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En lançant, ce lundi 20 avril 2026, un appel à contributions citoyennes pour une éventuelle révision de la Constitution de 2006, l’Union Sacrée de la Nation (USN) officialise ce que beaucoup soupçonnaient depuis plusieurs mois : la majorité présidentielle veut modifier la loi fondamentale pour permettre à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat en 2028. Présentée comme une démarche « inclusive et participative » par le professeur André Mbata Mangu, secrétaire permanent de l’USN, cette initiative n’est, pour de nombreux observateurs, qu’un habillage démocratique d’une ambition personnelle. Et c’est précisément là que réside la grande erreur de la majorité présidentielle.
 
La Constitution de 2006, fruit d’un compromis laborieux après des décennies de dictature et de guerres, a posé deux verrous essentiels : la limitation à deux mandats présidentiels et l’interdiction de toute révision de ces dispositions. Ces articles « verrouillés » n’ont pas été écrits par hasard. Ils visaient à rompre avec la culture du pouvoir à vie qui a longtemps caractérisé le Congo. En voulant les faire sauter aujourd’hui, l’Union Sacrée commet une double faute : elle sacrifie la stabilité institutionnelle sur l’autel d’un homme et elle sous-estime gravement les risques politiques, sociaux et sécuritaires d’une telle manœuvre.D’abord, l’erreur politique est flagrante. La RDC traverse l’une des crises les plus graves de son histoire récente : la guerre à l’Est, avec ses millions de déplacés, ses massacres et son cortège de souffrances. Au lieu de concentrer toute son énergie sur la paix, la reconstruction et la relance économique, la majorité choisit de rouvrir le débat le plus inflammable qui soit. L’histoire africaine regorge d’exemples tragiques : lorsque des présidents ont modifié la Constitution pour se maintenir au pouvoir (Côte d’Ivoire 2010, Burundi 2015, Guinée 2020…), le résultat a souvent été des crises post-électorales violentes, des fractures sociales profondes et parfois des conflits armés. Croire que le Congo, déjà fragilisé, échappera à cette logique relève de l’aveuglement.
 
Ensuite, c’est une erreur de légitimité. Félix Tshisekedi a été réélu en 2023 sur la base de la Constitution actuelle. Modifier les règles du jeu en cours de mandat pour avantager celui qui les a acceptées en prêtant serment constitue un précédent dangereux. Cela renforce la perception, déjà très répandue dans l’opposition et une grande partie de la société civile, que le pouvoir est confisqué au profit d’un clan plutôt que exercé au service de la nation. Même au sein de l’Union Sacrée, des voix discordantes se sont élevées (Modeste Bahati Lukwebo en mars 2026, par exemple), montrant que le projet divise jusqu’aux alliés les plus proches.Enfin, c’est une erreur stratégique à long terme. En concentrant le débat sur sa propre personne, Félix Tshisekedi affaiblit son héritage potentiel. Un président qui aurait su terminer la guerre à l’Est, assainir les finances publiques et renforcer les institutions aurait pu laisser une trace historique. En choisissant la voie du « glissement constitutionnel », il risque de passer à la postérité comme celui qui aura sacrifié la démocratie congolaise sur l’autel de son maintien au pouvoir. Pire : en polarisant le pays autour de cette question, la majorité offre à l’opposition un terrain de mobilisation idéal, alors même que les vrais problèmes (insécurité, pauvreté, corruption) restent sans réponse crédible. L’appel à contributions citoyennes jusqu’au 20 mai 2026 n’est qu’une étape.
 
Derrière les beaux discours sur « la volonté du peuple » se cache une réalité beaucoup plus prosaïque : la volonté d’un homme et de son entourage de contourner les limites posées par la loi fondamentale. L’histoire jugera si cette erreur était simplement une faute de calcul ou le début d’une dérive autoritaire dont le Congo paiera longtemps le prix. Pour l’heure, une chose est certaine : en voulant changer la Constitution au profit exclusif de Félix Tshisekedi, la majorité présidentielle joue avec le feu. Et le Congo n’a plus besoin de nouveaux incendies.
 
 Nadine Kibau / Rédactrice en chef

 

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