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À Kinshasa, la motion de défiance déposée le 13 avril 2026 à l’Assemblée nationale contre le Vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani Lukoo, connaît déjà des turbulences qui relancent le débat récurrent sur la crédibilité des députés et leur réel libre arbitre. Initiée par le député national Laddy Yangotikala, cette motion accuse principalement le VPM d’insuffisance et d’incompétence dans la gestion de la sécurité intérieure, face à la montée de l’insécurité à Kinshasa et dans plusieurs provinces du pays. Les initiateurs avaient annoncé avoir recueilli une cinquantaine de signatures (jusqu’à 56 selon certaines sources) dès le dépôt du texte au bureau de l’Assemblée. Pourtant, à peine 48 heures après son introduction, la dynamique de la motion s’effrite.
 
La députée nationale Thérère Mpembi Isomi Bazego a formellement contesté la signature qui lui est attribuée, dénonçant ce qu’elle qualifie de fraude et affirmant ne pas se souvenir avoir signé un tel document au cours de la session ordinaire de mars 2026. Parallèlement, le parti AFDC-A de Modeste Bahati Lukwebo a officiellement demandé le retrait des signatures de deux de ses élus, désavouant publiquement leur participation à l’initiative. Ces retraits et contestations ont immédiatement affaibli le texte, même si Laddy Yangotikala maintient fermement que la motion n’a pas été retirée et qu’il ira jusqu’au bout. Ces rebondissements rapides ont ravivé les critiques sur le fonctionnement de l’Assemblée nationale : nombreux observateurs et internautes dénoncent une pratique récurrente où les signatures sont parfois obtenues sous pression, par discipline partisane aveugle ou par simple erreur administrative, avant d’être reniées dès que les états-majors politiques interviennent. Le cas illustre une fois de plus le débat sur l’indépendance réelle des élus face à leurs partis, à la majorité présidentielle (Union Sacrée) ou aux intérêts personnels.
 
Certains y voient une manœuvre politique orchestrée pour déstabiliser le gouvernement, tandis que d’autres estiment qu’il s’agit d’une réaction légitime face à l’insécurité persistante. L’affaire a également entraîné des conséquences internes : Laddy Yangotikala a quitté la présidence de son parti AVRP, qui s’est désolidarisé de la motion, et des voix au sein de la majorité appellent déjà au boycott de l’initiative. À ce stade, la motion reste pendante au bureau de l’Assemblée, mais sa recevabilité et son avenir paraissent compromis par ces retraits successifs. Ce nouvel épisode renforce le scepticisme d’une partie de l’opinion publique congolaise vis-à-vis des institutions parlementaires, souvent perçues comme soumises aux jeux d’alliances et de loyautés partisanes plutôt qu’au contrôle objectif de l’action gouvernementale. Il rappelle que, dans le contexte politique congolais, une signature sur une motion de défiance n’engage pas toujours durablement son auteur lorsque la pression politique s’intensifie.
 
Nadine Kibau / Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.