
Le secrétaire général de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), Augustin Kabuya, également président intérimaire du parti au pouvoir en République démocratique du Congo, a fermement réaffirmé, le samedi 7 mars 2026, la volonté de son parti de modifier l'actuelle Constitution promulguée le 18 février 2006. Cette déclaration a été prononcée lors d'une matinée politique organisée au siège national de l'UDPS à Limete, dans la commune de Kinshasa, devant de nombreux militants et cadres du parti.Devant une assistance applaudissant ses propos, Augustin Kabuya a lancé : « Je vous le dis ce soir : soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution. » Il a qualifié de « méchant » ou dépassé l'argument selon lequel le régime actuel ne pourrait pas toucher au texte fondamental, en rappelant les précédents historiques : « Mobutu l’a révisée 17 fois, Mzee Laurent-Désiré Kabila l’a modifiée 3 fois et Joseph Kabila l’a également modifiée. Au nom de quel principe le régime de l’UDPS serait-il interdit de toucher à la Constitution ? Nous avons des arguments. »Kabuya a expliqué que ce débat n'est pas nouveau au sein de l'UDPS et remonte aux positions du fondateur du parti, Étienne Tshisekedi, qui considérait déjà la Constitution de 2006 comme un danger pour la République.
Selon lui, ce texte a été rédigé principalement pour répondre aux exigences des accords de paix de l'époque post-conflits, et ne correspond plus aux réalités actuelles du pays. Il a insisté sur la nécessité d'adapter la loi fondamentale aux besoins du Congo d'aujourd'hui, affirmant que le parti avait déjà exprimé cette ambition par le passé, notamment lors des États généraux de l'UDPS et dans des annonces faites dès octobre-novembre 2024, où l'on était passé d'une simple révision à un appel au changement complet de la Constitution.Cette sortie intervient dans un contexte de relance intense du débat constitutionnel en RDC, particulièrement après les positions divergentes au sein de la majorité présidentielle (Union sacrée). Elle répond notamment aux déclarations récentes de figures comme Modeste Bahati Lukwebo, président du Sénat, qui s'était opposé à une révision. Les réactions sont très polarisées : au sein de la majorité, certains, comme le Bureau du Sénat, se sont désolidarisés de positions anti-révision, tandis que d'autres, tel Vital Kamerhe, distinguent révision constitutionnelle et changement total. L'opposition et une partie de l'opinion publique y voient souvent une manœuvre pour préparer un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi (dont le second mandat expire en 2028) ou une diversion face aux crises sécuritaires persistantes à l'Est, notamment avec le M23 et les tensions avec le Rwanda.
Toutefois, toute modification reste strictement encadrée par l'article 218 de la Constitution actuelle, qui protège des clauses intangibles (limite de deux mandats présidentiels, forme républicaine et décentralisée de l'État, etc.) contre toute révision, sauf par des procédures très rigoureuses impliquant un référendum et un large consensus institutionnel. À ce jour, aucun projet concret n'a été présenté publiquement, et un tel processus nécessiterait un accord politique massif, loin d'être acquis dans le climat actuel de divisions.
Alain Lusanga
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