
Au cœur d’une guerre au Moyen-Orient entrée dans sa troisième semaine (mi-mars 2026), le président américain Donald Trump a opéré un revirement notable : après avoir clamé à plusieurs reprises que les États-Unis et Israël avaient « complètement anéanti » et « décapité » le régime iranien sur les plans militaire et économique, il a exhorté ses alliés – et même la Chine – à envoyer des navires de guerre pour sécuriser le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique quasi totalement bloquée par l’Iran.
Sur son réseau Truth Social, samedi 14 mars 2026, Trump a écrit : « De nombreux pays vont envoyer des navires de guerre, en collaboration avec les États-Unis, pour maintenir le détroit ouvert et sûr. Espérons que la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni et d’autres (…) enverront des navires dans la région afin que le détroit d’Ormuz ne soit plus menacé par un pays totalement décapité. » Il a ajouté que les pays dépendants du pétrole transitant par ce passage – par où transite environ 20 % de la production mondiale d’hydrocarbures – devaient contribuer à sa protection, les États-Unis les aidant en retour. Dimanche 15 mars, il a accentué la pression en interview au Financial Times, avertissant que l’OTAN risquait un « très mauvais avenir » si ses membres ne répondaient pas favorablement, et menaçant implicitement de reporter sa visite en Chine si Pékin ne coopérait pas. Il a affirmé avoir approché « environ sept pays » pour former une coalition, mais aucun engagement ferme n’a été annoncé publiquement à ce stade – certains, comme le Japon et l’Australie, ayant déjà exprimé leur réticence à déployer des navires.
Cette demande d’aide internationale contraste fortement avec les déclarations triomphalistes antérieures de Trump, qui assurait que la marine américaine escorterait bientôt seule les pétroliers. Sur le terrain, la réalité est plus complexe : l’Iran continue ses frappes, maintient le blocus effectif du détroit (via mines, drones, missiles et menaces directes), provoquant une flambée des prix du pétrole et forçant de nombreux pays à puiser dans leurs réserves stratégiques.Téhéran n’a pas tardé à se saisir de cette volte-face pour ridiculiser Washington. Des officiels iraniens, dont le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, ont qualifié les affirmations de Trump de « délirantes » et ironisé sur le fait que les États-Unis, après avoir proclamé une victoire totale, se retrouvent contraints de quémander du soutien pour une route qu’ils prétendaient contrôler. Un porte-parole des Gardiens de la Révolution a déclaré que le détroit restait ouvert à tous sauf aux États-Unis et à leurs alliés impliqués dans le conflit, et a menacé de représailles contre toute infrastructure pétrolière régionale (notamment aux Émirats arabes unis) si des navires étrangers intervenaient. Téhéran affirme tenir « le levier des prix mondiaux du pétrole » et être prêt à une guerre longue, rejetant toute idée de négociation immédiate tant que les frappes américano-israéliennes persistent.
Cette passe d’armes informationnelle souligne les difficultés de la coalition USA-Israël : malgré des frappes massives, l’Iran conserve une capacité de nuisance significative dans le Golfe, exporte même plus de pétrole via des routes alternatives, et profite de la hausse des cours pour financer sa résistance. Les alliés sollicités hésitent, craignant l’escalade et les coûts politiques internes. La situation reste hautement volatile, avec des risques d’extension du conflit et d’impact économique mondial accru.
Pascal Kwilu








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