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En ce début 2026, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, semble avoir marqué des points décisifs face à son homologue rwandais Paul Kagame dans le bras de fer qui oppose depuis des années les deux pays autour du conflit dans l'est de la RDC. Malgré un accord de paix signé sous l'égide américaine à Washington en décembre 2025 – qualifié d'« historique » par Donald Trump –, les tensions persistent, mais Kinshasa apparaît aujourd'hui en position de force relative, combinant pression diplomatique internationale et succès militaires sur le terrain. Le tournant majeur date de février 2026.
 
Les Forces armées de la RDC (FARDC), soutenues par des milices alliées, ont lancé une offensive coordonnée contre les rebelles de l'Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), soutenus par Kigali. Le point culminant : l'élimination par un drone du porte-parole militaire de l'AFC/M23, Willy Ngoma, lors d'une frappe à Rubaya (territoire de Masisi, Nord-Kivu) le 24 février. Ce coup est le plus significatif contre la direction rebelle depuis début 2024, blessant potentiellement d'autres cadres sans toucher le commandant opérationnel Sultani Makenga. Kinshasa présente cette opération comme une démonstration de sa capacité à frapper haut et à exploiter les faiblesses du M23, affaibli par une réduction présumée du soutien rwandais sous pression internationale. Cette avancée militaire s'inscrit dans un contexte diplomatique favorable à Tshisekedi. L'administration Trump, initialement artisan de l'accord de Washington (qui engageait les deux pays à cesser le soutien aux groupes armés et à promouvoir l'intégration économique via les minerais critiques), a multiplié les signaux de mécontentement envers Kigali. Des sanctions américaines contre des hauts responsables rwandais, initialement envisagées, ont été évoquées à nouveau fin 2025 et début 2026, avec des déclarations officielles qualifiant les actions du M23 de « violation claire » de l'accord. Massad Boulos, conseiller spécial de Trump pour l'Afrique, a publiquement exprimé la « déception » de Washington face aux offensives rebelles post-accord, sans exclure de nouvelles mesures punitives.
 
Tshisekedi a su capitaliser sur cette dynamique. En jouant la carte des minerais stratégiques (cobalt, coltan, lithium, etc), essentiels à la transition énergétique mondiale, Kinshasa a renforcé son partenariat avec les États-Unis, obtenant un « partenariat stratégique » élargi incluant des volets sécuritaires et économiques. Des sources bien informées indiquent que la RDC a proposé des deals massifs en échange d'une protection accrue contre l'influence rwandaise. Parallèlement, Tshisekedi maintient une posture ferme : accusations répétées de violations rwandaises (y compris des attaques le lendemain même de la signature à Washington), appels à la communauté internationale et refus de négociations directes avec le AFC/M23 tant que Kigali n'a pas retiré ses troupes. Du côté rwandais, Paul Kagame se retrouve sur la défensive. Il nie toute motivation expansionniste ou minière, attribuant les tensions à la présence des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sur le sol congolais. Mais les avancées du M23 semblent ralentir, et Kigali fait face à une isolation diplomatique croissante : absence remarquée de Kagame au sommet de l'Union africaine en février 2026, critiques européennes et onusiennes persistantes, et menace de sanctions américaines qui pourraient toucher son régime. Des observateurs notent que cette pression internationale fragilise la position de Kagame, habitué à une diplomatie musclée et à une image de stabilité régionale. Bien sûr, la situation reste volatile. Le M23 contrôle toujours des pans entiers du Nord et du Sud-Kivu, et des violations du cessez-le-feu mutuelles persistent.
 
L'accord de Washington, fragile dès sa signature, n'a pas mis fin aux combats, et les processus parallèles (Doha avec le M23, Luanda, etc.) peinent à avancer. Pourtant, pour la première fois depuis des années, Tshisekedi apparaît comme celui qui impose le rythme : gains militaires symboliques, levier diplomatique renforcé via Washington, et une narration nationale de résistance à l'« agression rwandaise » qui consolide son assise interne.Reste à voir si cette dynamique tiendra. Kagame, maître tacticien, pourrait riposter militairement ou politiquement. Mais en février 2026, c'est indéniablement Félix Tshisekedi qui a réussi à déstabiliser – au moins temporairement – son rival de Kigali, en transformant un conflit asymétrique en un rapport de force où la RDC n'est plus seulement la victime.
 
Nadine Kibau, rédactrice en chef