
L’arrestation de Denise Dusauchoy n’est pas seulement une affaire judiciaire. C’est un révélateur. En la faisant intercepter en Tanzanie, ramener à Kinshasa et placer sous mandat d’arrêt provisoire, le pouvoir de Félix Tshisekedi a voulu afficher sa capacité à frapper loin. Il a surtout montré qu’il ne sait plus comment gérer une voix qu’il a lui-même laissé grandir.
Denise Mukendi Dusauchoy n’est pas entrée en politique comme ennemie du régime. Journaliste et influenceuse, elle a longtemps navigué dans les eaux de la majorité. Elle a porté un parti, les Forces des démocrates pour le développement, et s’est présentée aux élections de 2023 sous des couleurs favorables au président. Le retournement est venu plus tard, après une condamnation, une libération conditionnelle, puis la diffusion de vidéos intimes qu’elle impute à l’entourage présidentiel. Depuis, elle attaque Tshisekedi, sa famille et des figures du pouvoir avec une violence verbale assumée. Elle a aussi affiché sa sympathie pour l’AFC/M23 et s’est montrée à Goma.C’est précisément ce parcours qui rend l’arrestation politiquement coûteuse. On n’arrête pas une inconnue. On arrête une femme qui connaît les codes, les hommes et les failles du système. En la traitant désormais comme une menace pour la sûreté de l’État, Kinshasa transforme une critique personnelle et médiatique en affaire d’État. Or plus le chef d’accusation est lourd, plus le soupçon d’instrumentalisation grandit.
Le pouvoir croit démontrer de l’autorité. Il expose surtout son inquiétude. Une influenceuse, même virulente, même proche d’une rébellion contestée, ne renverse pas un État. Elle dérange. Elle occupe l’espace numérique. Elle force le régime à répondre. En la poursuivant au-delà des frontières, Tshisekedi donne le sentiment qu’une femme seule, camera et téléphone en main, pèse assez pour justifier un mandat international, une extradition et une comparution sous gilet pare-balles. Cette disproportion parle plus fort que tous les communiqués sur la présomption d’innocence.
La situation est pesante pour le président. S’il relâche la pression, il passera pour faible. S’il durcit, il fabrique une martyre numérique. Chaque image de Dusauchoy devant le parquet relance le récit d’un pouvoir incapable d’encaisser la contradiction, y compris celle d’une ancienne proche. Dans un pays déjà miné par la guerre à l’Est, la défiance envers les institutions et la polarisation des réseaux, ce récit est dangereux. Il ne convainc pas les indécis. Il galvanise les opposants et laisse les soutiens du régime dans l’embarras d’avoir à justifier l’acharnement plutôt que le fond du dossier.Tshisekedi voulait montrer que la justice congolaise peut atteindre n’importe qui. Il a surtout montré qu’il a besoin de la justice pour éteindre une voix qu’il n’a pas su politiquement isoler. Arrêter Denise Dusauchoy ne le grandit pas. Cela le fragilise. Parce qu’un pouvoir sûr de lui n’a pas besoin de faire d’une influenceuse un dossier d’État. Un pouvoir inquiet, si.
Pascal Kwilu