Le professeur Émile Bongeli, sociologue, constitutionnaliste et enseignant à la Faculté des sciences sociales, politiques et administratives de l’Université de Kinshasa, a provoqué une vive polémique en qualifiant la République démocratique du Congo d’« État sorcier » lors d’un colloque organisé le 18 février 2026 au Palais du Peuple pour célébrer les 20 ans de la Constitution du 18 février 2006.Dans son intervention intitulée « La Constitution de la RDC du 18 février 2006 : l’impossible émergence d’une nation », Bongeli a dressé un diagnostic particulièrement sévère de l’État congolais. Selon lui, la RDC est un « État sorcier » depuis ses origines coloniales sous Léopold II, un État structurellement conçu pour nuire à sa population plutôt que pour la servir.« Un État sorcier, c’est un État qui, depuis son origine avec Léopold II, ne fait que nuire à la population.
Toutes les mesures que l’on prend se traduisent toujours par des problèmes pour la population », a-t-il déclaré, comparant cette réalité à celle évoquée par un autre intervenant qui parlait d’« État vampire ».Il a poussé l’analyse plus loin en affirmant que, par réflexe de survie face à cette « sorcellerie étatique », la population congolaise a développé des « stratégies sorcières » pour contrer l’État : « Par réflexe de survie, la population doit aussi chercher des mesures sorcières pour contrer la sorcellerie de l’État. Chacun de nous commet au moins 5 infractions par jour pour survivre. »Ces propos, relayés massivement sur les réseaux sociaux, ont rapidement embrasé la toile depuis le 24 février 2026. Vidéos de l’intervention, extraits audio et memes circulent abondamment, suscitant un mélange de soutien (ceux qui y voient une vérité crue sur la gouvernance et l’héritage colonial), de critiques (accusations de pessimisme excessif ou de division) et de débats passionnés sur la nature de l’État congolais, la pertinence de la Constitution de 2006 (jugée d’« inspiration étrangère » et source de division et d’appauvrissement) et la relation conflictuelle entre pouvoir et citoyens.
Le terme « État sorcier » – métaphore forte ancrée dans l’imaginaire culturel congolais où la sorcellerie symbolise le mal invisible et destructeur – relance le débat sur l’héritage historique, les faiblesses institutionnelles et la nécessité d’une refondation profonde. Alors que le pays fait face à des crises sécuritaires, économiques et sociales persistantes, les mots du Pr Bongeli résonnent comme un cri d’alarme intellectuel qui continue de diviser et d’alimenter les discussions en ce 27 février 2026.
Nadine Kibau








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