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Karine Buisset, une humanitaire française employée par l’UNICEF, a été tuée dans la nuit du 10 au 11 mars 2026 à Goma, dans l’est de la République Démocratique du Congo. Elle a succombé à un tir attribué officiellement à un drone des Forces armées de la RDC (FARDC), lors d’une frappe visant des positions ou responsables de l’AFC/M23, la rébellion soutenue par le Rwanda qui contrôle une partie de la ville et de la province du Nord-Kivu.La thèse dominante relayée par les autorités congolaises et certains médias pointe ainsi une bavure ou une conséquence collatérale d’une opération militaire gouvernementale contre les rebelles. Cependant, les révélations publiées par la journaliste d’investigation belge Colette Braeckman, spécialiste de longue date de la région des Grands Lacs, viennent semer le doute sur cette version et fragilisent sérieusement l’attribution exclusive à une action des FARDC.Dans un article publié sur Afrique XXI et largement repris sur les réseaux sociaux et forums congolais dès le 15-16 mars 2026, Colette Braeckman décrit le contexte : Karine Buisset vivait et travaillait dans un quartier résidentiel opulent de Goma, proche d’une résidence présidentielle de Félix Tshisekedi.
 
Elle se concentrait sur un sujet extrêmement sensible : les violences sexuelles et les violences faites aux femmes et aux jeunes filles dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23.Selon les témoignages recueillis par la journaliste auprès de collègues congolais de l’humanitaire, Buisset avait documenté de nombreux cas graves et préparait un rapport explosif sur ces exactions. Ce document risquait de porter un coup dur à l’image de la rébellion, déjà sous forte pression internationale (notamment américaine) en raison des preuves accumulées de soutien direct de l’armée rwandaise (RDF) au M23. Le rapport aurait pu documenter des crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés dans les territoires occupés.Braeckman souligne le scepticisme des habitants de Goma face à la version officielle : beaucoup doutent de l’origine du tir de drone et préfèrent le silence (« Bosala Kaka » : « faites comme vous voulez »), craignant les représailles ou les tirs croisés entre AFC/M23 et FARDC. La journaliste note également que les rebelles ont organisé une manifestation après la mort, mais que la population a largement boudé l’événement.Ces éléments suggèrent plusieurs hypothèses alternatives ou complémentaires :
  • Une élimination ciblée pour empêcher la publication du rapport compromettant pour le M23 et ses soutiens.
  • Une instrumentalisation ou une confusion délibérée autour de la frappe de drone.
  • Une possible implication d’autres acteurs dans un climat de guerre hybride où les accusations mutuelles sont monnaie courante.
L’article de Colette Braeckman ne conclut pas formellement sur l’auteur du meurtre, mais met en lumière des mobiles puissants du côté de la rébellion et fragilise la narrative qui impute l’assassinat uniquement à une erreur ou une action des forces loyalistes. Il appelle implicitement à une enquête indépendante et transparente, d’autant que la mort d’une travailleuse humanitaire onusienne française suscite déjà l’émotion et l’attention internationale.Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions extrêmes à Goma, de contre-offensive annoncée des FARDC depuis Kisangani, et de guerre informationnelle intense autour des responsabilités dans les violences du Nord-Kivu.
 
Pascal Kwilu