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La République démocratique du Congo fait face à une nouvelle alerte concernant l’intégrité de son territoire national, avec un rapport de la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale qui dénonce l’occupation par l’armée zambienne de plusieurs localités dans la province du Tanganyika, notamment les sites de Muliro et Moba, situés dans le territoire de Moba près de la frontière sud-est avec la Zambie, une situation qui ravive un vieux litige frontalier hérité de l’époque coloniale et marqué par des imprécisions dans la délimitation des bornes entre les deux pays. Selon ce document parlementaire relayé ces derniers jours par plusieurs médias congolais et internationaux, des éléments des forces armées zambiennes seraient positionnés sur le sol congolais, contrôlant ou exerçant une présence effective dans ces zones riveraines du lac Tanganyika, ce qui constitue une violation flagrante de la souveraineté de la RDC et suscite une vive indignation au sein de la classe politique et de l’opinion publique congolaise, déjà éprouvée par les multiples crises sécuritaires à l’Est du pays.
 
Ce contentieux n’est pas nouveau : des incidents similaires avaient éclaté en 2020 avec l’occupation de villages comme Kibanga, Kalubamba et Moliro par les troupes zambiennes, entraînant des déploiements des FARDC, des médiations régionales sous l’égide de la SADC et des négociations bilatérales qui n’ont jamais permis une résolution définitive et durable du tracé frontalier. Les enjeux locaux sont multiples, allant des ressources halieutiques du lac Tanganyika aux terres arables et aux potentiels miniers, dans une région où la porosité des frontières facilite aussi bien les mouvements de populations que les trafics transfrontaliers. Du côté congolais, les députés membres de la commission alertent non seulement sur cette présence militaire étrangère mais aussi sur les dysfonctionnements persistants de l’appareil sécuritaire national qui peinerait à réagir promptement face à ces incursions, dans un contexte où Kinshasa doit déjà gérer la pression du M23 et d’autres groupes armés à l’Est.
 
La Zambie, quant à elle, n’a pas encore réagi officiellement à ce nouveau rapport, mais les autorités des deux pays maintiennent par ailleurs des relations de coopération économique et régionale, notamment dans le cadre du Copperbelt, des corridors logistiques et des réunions conjointes sur la défense et la gestion des frontières. Cette affaire intervient au moment où la RDC traverse une période de forte tension diplomatique et sécuritaire, avec les sanctions américaines récentes contre Joseph Kabila et les efforts continus pour stabiliser l’Est, ce qui renforce le sentiment d’un État congolais fragilisé sur plusieurs fronts à la fois. Des appels à une réaction ferme, qu’elle soit diplomatique, via une nouvelle médiation de la SADC ou de l’Union africaine, ou même sécuritaire, se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les débats parlementaires, tandis que certains observateurs soulignent que ce litige, bien que limité en ampleur géographique, symbolise les défis plus larges de la RDC dans l’affirmation de sa souveraineté sur l’ensemble de son vaste territoire.
 
Des négociations techniques sur la démarcation des frontières, déjà tentées par le passé, pourraient être relancées prochainement pour éviter une escalade, mais dans l’immédiat, la population locale de Moba et des environs exprime ses craintes face à cette présence étrangère qui ravive les souvenirs des tensions passées et complique davantage la vie des communautés riveraines du lac. La situation reste évolutive et pourrait faire l’objet de communications officielles de Kinshasa ou de Lusaka dans les prochains jours, dans un contexte régional où la stabilité des frontières devient un enjeu majeur pour la paix et le développement en Afrique australe et centrale.
 
Nadine Kibau