La guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l'Iran fin février 2026, avec pour objectif déclaré un changement de régime après l'assassinat du Guide suprême Ali Khamenei dans les frappes du 28 février, semble se transformer en un piège stratégique pour Washington. Ce qui était présenté comme une opération rapide et décisive – baptisée « Operation Epic Fury » – s'enlise dans une escalade incontrôlable, où les États-Unis se retrouvent coincés entre leurs ambitions maximalistes et les conséquences économiques et militaires imprévues.Au cœur de ce piège : le détroit d'Ormuz. Les États-Unis ont sous-estimé la capacité de l'Iran à transformer ce chokepoint vital – par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial et une part significative du GNL – en arme économique.
Dès les premiers jours du conflit, Téhéran a de facto fermé le détroit : attaques sur des navires, menaces de mise à feu de tout tanker tentant le passage, et paralysie quasi totale du trafic. Des milliers de tankers sont bloqués ou détournés, les prix du brut ont connu des hausses chaotiques (dépassant parfois 100 dollars le baril avant des corrections partielles), et le monde fait face à la plus grande perturbation énergétique de l'histoire récente.Donald Trump, qui avait promis une victoire « très complète » et « bien en avance sur le planning », se retrouve maintenant contraint de naviguer entre deux impératifs contradictoires. D'un côté, il menace l'Iran d'une riposte « vingt fois plus dure » si le flux pétrolier est interrompu, promet des escortes navales par la marine US et des garanties d'assurance risque via la U.S. Development Finance Corporation. De l'autre, il multiplie les signaux contradictoires : un jour il affirme que la guerre est « presque terminée », le lendemain qu'elle durera au moins une semaine de plus, tout en refusant toute négociation sauf une « reddition inconditionnelle » de Téhéran.Les Gardiens de la révolution (IRGC) exploitent pleinement cette vulnérabilité.
Leur porte-parole a déclaré que « c'est nous qui déciderons de la fin de la guerre », que les forces iraniennes « attendent » la flotte américaine (y compris l'USS Gerald R. Ford) dans le détroit, et que Téhéran envisage désormais d'imposer des « security duties » (droits de sécurité ou tarifs) sur les pétroliers et navires alliés des États-Unis. Ces mesures transforment le conflit en une guerre économique prolongée : l'Iran punit économiquement ses adversaires, offre des exemptions à la Russie, à la Chine et au Pakistan, et conditionne le passage des autres à des ruptures diplomatiques (expulsion des ambassadeurs US et israéliens). Les conséquences pour les États-Unis sont déjà visibles :
- Une flambée des prix de l'énergie qui menace l'inflation mondiale et la récession, alors que Trump avait fait campagne sur la baisse des coûts de l'essence.
- Des Américains coincés au Moyen-Orient (voyageurs, dual-nationaux, expatriés) face à des attaques sur les ambassades US et des appels à évacuation urgente.
- Une pression interne croissante : les marchés énergétiques nerveux, les alliés du Golfe (Arabie saoudite, Émirats) aspirés dans le conflit malgré leurs efforts pour l'éviter, et des voix critiques (comme Jeffrey Sachs ou Michael Wolff) qui parlent d'« illusions » trumpiennes menant à un « énorme piège » ou à « une autre guerre perdue ».
- Le risque d'une confrontation navale directe : si la marine US force un corridor sécurisé, cela pourrait déclencher une escalade majeure, avec des pertes américaines imprévues et un enlisement rappelant les marécages irakien ou afghan.
Nadine Kibau, Rédactrice en chef / Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.