
Claude Pero Luwara, journaliste congolais connu pour ses prises de position critiques envers le régime de Kinshasa, vit en exil en Belgique depuis 2022. Ayant fui la République Démocratique du Congo (RDC) à cause de menaces répétées contre sa vie, il s'est installé dans ce pays européen pour poursuivre ses études et sa carrière journalistique loin des persécutions. Cependant, son arrivée en Belgique n'a pas mis fin à ses ennuis : au contraire, elle semble avoir amplifié les dangers qui le guettent, transformant son refuge en un terrain d'affrontements inattendus. Le 27 août 2025, il subit une première agression violente devant son domicile à Tirlemont, en région flamande, marquant le début d'une série d'événements troublants qui interrogent sur la portée transnationale de la répression politique en RDC.
Cette première attaque est d'une brutalité rare. Selon le récit de Pero Luwara lui-même, alors qu'il sortait de sa voiture pour prendre des affaires dans le coffre vers 19h30, il est assailli par une dizaine d'individus cagoulés. Un coup violent à la tête l'assomme presque immédiatement, suivi d'une pluie de coups au bras, au genou et ailleurs sur le corps. Il décrit des assaillants organisés, venus avec une intention claire de le neutraliser, voire de le tuer – « Ils ont voulu me tuer », confie-t-il dans une interview au journal La Libre Belgique du 30 août 2025. Blessé, il finit aux urgences avec des points de suture et des bandages, et pointe du doigt un possible commanditaire lié à Kinshasa. En mars 2025, l'ancien ministre de la Justice Constant Mutamba avait en effet publié un communiqué promettant quatre millions de dollars à quiconque fournirait des informations pour sa capture, l'accusant d'être complice du mouvement rebelle AFC/M23. Ses proches et son avocat belge renforcent cette thèse, évoquant un « commando » dépêché depuis la RDC, comparant le pays à la Corée du Nord en matière de surveillance et de vengeance.
Les autorités belges réagissent rapidement : la police interpelle deux suspects parmi les huit présumés auteurs, et une enquête est ouverte par le parquet fédéral. Le ministère belge des Affaires étrangères condamne l'acte de violence sans pour autant confirmer un lien avec Kinshasa, se contentant de noter que « l'enquête est en cours ». Pourtant, des doutes émergent rapidement. Un rapport confidentiel de la police, révélé plus tard, contredit partiellement le récit de la victime : les urgentistes de l'hôpital de Tirlemont n'auraient constaté aucune trace d'agression – ni bosses, ni plaies ouvertes. Les bandages de Luwara n'auraient pas été appliqués sur place, et aucun agresseur n'aurait été appréhendé sur les lieux. Certains observateurs, comme dans l'article de Congo Indépendant du 17 septembre 2025, se demandent si cette affaire n'aurait pas été exagérée pour appuyer une demande de statut de réfugié, refusée deux fois auparavant. « La thèse d’une agression est loin d’être démontrée au plan matériel », y lit-on, soulignant l'embarras des enquêteurs belges face au manque d'éléments concrets.
Huit mois plus tard, le 24 avril 2026 – soit hier, au moment où ces lignes sont écrites –, l'histoire se répète de manière alarmante. Pero Luwara, qui avait repris ses études à Louvain-la-Neuve, est à nouveau agressé dans cette ville universitaire du Brabant wallon. Les réseaux sociaux s'enflamment : des publications sur Instagram, Facebook et X (ex-Twitter) relayent son témoignage, affirmant qu'il a été attaqué par trois individus cagoulés armés de matraques électriques. Des comptes influents comme celui de Baelenge Irenge (@baelenge_irenge) ou des groupes de la diaspora congolaise partagent l'info en urgence : « #RDC : Le journaliste @peroluwara1 encore une fois agressé en #Belgique. Cette fois, c'était à Louvain-la-Neuve, où il a repris ses études. » La vidéo et les photos circulent, montrant un Luwara visiblement secoué, appelant à la vigilance face à ce qu'il perçoit comme une traque organisée.
Cette seconde agression soulève des questions brûlantes sur la sécurité des journalistes en exil. Pourquoi Louvain-la-Neuve, un lieu censé être paisible et académique ? Les assaillants, munis d'armes non létales mais incapacitantes comme les matraques électriques, suggèrent une opération professionnelle, visant à intimider sans laisser de traces mortelles. Pour la diaspora congolaise en Europe, c'est un signal clair : nul n'est à l'abri des tentacules du pouvoir de Kinshasa. Des organisations comme le Conseil de l'Europe (via sa plateforme FOM) avaient déjà alerté en septembre 2025 sur deux journalistes congolais ciblés en Belgique, voyant dans ces actes une extension de la répression rd-congolaise au-delà des frontières. Pero Luwara, avec son passé de critiques acerbes contre le régime Tshisekedi, incarne le profil type de ces cibles : un homme qui, même exilé, continue à informer via les réseaux sociaux et les médias indépendants.
Que reste-t-il aujourd'hui de ces affaires ? La première agression de 2025 traîne en justice belge sans avancées publiques notables, les suspects interpellés n'ayant pas été formellement liés à Kinshasa. La seconde, tout frais, attend une réaction officielle. Pero Luwara appelle à la solidarité internationale, plaidant pour une protection accrue des exilés politiques. En RDC, les autorités nient toute implication, mais le précédent communiqué de prime à sa tête pèse lourd. Cette saga illustre les défis des journalistes sous pression : entre vérité et manipulation potentielle, entre refuge européen et menace importée. Pour un homme comme Luwara, reprenant ses études dans l'espoir d'un avenir meilleur, ces agressions répétées transforment l'exil en un combat quotidien. Reste à savoir si la Belgique, pays attaché à la liberté de la presse, saura protéger ses hôtes critiques sans complaisance, et si la communauté internationale mettra enfin la RDC face à ses responsabilités extraterritoriales.
Nadine Kibau








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