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Le Sénat de la République démocratique du Congo est secoué par une motion de défiance (ou pétition visant la destitution) contre son deuxième vice-président, Modeste Bahati Lukwebo (également président national de l’AFDC-A et ancien président de la chambre haute). Initiée par le sénateur Dany Kabongo Bondanya, cette procédure a franchi le cap requis de signatures pour être recevable : au moins 37 signatures de sénateurs ont déjà été recueillies, selon des sources concordantes. Cette offensive politique survient seulement 24 heures après la conférence de presse de Bahati Lukwebo le 4 mars 2026, au cours de laquelle il s’est fermement opposé à toute révision ou changement de la Constitution de 2006. Il a notamment déclaré que « le pays n’a pas un problème de textes, mais un problème des personnes qui doivent se conformer aux textes », appelant au respect strict de la limite de deux mandats présidentiels et rejetant l’idée défendue par certains membres de l’Union sacrée de la nation (majorité présidentielle) et par le président Félix Tshisekedi.Les griefs principaux portés par les pétitionnaires incluent :
  • Un « manque de respect » envers le chef de l’État, considéré comme l’autorité morale de l’Union sacrée.
  • Une opposition jugée comme une trahison à la ligne politique de la majorité sur la révision constitutionnelle.
  • Des reproches plus larges sur sa loyauté et son positionnement interne.
Le Bureau du Sénat s’est déjà désolidarisé des propos de Bahati Lukwebo via un communiqué officiel, précisant que ses déclarations sont « strictement personnelles » et n’engagent pas l’institution – une première dans ce genre de sortie médiatique d’un membre du bureau. Le climat est devenu délétère au Palais du Peuple, où la loyauté à l’idée de révision constitutionnelle semble devenir un critère de survie politique pour certains sénateurs, à neuf jours de la rentrée parlementaire ordinaire de mars 2026 (prévue autour du 15 mars).Cette motion illustre les divisions profondes au sein de l’Union sacrée sur le dossier constitutionnel, relancé par des déclarations comme celles d’Augustin Kabuya (UDPS) affirmant que le parti allait « toucher à cette Constitution ». Bahati Lukwebo, figure influente du camp pro-Kabila recyclé dans la majorité, devient ainsi la cible d’une fronde interne qui pourrait aboutir à sa destitution du bureau du Sénat si la procédure suit son cours (examen en plénière, vote à la majorité requise). Des observateurs y voient un signe de « nettoyage » des voix discordantes, tandis que d’autres dénoncent un acharnement politique risquant d’aggraver les tensions dans un contexte déjà marqué par la crise sécuritaire à l’Est. Aucune destitution n’est encore effective, mais la pression monte fortement.
 
Magloire Kibau