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La perspective d’un dialogue national inclusif en République démocratique du Congo révèle déjà des lignes de fracture au sein de l’opposition. Alors que Martin Fayulu, leader de Lamuka et figure emblématique de l’opposition, appelle à un tel dialogue pour aborder les questions cruciales de gouvernance, de sécurité, d’élections et de légitimité institutionnelle dans un contexte marqué par l’insécurité à l’est et les tensions politiques persistantes, Seth Kikuni a clairement refusé d’emprunter ce chemin sans garanties préalables strictes.Dans une adresse publiée sur X (anciennement Twitter) et relayée par plusieurs médias congolais, le leader du parti « Piste pour l’émergence », actuellement en exil en Belgique, a directement interpellé Martin Fayulu. Selon Seth Kikuni, l’opposition n’ira pas au dialogue si celui-ci ne repose pas sur des conditions préalables claires, crédibles et vérifiables, seules capables d’en garantir la légitimité, l’efficacité et l’acceptabilité par toutes les parties.Il a insisté sur le fait qu’aucun dialogue ne saurait se tenir ni produire de résultats crédibles dans un contexte marqué par la répression, l’injustice et la privation des droits fondamentaux. Pour lui, le dialogue ne peut en aucun cas devenir un instrument de légitimation du statu quo ni un exercice de façade destiné à masquer la persistance des pratiques contraires aux principes démocratiques.Seth Kikuni a listé six conditions principales, présentées comme non négociables avant toute participation :
  1. Un cessez-le-feu effectif sur l’ensemble du territoire ;
  2. La cessation immédiate de toute répression visant les voix dissidentes ;
  3. La libération des prisonniers politiques et d’opinion ;
  4. La levée des condamnations à caractère politique, le rétablissement des droits civiques, la restitution des passeports et la garantie effective de la liberté de circulation ;
  5. L’annulation des procédures judiciaires à caractère politique ;
  6. La levée des mandats d’arrêt et la réparation des préjudices subis par les victimes de ces mesures.
Ces exigences, selon Kikuni, constituent des préalables indispensables pour que tout échange formel avec le pouvoir en place puisse être envisagé de manière sérieuse et productive.Cette position ferme de Seth Kikuni, qui conditionne très strictement sa participation, contraste avec l’appel plus ouvert de Martin Fayulu et illustre les divisions persistantes au sein de l’opposition congolaise face à la stratégie à adopter vis-à-vis du régime de Félix Tshisekedi. Alors que certains y voient une marque de cohérence et de fermeté, d’autres craignent que ce refus ne fragmente davantage les forces anti-pouvoir et ne profite finalement au statu quo. Le débat, déjà vif sur les réseaux sociaux, risque de s’intensifier dans les jours à venir alors que la crise sécuritaire et politique continue de peser lourdement sur le pays.
 
Pascal Kwilu