
Fardc
Depuis dimanche 15 mars 2026, le trafic routier sur la Route Nationale 5 (RN5) reliant Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, à Uvira est suspendu au niveau de Kasambura, dans la plaine de la Ruzizi. Cette mesure de blocage a été imposée par la coalition des Forces armées de la RDC (FARDC) et des groupes armés alliés Wazalendo, selon plusieurs sources locales. Les transporteurs, agences de voyage et usagers interrogés rapportent que les éléments FARDC et Wazalendo interdisent strictement le passage de tout véhicule, moto ou personne en provenance des zones sous contrôle rebelle (notamment celles tenues par l’AFC/M23 ou ses alliés).
Cette décision vise apparemment à empêcher toute infiltration, circulation de biens ou de personnes suspectes depuis les territoires occupés par les rebelles, dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes dans la province.La plaine de la Ruzizi, zone stratégique frontalière avec le Rwanda et le Burundi, est un corridor vital pour le commerce, les échanges agricoles et les déplacements entre les deux grandes villes du Sud-Kivu. Bukavu et Uvira, distantes d’environ 150 km, dépendent fortement de cette RN5 pour l’approvisionnement en denrées, carburant et biens essentiels. La coupure provoque déjà des perturbations majeures : hausse des prix des produits de première nécessité à Uvira, difficultés d’approvisionnement pour les populations, et immobilisation de nombreux voyageurs et marchandises.
Ce n’est pas la première fois que cet axe est interrompu. Le trafic avait déjà connu plusieurs suspensions en 2025 et début 2026 en raison d’affrontements impliquant le M23 (qui avait brièvement occupé Uvira fin 2025 avant un retrait partiel sous pression internationale), d’effondrements de ponts (comme à Rutemba en mars 2026), ou de mesures sécuritaires similaires. La reprise timide observée fin 2025 avait été de courte durée face à l’insécurité récurrente.La situation s’inscrit dans le cadre plus large de la crise sécuritaire à l’est de la RDC, marquée par les avancées et replis du M23, les clashes entre FARDC-Wazalendo et milices affiliées, et les enjeux ethniques et économiques dans la plaine de la Ruzizi (contrôle des terres, trafics transfrontaliers). Les autorités provinciales et militaires n’ont pas encore communiqué officiellement sur les conditions de réouverture de l’axe, mais la population locale exprime son exaspération face à ces interruptions répétées qui aggravent la précarité quotidienne dans une région déjà fragilisée par les conflits armés et les déplacements massifs.
Pascal Kwilu