
Grand lecteur du Journal,(l'observateur) j’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’article intitulé « Lequel des deux pasteurs : le politicien ou le sportif ? » , paru dans votre édition de vendredi 3 juillet 2015. Le thème développé dans cet article m’a tellement intéressé que je me permets d’apporter ma pierre à ce qui doit être un débat très ouvert.
Je tiens d’emblée à préciser que les deux pasteurs cités dans cet article ne doivent constituer que des exemples, les faits concernant pratiquement tous les pasteurs, particulièrement ceux des églises dites de réveil.
L’article parle du tollé provoqué à l’époque par la candidature, puis l’élection, du pasteur Kiziamina Kibila à la députation nationale et l’engagement de l’évêque général Pascal Mukuna dans une équipe de football, en l’occurrence le FC Renaissance du Congo.
Commençons par l’engagement des pasteurs dans la vie politique. Le fait n’est pas nouveau sous les cieux et ne se vit pas qu’en RDC. Cependant, il y a nuance. On se rappellera que Jesse Jackson, pasteur baptiste, s’était une fois porté candidat à l’investiture démocrate aux Etats-Unis. Il ne réussit malheureusement pas à gagner ce scrutin.
A l’instar de Martin Luther King III, Jesse Jackson est très engagé dès son jeune âge dans le combat pour les droits civiques et, donc, contre les injustices que vit au quotidien la race à laquelle il appartient dans son pays. Le pasteur King en paya même de sa vie. L’objectif affiché de Jesse Jackson était donc de devenir locataire de la Maison Blanche afin, outre les charges présidentielles traditionnelles, d’impulser l’élévation du peuple américain dans le sens de la considération égalitaire de toutes les races qui composent cette nation multiraciale.
C’était là un objectif noble. Le succès d’être l’homme le plus puissant de la planète, ainsi que les rentes relatives à cette fonction étaient donc secondaires, quoi que capitales, par rapport à l’objectif visé.
Il arrive aussi que la situation particulière vécue par un pays l’amène à désigner une personnalité ecclésiale pour exercer une activité à caractère politique. C’est le cas des messeigneurs Ernest Kombo, De Souza et Monsengwo, respectivement au Congo Brazzaville, au Bénin et dans l’ex-Zaïre, portés à la présidence des conférences nationales organisées dans ces pays au début des années quatre-vingt-dix.
Mais on remarque en RDC, depuis la reprise des élections comme voie d’accès aux fonctions politiques, une pléthore de pasteurs, tous des églises de réveil, qui se portent candidats à la députation nationale ou provinciale. Ont-ils un objectif autre que celui de s’enrichir ? De toute façon, ils le poursuivent déjà, cet objectif, en créant leurs églises. Sinon on n’en aurait pas autant dans ce pays, et leurs enseignements ne tourneraient pas presqu’exclusivement autour de l’argent qu’ils incitent les fidèles à semer.
En cherchant absolument à devenir députés, se soucient-ils vraiment de la misère noire dans laquelle croupit notre peuple, c’est-à-dire leurs fidèles ? Le pasteur que cite cet article n’émut-il pas le président de l’Assemblée nationale de son époque en se prononçant contre l’augmentation des rémunérations des fonctionnaires, préférant à la place la multiplication de leurs émoluments à eux les députés ? Qui veulent-ils tromper ?
Comme les non pasteurs, les pasteurs qui postulent à la députation nationale ou provinciale ne sont attirés que par l’argent, qu’ils sont sûrs de gagner facilement, et par rien d’autre. L’argument selon lequel l’univers politique serait rempli de péchés n’est même pas solide, car tous les milieux, absolument, sont hétérogènes. A gauche et à droite, on trouve des saints et des canailles.
Il faut réserver une mention spéciale au pasteur Baruti qui n’a jamais hésité pour déclarer à l’intention de tous qu’il ne lui viendra jamais à l’esprit de s’engager dans la politique car cela est incompatible avec la fonction de pasteur. Voilà un homme qui a véritablement reçu une mission de l’Eternel, et qui l’accomplit sans se laisser impressionner par l’opulence qu’offre la députation.
Il n’est cependant pas interdit à un pasteur d’exercer d’autres activités, surtout celles à caractère social. Les exemples qui sont cités dans cet article concernant le pasteur Kiziamina (enseignement, santé, agriculture) sont très positifs et à encourager. Outre le fait qu’elles donnent de l’emploi aux fidèles, en contribuant à l’émergence du pays, elles assurent l’essor matériel de l’église par des voies correctes.
Quant à la formation, ils ne sont pas tenus de ne faire que la théologie. Nous voyons bien les prêtres (catholiques) qui exercent divers métiers. Nombreux parmi eux sont professeurs d’université ou du secondaire où ils enseignent diverses matières. Voilà qui est positif.
Venons en maintenant au sportif. A priori, il n’y a aucun mal à ce qu’un religieux dirige une formation sportive, d’autant plus qu’il s’agit-là d’une façon d’encadrer la jeunesse. Mais là où le bât blesse, c’est que la pratique du football, particulièrement, surtout dans nos pays, est inhérente à l’utilisation des fétiches.
Personne de sensé ne peut mettre ce fait évident en doute. Un religieux ne peut donc pas diriger une équipe de football sans se compromettre d’une manière ou d’une autre. S’il aime réellement le football, on pourrait peut-être lui conseiller de n’être qu’un donateur lointain. Mais s’impliquer dans la gestion ne peut que l’exposer à des pratiques qu’il est appelé à combattre.
L’autre difficulté, comme souligné si bien dans l’article, est liée à sa personnalité. En football, on peut, dans un même stade, recevoir des fleurs roses le matin, des œufs pourris à midi et des pierres le soir. Dans un pays dont le peuple est aussi indiscipliné que le nôtre, un tel pasteur met aussi en péril les installations de son église.
Son équipe n’étant pas capable de gagner tous ses matches, il n’est pas impossible que les fanatiques déçus soient tentés d’exporter leur colère loin du stade. Mais les adversaires de son équipe, qui estimeraient avoir été battus par injustice, pourraient être portés à aller casser ces installations, et pas toujours pour des raisons sportives.
Mukuna est-il sûr de n’avoir que des amis dans le gotha des pasteurs congolais ? Que ne doit-on pas craindre dans ce milieu où des pasteurs en arrivent à empoisonner leurs frères, d’après ce qui se raconte souvent à Kinshasa ?
Aux uns et aux autres, je dis qu’on ne doit pas s’amuser avec les affaires de Dieu. Eux qui veulent parler en son nom doivent apprendre à le craindre. Un pasteur de mes connaissances refusa, en 2006, la proposition du président d’un parti politique de postuler à une des députations. » Je suis un ministre de Dieu, rétorqua-t-il à ce président. A ce titre, je suis supérieur aux ministres du monde, et donc, aussi, aux députés. Je ne trahirai jamais mon serment « . Il siège aujourd’hui avec aisance dans l’une des Assemblées provinciales du pays. Il a eu le temps de voir ce qu’étaient devenus ses amis qui étaient devenus députés et s’était ravisé. Qu’a-t-il fait de son » serment » ?
Jean de Dieu Butuena Ngolo / l'observateur