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Les sanctions américaines annoncées le 28 octobre 2026 contre le ministère rwandais de la Défense et la banque Zigama Credit and Savings Society ne sont pas un simple coup de semonce. Elles marquent une étape décisive dans un processus d’encerclement progressif de l’appareil sécuritaire rwandais. Et, pour de nombreux observateurs, elles indiquent que Washington s’approche, pas à pas, de la personne de Paul Kagame.
 
Le schéma est désormais lisible. En mars 2026, l’OFAC avait déjà sanctionné les Forces de défense rwandaises (RDF) et quatre de ses plus hauts responsables, dont le chef d’état-major de l’armée Vincent Nyakarundi et le chef d’état-major général Mubarakh Muganga. En juin, c’était au tour d’une raffinerie d’or rwandaise et d’un réseau de sociétés minières accusés de faciliter l’exportation illégale de minerais contrôlés par le M23. Aujourd’hui, Washington franchit un palier supplémentaire en visant le ministère lui-même – la structure politique et administrative qui supervise l’ensemble de l’appareil de sécurité – ainsi que la principale institution financière des forces de défense et de sécurité.
 
Un ministère qui ne décide pas seulAu Rwanda, le ministère de la Défense n’est pas une administration autonome. Il agit sous l’autorité directe du chef de l’État. Les décisions de déploiement de milliers de soldats dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, la fourniture d’équipements sophistiqués (missiles sol-air, systèmes de brouillage) et le soutien logistique au M23 ne peuvent s’imaginer sans l’aval du sommet de l’État. En sanctionnant le ministère, les États-Unis ne visent plus seulement des exécutants ou des officiers de terrain : ils frappent l’institution qui, structurellement, rend des comptes à Paul Kagame.
 
Zigama CSS, de son côté, n’est pas une banque ordinaire. Créée en 1997 et détenue par les membres des forces de défense et de sécurité, elle constitue le bras financier de cet appareil. En la ciblant pour des transactions destinées au M23 et pour le transport d’or provenant de zones sous contrôle rebelle, Washington attaque le circuit économique qui permet de soutenir l’effort militaire tout en intégrant les minerais dans les circuits rwandais.
L’ombre des Accords de WashingtonCes mesures s’inscrivent dans le cadre des Accords de Washington pour la paix et la prospérité signés le 4 décembre 2025 sous l’égide de Donald Trump. L’administration américaine a clairement indiqué qu’elle entendait « tenir le Rwanda responsable » de ses engagements, notamment le retrait des troupes et l’arrêt du soutien au M23. Le fait que les sanctions se multiplient mois après mois, malgré les discussions militaires en Allemagne en octobre 2026, montre que Washington considère que Kigali n’a pas modifié son comportement de manière significative.
 
Kagame a déjà eu l’occasion d’exprimer son mépris pour ce type de pressions. Il a décrit par le passé les sanctions occidentales comme des « insultes jetées au visage de mon pays » et affirmé qu’il n’avait « jamais capitulé, même dans la pire des situations ». Cette rhétorique de défi, efficace tant que les mesures restaient limitées, devient plus coûteuse à mesure que les sanctions touchent le cœur de l’appareil sécuritaire et financier.
 
Vers la personne ?Dans la pratique des sanctions américaines, le passage de l’institution au responsable politique ultime n’est jamais immédiat. Il se construit par étapes : d’abord les acteurs opérationnels, puis les structures de commandement, ensuite les canaux financiers, enfin – lorsque la pression politique et diplomatique le permet – les décideurs eux-mêmes. Le ministère de la Défense constitue précisément ce dernier maillon institutionnel avant le chef de l’État.Rien n’indique, à ce stade, que des sanctions personnelles contre Paul Kagame soient imminentes. Mais le message envoyé le 28 octobre est limpide : Washington n’hésite plus à frapper les institutions qui sont sous son contrôle direct. Dans l’œil du cyclone, les cercles se resserrent. Chaque nouvelle désignation réduit la marge de manœuvre de Kigali et rapproche un peu plus la possibilité d’une confrontation nominative avec le président rwandais. La question n’est plus seulement de savoir si le Rwanda modifiera sa politique au Congo, mais jusqu’où les États-Unis sont prêts à monter dans la hiérarchie du pouvoir à Kigali pour obtenir ce changement.
 
Nadine Kibau