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Le partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis, signé le 4 décembre 2025 à Washington, a initialement suscité des critiques à Kinshasa en raison de son caractère perçu comme asymétrique. Centré principalement sur les minerais critiques (cuivre, cobalt, lithium, tantale, etc.), l'accord offrait aux États-Unis un accès privilégié aux ressources congolaises – via une liste d'actifs stratégiques soumise par la RDC et un droit de premier regard pour les investisseurs américains – en échange d'investissements économiques, sans engagement clair sur le volet sécuritaire, pourtant prioritaire pour Kinshasa face aux conflits persistants dans l'est du pays (M23, ADF et autres groupes armés).
Face à une proposition américaine initiale jugée trop favorable à Washington et dépourvue de toute mention substantielle de la sécurité, une équipe restreinte de négociateurs congolais a mené un bras de fer diplomatique discret pendant plusieurs mois. Kinshasa a imposé comme condition sine qua non l'intégration d'un volet sécuritaire formel, rééquilibrant ainsi les termes du partenariat pour qu'il ne soit plus uniquement minier-économique, mais aussi axé sur la paix et la stabilité. Aujourd’hui, ce repositionnement porte ses fruits. Le volet sécuritaire commence à se concrétiser, même si sa portée reste limitée pour l'instant : il inclut un renforcement de la coopération militaire, le partage de renseignements, des programmes de formation des Forces armées de la RDC (FARDC), des exercices conjoints potentiels et un appui opérationnel via l'United States Africa Command (AFRICOM). Des rencontres récentes illustrent cette dynamique accrue : le 26 février 2026, le vice-Premier ministre de la Défense Guy Kabombo a reçu le chargé d'affaires américain Ian McCary et l'attaché de défense Chad Brinton pour discuter de ces aspects. Le même jour, le président Félix Tshisekedi a rencontré le général Dagvin R. M. Anderson, commandant de l'AFRICOM, à Kinshasa, marquant une étape clé pour étendre la coopération en matière de défense et de stabilité régionale.Parallèlement, la mise en œuvre avance sur les autres fronts. La première réunion du Comité de pilotage conjoint (Joint Steering Committee) s'est tenue le 5 février 2026 à Washington.
La RDC a soumis une liste initiale d'actifs miniers stratégiques aux investisseurs américains, et la ratification parlementaire de l'accord est attendue en mars 2026. Une task force bilatérale a été mise en place pour le suivi, avec des émissaires comme John Tomaszewski (conseiller Afrique au Sénat américain) impliqués dans le processus.En complément de ce partenariat global, un accord sanitaire majeur de 1,2 milliard USD a été signé le 26 février 2026 à Kinshasa, pour la période 2026-2031. Il prévoit 900 millions USD d'aide américaine et 300 millions USD de contributions progressives de la RDC, axés sur le renforcement du système de santé, la lutte contre le VIH/Sida, la tuberculose, le paludisme et les épidémies comme le Mpox. La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé la cérémonie, soulignant l'ambition de bâtir un système de santé résilient et souverain.
Malgré les critiques persistantes – opacité de certains aspects, risques pour la souveraineté nationale, recours constitutionnels en cours par des ONG et coalitions comme le MOSSAC – Kinshasa présente ces ajustements comme une victoire diplomatique. Le partenariat n'est plus perçu comme une simple transaction minière, mais intègre désormais la sécurité comme pilier essentiel, aligné sur les priorités congolaises de paix durable, de professionnalisation des forces armées et de transformation économique. Ce repositionnement reflète une diplomatie congolaise plus assertive, profitant du contexte géopolitique de compétition USA-Chine sur les minerais critiques pour obtenir des contreparties concrètes. La situation reste à surveiller, notamment via les avancées du Comité de pilotage, les futures visites AFRICOM et l'impact réel sur le terrain sécuritaire dans l'est du pays.
Nadine Kibau, rédactrice en chef