
C'est un week-end de mobilisation nationale aux États-Unis contre la politique migratoire de Donald Trump et pour le retrait des agents d'ICE, la police de l'immigration. Des rassemblements sont prévus dans tout le pays ce samedi 31 janvier, mais les marches ont commencé dès hier. À Los Angeles, New York, Atlanta, et bien sûr à Minneapolis où c’était le premier grand rendez-vous depuis la mort d’Alex Pretti il y a tout juste une semaine.
Il y avait beaucoup d’émotion dans le cortège, ce vendredi, à Minneapolis. Le sentiment général d’une attaque massive contre l’État de droit avait poussé dans les rues de la ville des personnes qui parfois n’avaient jamais manifesté de leur vie.
Au-delà des deux décès tragiques de Renee Good et d'Alex Pretti, il y a toute la question de la politique migratoire. Pour l’immense majorité des manifestants, ICE est l’incarnation du racisme de l’administration Trump et ces descentes de police sont venues faire exploser un système où les immigrés faisaient partie intégrante de la vie locale dans le Minnesota. La rhétorique qui assimile les sans-papiers à des criminels y est donc extrêmement mal vécue, rapporte notre envoyé spécial à Minneapolis, Vincent Souriau.
Le ministère américain de la Justice a évoqué, vendredi 30 janvier, l'ouverture d'une nouvelle enquête sur la mort d'Alex Pretti, cette fois concernant la violation de ses droits fondamentaux, tout en soulignant qu'il s'agissait d'une procédure « standard ». Et l'administration Trump a tenté d'apaiser la situation en envoyant sur place Tom Homan, le « tsar des frontières de Trump ».
Scepticisme des manifestants
Ces tentatives de désescalade restent toutefois accueillies avec beaucoup de scepticisme à Minneapolis. À ce stade, personne n’y croit car la confiance est totalement rompue, surtout depuis les déclarations mensongères de plusieurs cadres de l’administration Trump qui ont très vite collé l’étiquette de « terroriste » sur le dos d’Alex Pretti et de Renee Good.
« Je n’ai pas beaucoup d’espoir. Pour moi, ils essaient juste de se couvrir. Ils ont tout de suite essayé de mettre ça sous le tapis. Renee Good et Alex Pretti, ils leur ont immédiatement collé l’étiquette de "terroristes domestiques", donc je n’ai pas vraiment pas beaucoup d’attentes de ce point de vue là », témoignait Samuel dans le cortège, un manifestant d'une vingtaine d'années.
Ces accusations publiques, tout le monde les a en tête à Minneapolis et personne ne s’attend à ce qu’une véritable enquête ait lieu. La plupart des anti-ICE exigent néanmoins des sanctions, en particulier visant Kristi Noem, la ministre de la Sécurité intérieure que beaucoup à Minneapolis espèrent bientôt démise de ses fonctions.
« Poutine serait fier »
Deux journalistes américains ont par ailleurs été arrêtés en lien avec les récentes manifestations, a indiqué la ministre de la Justice, Pam Bondi, qui s'est félicitée sur X d'avoir dirigé elle-même l'interpellation d'un ex-présentateur de CNN, Don Lemon. Il est poursuivi des faits d'entrave à la liberté de culte, pour avoir couvert une manifestation dans une église du Minnesota, selon le ministère de la Sécurité intérieure.
Une autre journaliste indépendante et un ancien candidat démocrate à la Chambre des représentants avaient aussi été arrêtés. Tous ont été relâchés, selon des médias américains, même si Don Lemon devra comparaître à Minneapolis début février. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a condamné une « attaque flagrante » contre la presse.
Sarcastique et amer, le gouverneur démocrate de Californie Gavin Newsom, critique virulent de l'administration Trump, a estimé de son côté sur X que le président russe Vladimir Poutine « serait fier ».
Springsteen sur scène pour chanter son titre anti-ICE
La légende américaine du rock Bruce Springsteen est quant à elle montée sur scène vendredi pour interpréter sa nouvelle chanson écrite en hommage à deux manifestants tombés sous les balles de l'ICE. Le « Boss » a écrit et enregistré Streets of Minneapolis en 24 heures pour répondre, selon ses termes, à la « terreur d'État » qui règne dans la ville.
Le chanteur de Born in the USA, critique farouche du président américain, compare dans son morceau l'ICE à « l'armée privée du roi Trump », dont les membres portent des « bottes d'occupants ». « Je dédie ceci aux habitants de Minneapolis, aux habitants du Minnesota et aux habitants de notre beau pays, les États-Unis d'Amérique », a-t-il lancé au public.
rfi