
Les députés nationaux élus de Kinshasa ont dénoncé jeudi la mauvaise gouvernance de la ville de Kinshasa.
« La ville de Kinshasa n’est pas gouvernée. Il y a absence totale de l’autorité de l’Etat dans cette ville…. En tant qu’élus de cette ville, nous ne pouvons pas accepter de vivre cette situation et rester amorphe, sans ne rien faire…Certes, les responsabilités sont établies et partagées. Il y en a qui relèvent des responsables au niveau national. Mais il en existe également qui relèvent des dirigeants de la ville province », a déclaré Jean-Marc Kabund A-Kabund, premier vice-président de l’Assemblée nationale, au sortir d’une réunion avec ses collègues élus de Kinshasa le jeudi 12 août.
Dans leur réplique, qui a suivi quelques heures après, une trentaine de députés provinciaux de Kinshasa ont pris sur toute la ligne la défense du gouverneur Gentiny Ngobila.
« Nous rappelons aux élus nationaux qu’avant de s’exprimer en public, ils doivent apprendre à convoquer les grandes forces de l’intelligence », peut-on lire dans leur déclaration rapportée par le député Junior Nembalemba.
« L’Assemblée provinciale de Kinshasa s’engage à soutenir sans réserve les actions du Chef de l’Etat et rappelle aux élus nationaux que la Loi sur la Décentralisation reconnaît aux provinces l’autonomie de gestion et demande à ces derniers de se concentrer sur les questions d’intérêt national », ont-ils signé. Ils estiment que « beaucoup d’efforts » sont enregistrés aussi bien dans l’assainissement, l’éclairage public que dans le secteur des infrastructures routières en dépit de nombreuses difficultés financières auxquelles la ville de Kinshasa est butée.
Mais quels sont ces efforts alors que la gouvernance de Gentiny Ngobila est fortement décriée par les Kinois ?
Parmi les sujets qui fâchent, il y a la réhabilitation du marché central de Kinshasa. Huit mois après avoir déguerpi sans préavis les vendeurs du marché central, les travaux de réhabilitation n’ont jamais débuté. Même le chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi, qui avait soutenu cette initiative malgré la bronca des vendeuses et vendeurs, se poserait aujourd’hui des questions.
Travaux inachevés
Jusque-là, seule une maquette importée de la France ayant coûté à la ville près de 200 mille euros, a été réalisée dans ce projet. Entretemps, des pavillons ont été démolis et des montagnes d’immondices occupent cet espace voire l’avenue Luambo Makiadi (ex-Bokasa) pourtant récemment réhabilitée dans le cadre du Programme d’urgence de cent jours.
Plusieurs autres chantiers lancés par le gouverneur Ngobila sont quasiment à l’arrêt. Le cas de l’avenue Kikwit qui devait relier les communes de Lemba, Ngaba, Makala, Kalamu et Ngiri-Ngiri. L’avenue Bongolo est coupée en deux. Les travaux sur l’avenue Pierre Elengesa lancé en août 2019 ont largement dépassé leur délai de 16 mois.
Un autre arrêt des travaux est constaté sur une partie du terrain du boulevard Triomphal à Kasa-Vubu où un parking de stationnement des véhicules doit être construit, malgré que cela ait privé la jeunesse d’un espace important pour la pratique du sport et autre apprentissage auto-école.
Les poubelles publiques sont visibles seulement le long du boulevard du 30-Juin. Des poubelles qui, d’ailleurs, sont vidées à fréquence irrégulière. Des caniveaux et autres moyens de canalisation sont bouchés, faute d’un curage régulier et du manque de civisme d’une population mal encadrée en terme de communication. Il y a aussi ce danger public auquel sera exposé les enfants au bord du Boulevard Lumumba, autoroute la plus fréquentée de la ville, où des parcs d’attraction des Indopakistanais sont en plein montage avec la bénédiction de l’Hôtel de la ville.
Insécurité
Du point de vue sécuritaire, le phénomène Kuluna continue de régner dans différents quartiers, malgré les relégations extrajudiciaires de certains jeunes à Kanyama Kasese, dans la province de Haut-Lomami. Une autre source d’insécurité pour les Kinois se trouve être aujourd’hui les éléments de la police qui multiplient sur la route ou dans les quartiers des abus. Certains donnent la mort pour des simples affaires de port de cache-nez.
Des drogues et autres liqueurs fortes interdites sont vendues au vu et au su de tous dans tous les coins de la ville, contribuant davantage à un climat d’insécurité. On ne parle pas du tapage sonore qui reste impunie et de ces petites nouvelles stations-services construites actuellement sans aucune précaution de sécurité.
Malgré tous ces problèmes, Ngobila n’a étonnement jamais fait l’objet d’une interpellation par une Assemblée provinciale visiblement complaisante, comme elle a également été sous André Kimbuta.
« Des tentatives du député Mukebayi allant dans ce sens ont toujours été anéanti par une majorité mécanique au sein de l’Assemblée provinciale qui se fait complice d’un homme qu’il devait normalement contrôlé sévèrement pour le bien de la capitale », s’indigne un Kinois.
A Kinshasa, tout le monde s’indigne, sauf des députés provinciaux.
Socrate Nsimba Digitalcongo.net