Il écrivait qu'un « grand affrontement » se préparait entre anti-islamistes (la société civile) et Frères musulmans dans cette région au climat politique « volatil ». En 2014, Walid Phares publiait The Lost Spring : U.S. Policy in the Middle East and Catastrophes to Avoid. Il y faisait feu sur l'administration Obama avec une virulence propre à séduire Trump. La thèse : Obama a soutenu les Frères musulmans et dédaigné la société civile, celle-là même qui a fait la révolution dans les pays concernés par ce phénomène en 2011. Cette dernière assertion étant à demi-exacte.
Les libertés individuelles ? Pas une priorité
Évoquant la question de la torture sur un ton plus proche d'un pilier de bar que de celui d'un président au pays de Lincoln, Trump explique avoir demandé à la CIA si « la torture donnait des résultats ». La réponse aurait été positive. Et Trump de trancher : « Pourquoi se priver d'une arme efficace ? » Concernant le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, il ne semble pas y avoir d'urgence pour la diplomatie américaine. Son influence semble essentiellement militaire à Tunis, et ce, depuis quelques décennies. Sur le plan commercial, les États-Unis sont un poids plume par rapport à la France. L'Algérie demeure une puissance régionale en termes de sécurité. Elle veille jalousement sur sa souveraineté. Quant au Maroc, les rapports semblent cordiaux. Pas de choc en prévision. Néanmoins, l'attitude vis-à-vis de la Libye pourrait provoquer des ondes de choc sur ses proches voisins. Le prochain essai de Walid Phares répondra-t-il à ces questions ?
Avec le point Afrique