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le Conseil national de cyberdéfense (CNC), créé en août 2023 par ordonnance présidentielle et placé directement sous l'autorité de la présidence de Félix Tshisekedi, fait l'objet d'accusations graves qui le transforment, selon de nombreux observateurs, en une sorte de police secrète au service du pouvoir.
 
Officiellement chargé de coordonner la cyberdéfense, de lutter contre la cybercriminalité, de prévenir les attaques informatiques et de coordonner les services de renseignement en la matière — comme l'indiquait une communication gouvernementale du 14 septembre 2023 —, le CNC est soupçonné d'avoir largement dévié de cette mission technique pour devenir un instrument de répression politique.Placé sous l'autorité directe du président, ce service, dirigé officiellement par l'informaticien Jean-Claude Bukasa (formé au Canada) mais influencé de manière déterminante par des figures comme Lisette Kabanga (directrice de cabinet ou proche collaboratrice), opère avec des méthodes expéditives dénoncées par plusieurs ONG et enquêtes journalistiques. Des opérations nocturnes sans mandat judiciaire, des enlèvements avec les yeux bandés, des transferts vers des cachots clandestins (maisons privées, hôtels, camps militaires ou lieux inconnus), des détentions au secret prolongées — parfois des semaines ou des mois —, sans accès à un avocat, à la famille ni à un juge, sont régulièrement rapportés.
 
Les victimes, souvent humiliées par des vidéos d'excuses forcées diffusées en ligne ou soumises à des tortures psychologiques et physiques, incluent des opposants politiques, des journalistes, des activistes, des défenseurs des droits humains, des voix critiques sur les réseaux sociaux, et même des proches de l'ancien président Joseph Kabila ou des officiers militaires. Des enquêtes publiées notamment par Jeune Afrique (janvier 2026), DW, RFI, ainsi que des rapports d'ONG comme Justicia Asbl (qui évoque jusqu'à 10 000 personnes affectées, civils et militaires), ASADHO ou la VSV, décrivent une surveillance intrusive massive : monitoring intensif des réseaux sociaux, interception de communications, et possible recours à des outils d'espionnage (spywares de type Pegasus-like ou logiciels d'extraction de données comme Cellebrite). Le CNC cible particulièrement les critiques du régime, dans un contexte de tensions sécuritaires à l'Est, de guerre contre le M23 et d'enjeux politiques internes.
 
Ces pratiques s'inscrivent dans un climat plus large de dérives autoritaires sous la présidence de Félix Tshisekedi (au pouvoir depuis 2019), malgré son discours initial pro-démocratique. Des cas emblématiques, comme celui de Parole Kamizelo (arrêté fin 2025 et jugé depuis janvier 2026), ou d'autres figures comme Nathanaël Onokomba, Seth Kikuni, Jeannot Binanu Mampasi ou des généraux des FARDC, illustrent comment le CNC intervient en dehors de tout cadre légal, sans compétences judiciaires reconnues.Du côté du pouvoir et de la coalition présidentielle Union sacrée, ces accusations sont fermement rejetées : le CNC agirait uniquement pour la sécurité nationale face aux menaces cybernétiques, aux rébellions, aux réseaux criminels transnationaux et aux contextes de guerre. Des cadres comme Christian Lumu (UDPS) ou Thierry Monsenepwo affirment qu'il n'est « ni une police politique, ni une juridiction », et que son action doit être appréciée au regard des impératifs sécuritaires du pays. Certains soulignent même des succès, comme des enquêtes ayant conduit à l'arrestation de hauts gradés pour complot ou trahison. Malgré ces dénégations, le scandale prend de l'ampleur au niveau international, avec des appels à la dissolution ou à une réforme profonde du CNC pour le recentrer strictement sur la cybersécurité légale. L'article du Monde du 26 février 2026, intitulé « RDC : le Conseil national de cyberdéfense, l’inquiétante police secrète de Félix Tshisekedi », marque une étape supplémentaire dans la couverture médiatique de ces allégations, exposant au grand jour les soupçons de dérive autoritaire et de violation systématique des droits humains en RDC.
 
Nadine Kibau, rédactrice en chef
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