
Le Mémorandum d’entente sur le cessez-le-feu dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), conclu sous l’égide de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), représente une étape concrète pour opérationnaliser la cessation des hostilités entre le gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23). Signé dans la semaine précédant le 19 février 2026 et consulté en exclusivité par des médias comme RFI, ce document s’inscrit dans la continuité des initiatives régionales et internationales antérieures, notamment la déclaration de principes signée à Doha, l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda paraphé à Washington en juin 2025 puis finalisé en décembre 2025, ainsi que les efforts de médiation angolais (processus de Luanda) et qataris.
Ce mémorandum définit principalement le cadre opérationnel d’un mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu. Sa mission consiste à surveiller le respect scrupuleux de la cessation des hostilités, à enquêter sur toute violation présumée signalée par l’une ou l’autre des parties, et à prendre les mesures appropriées pour prévenir de nouvelles infractions, désamorcer les tensions et éviter toute escalade militaire. Le mécanisme est conçu pour être paritaire : il comprend trois représentants désignés par le gouvernement de la RDC et trois représentants de l’AFC/M23, garantissant ainsi un équilibre dans le suivi et les échanges.
Le texte précise également les modalités d’interaction avec les structures de surveillance déjà existantes ou convenues dans le cadre de l’accord de Doha, notamment le Mécanisme conjoint élargi de vérification (souvent désigné EJVM+ ou MCVE/JVM+), soutenu par la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) conformément à la résolution 2808 du Conseil de sécurité de l’ONU adoptée en 2025. Il aborde par ailleurs la question sensible du financement de ce dispositif de monitoring, qui demeure en discussion entre les parties et les partenaires régionaux/internationaux, sans détails définitifs arrêtés à ce stade.
L’Union africaine a salué cet accord comme un progrès significatif pour restaurer la confiance mutuelle, réduire l’intensité des combats et protéger les populations civiles prises au piège du conflit. Ce cessez-le-feu, dont l’entrée en vigueur avait été initialement proposée pour le 18 février 2026 via la médiation angolaise, reste toutefois fragile : dès les premiers jours, des accusations réciproques de violations ont été rapportées des deux côtés. Malgré ces défis, le mémorandum constitue un outil opérationnel essentiel pour consolider les engagements pris à Doha et Washington, favoriser une désescalade durable et ouvrir la voie à une paix plus globale dans l’est de la RDC, à condition que toutes les parties respectent leurs obligations et que le soutien logistique, technique et politique des acteurs régionaux (CIRGL, UA, SADC, etc.) et internationaux (ONU, États-Unis, Qatar) soit maintenu.
Pascal Kwilu