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Ce 12 mars 2026, un sit-in pacifique organisé par des conseillers communaux devant l’Hôtel de ville de Kinshasa a rapidement dégénéré en affrontements violents avec les Forces du progrès, la structure de mobilisation et de jeunesse affiliée à l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), parti au pouvoir.Les conseillers communaux, majoritairement issus des élections locales de décembre 2023, ont initié ce mouvement pour exiger le paiement immédiat de leurs émoluments, primes et frais de fonctionnement, qui accusent plusieurs mois (voire jusqu’à 9 mois dans certains cas) d’impayés. Ce type de protestation n’est pas inédit : des sit-in similaires avaient déjà eu lieu en octobre 2024 devant le même Hôtel de ville, sans toutefois escalader à ce point.Selon des témoignages recueillis sur place et relayés par des médias locaux, les manifestants ont bloqué l’accès principal à l’édifice administratif central de la capitale.
 
Les Forces du progrès, souvent décrites comme des milices partisanes informelles ou des groupes de pression pro-pouvoir, seraient intervenues pour « disperser » le rassemblement, accusant les conseillers d’être manipulés par l’opposition ou de perturber l’ordre public. L’affrontement a fait usage de projectiles (pierres, bouteilles), de gaz lacrymogènes et de matraques, entraînant plusieurs blessés des deux côtés (bilan provisoire non officiel : au moins une dizaine de blessés légers, dont des conseillers et des membres des Forces du progrès). Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des scènes de bousculades, de jets d’objets et d’interventions musclées, sans confirmation immédiate de l’usage d’armes à feu.Les Forces du progrès, régulièrement critiquées pour leurs méthodes intimidantes et leur rôle dans la répression de manifestations (y compris contre des opposants ou des grévistes), sont accusées par les conseillers d’avoir transformé une revendication légitime en « barbarie » et en « affront à la dignité des élus locaux ». De son côté, la direction de l’UDPS (via des porte-parole comme Augustin Kabuya dans des déclarations passées) a toujours présenté ces structures comme des « mouvements citoyens » non officiels, dont la gestion ne relève pas directement du parti. La mairie de Kinshasa et le gouvernement provincial n’ont pas encore communiqué officiellement sur l’incident. Des appels à l’ouverture d’une enquête indépendante fusent déjà de la part d’ONG locales et de certains élus.
 
Cet épisode illustre les tensions persistantes autour des finances locales en RDC, où les conseillers communaux, malgré leur élection démocratique, peinent à obtenir les ressources promises, dans un contexte de crise économique et de priorisation sécuritaire à l’Est. La situation reste tendue ce soir devant l’Hôtel de ville, avec des renforts policiers déployés pour éviter une nouvelle escalade.
 
Magloire Kibau