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Le Processus de Doha entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23 reprend cette semaine en Suisse, où les négociations ont été délocalisées du Qatar en raison des perturbations aériennes et sécuritaires liées au conflit au Moyen-Orient. Du 13 au 17 avril 2026, les deux parties se retrouvent pour évaluer la mise en œuvre des protocoles déjà signés, notamment sur le cessez-le-feu et la libération de prisonniers, dans le cadre de l’accord-cadre conclu en novembre 2025 sous médiation qatarie. La Suisse assure l’accueil logistique tandis que le Qatar continue d’assurer la médiation, en partie par visioconférence, avec la présence active des États-Unis en tant que facilitateurs.
 
L’AFC/M23 a officiellement transmis au ministre qatari des Affaires étrangères, Mohammed Bin Abdel Aziz Al Khulaifi, la liste de sa délégation composée de 12 membres : six négociateurs, dirigés par René Abandi en tant que négociateur en chef, et six experts. Parmi ces derniers figure pour la première fois Claude Ibalanky Ekolomba, ancien ambassadeur itinérant du président Félix Tshisekedi et ex-coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. Proche du pouvoir à Kinshasa jusqu’à récemment, Claude Ibalanky avait été aperçu fin janvier 2026 à Goma aux côtés de dirigeants de l’AFC/M23, affirmant alors vouloir contribuer à la paix par le dialogue sans avoir encore rejoint formellement le mouvement. Sa présence officielle dans la délégation rebelle marque un tournant symbolique, susceptible de créer à la fois des ponts potentiels et une certaine méfiance du côté gouvernemental, illustrant les recompositions politiques en cours dans l’est de la RDC. L’AFC/M23 a confirmé sa participation pleine et entière à ces pourparlers, tout en dénonçant des attaques lancées par les forces de Kinshasa contre des zones civiles au moment même où sa délégation se rendait en Suisse. Le mouvement insiste sur son engagement en faveur d’une solution politique pacifique malgré ces violations présumées du cessez-le-feu, accusant le régime congolais de duplicité entre discours diplomatique et actions sur le terrain.
 
Les négociations restent toutefois délicates, les deux camps s’accusant mutuellement d’escalade et de mauvaise foi. Aucune avancée majeure n’a encore été annoncée pour cette session qui se déroule dans un lieu tenu confidentiel en Suisse. Ce nouveau round intervient après plusieurs étapes du Processus de Doha, dont la signature de termes de référence pour le mécanisme de suivi du cessez-le-feu. La participation de figures comme Claude Ibalanky pourrait influencer les dynamiques de discussion, mais l’issue des échanges dépendra avant tout de la volonté réelle des parties à avancer vers une désescalade durable dans l’est de la République démocratique du Congo. Les travaux se poursuivent cette semaine, sous haute surveillance internationale.
 
Pascal Kwilu