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POLITIQUE

L'actualité Politique de la semaine en RDC

Dans un monde où les flux migratoires deviennent des instruments de diplomatie et de pression politique, la République démocratique du Congo (RDC) se retrouve au cœur d’une polémique internationale majeure. Kinshasa pourrait-elle accueillir des centaines d’Afghans expulsés ou redirigés par l’administration Trump ? La question, qui semblait improbable il y a encore quelques semaines, est aujourd’hui au centre de négociations actives entre Washington et les autorités congolaises. Selon plusieurs sources fiables, dont le New York Times et des organisations d’aide aux Afghans, jusqu’à 1 100 personnes – dont plus de 400 enfants – pourraient être transférées vers la RDC. Ces individus, anciens interprètes, militaires afghans ou collaborateurs des forces américaines pendant la guerre en Afghanistan, se trouvent actuellement bloqués depuis plus d’un an dans un camp à Doha, au Qatar.
 
L’histoire commence avec la chute de Kaboul en août 2021. Des milliers d’Afghans qui avaient risqué leur vie aux côtés des troupes américaines ont été évacués en urgence pour échapper aux représailles des talibans. Parmi eux, un groupe d’environ 1 100 personnes a été acheminé vers une ancienne base américaine au Qatar, en attendant une réinstallation définitive aux États-Unis. Ce programme de protection, initié sous l’administration Biden, a été brutalement interrompu par Donald Trump dès son retour au pouvoir. Le président américain, qui a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière l’un des piliers de sa politique, a décidé de fermer cette voie d’accès. Résultat : ces Afghans, qui pensaient avoir gagné le droit à une nouvelle vie en Amérique pour services rendus, se retrouvent dans les limbes.
 
Aujourd’hui, l’administration Trump leur proposerait un choix binaire, selon des témoignages recueillis par des ONG comme AfghanEvac : accepter un transfert vers la République démocratique du Congo ou retourner en Afghanistan sous le régime taliban. Un dilemme cruel pour des familles qui ont tout perdu et qui craignent pour leur vie en cas de retour. Shawn VanDiver, président d’AfghanEvac, a exprimé son indignation face à ce qu’il qualifie de « plan de refus » plutôt que de véritable réinstallation. Pour ces alliés de longue date, la perspective de vivre en RDC – un pays qu’ils ne connaissent pas et qui fait face à l’une des pires crises humanitaires au monde – apparaît comme une punition plutôt qu’une solution.
 
Cette éventualité s’inscrit dans un accord plus large signé récemment entre Washington et Kinshasa. Début avril 2026, la RDC a accepté de devenir un « pays tiers » d’accueil pour des migrants expulsés des États-Unis. Le premier groupe, composé de 15 personnes originaires principalement d’Amérique latine (Colombie, Pérou, Équateur), est arrivé à l’aéroport de N’djili dans la nuit du 16 au 17 avril 2026. Ils ont été accueillis temporairement dans un complexe hôtelier à Venus Village, dans la commune de la N’Sele. Les autorités congolaises insistent sur le caractère temporaire de cet accueil : 50 à 100 personnes par mois maximum, avec tous les coûts pris en charge par les États-Unis (logement, nourriture, soins médicaux). Kinshasa répète que cela ne pèsera pas sur le budget national et qu’il s’agit d’un geste de solidarité internationale.
 
Mais le cas des Afghans pose des questions bien plus complexes. Contrairement aux migrants latino-américains, souvent considérés comme des expulsés économiques ou en situation irrégulière, ces Afghans sont d’anciens partenaires militaires des États-Unis. Ils ont travaillé comme traducteurs sur le terrain, servi dans des unités spéciales afghanes entraînées par les Américains, ou entretenu des liens familiaux directs avec des soldats US. Les renvoyer en RDC soulève des enjeux de protection internationale, de non-refoulement et de respect des droits humains. Les défenseurs des droits estiment que la RDC ne dispose ni du cadre juridique ni des infrastructures nécessaires pour assurer leur sécurité et leur intégration durable.
 
La faisabilité d’un tel accueil à Kinshasa interroge profondément. La RDC traverse déjà une crise humanitaire sans précédent : plus de 600 000 réfugiés sur son territoire, des millions de déplacés internes à cause des conflits armés persistants à l’Est (notamment avec le M23 et d’autres groupes rebelles), des tensions récurrentes avec le Rwanda, et une insécurité chronique qui rend de vastes régions inaccessibles. Ajouter plusieurs centaines d’Afghans – sans diaspora existante pour les soutenir, sans maîtrise du lingala ou du français pour la plupart, et avec des traumatismes de guerre – pourrait créer de nouvelles tensions. Des voix au sein de la société civile congolaise s’élèvent déjà contre ce qu’elles perçoivent comme une « sous-traitance » de la politique migratoire américaine. Pourquoi la RDC, déjà fragilisée, devrait-elle absorber les conséquences des choix géopolitiques de Washington ?
 
Du côté américain, cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large de « déportations vers des pays tiers ». L’administration Trump cherche à accélérer les expulsions en contournant les obstacles juridiques aux États-Unis (ordres de protection émis par des juges, demandes d’asile en cours). Plusieurs pays africains ont déjà signé des accords similaires (Ghana, Rwanda, Cameroun, Eswatini). La RDC rejoint ainsi cette « short list », probablement en échange de considérations diplomatiques, d’investissements ou de soutien dans d’autres dossiers (minerais critiques, stabilité régionale). Les États-Unis auraient déjà dépensé des dizaines de millions de dollars dans ces mécanismes de transit.
 
Pourtant, les critiques fusent de toutes parts. Les organisations humanitaires dénoncent un risque de violation du principe de non-refoulement : si ces Afghans ne peuvent pas rester indéfiniment en RDC, où iront-ils ensuite ? Les talibans, de retour au pouvoir, ont promis des représailles contre ceux qui ont collaboré avec l’Occident. Retourner en Afghanistan équivaudrait pour beaucoup à une condamnation à mort ou à une vie de clandestinité et de peur. D’un point de vue congolais, l’opinion publique s’inquiète des impacts sécuritaires, sanitaires et sociaux. L’arrivée des premiers Latino-Américains a déjà provoqué des débats animés dans les médias et sur les réseaux sociaux à Kinshasa.
 
Kinshasa pourrait-elle réellement devenir un « hub de transit » pour des migrants du monde entier ? Techniquement, l’accord-cadre existe et les infrastructures d’accueil temporaires ont été préparées. Diplomatiquement, le gouvernement Tshisekedi semble prêt à jouer ce rôle en échange de financements américains. Mais humainement et politiquement, le pari est risqué. La RDC n’offre pas le même niveau de protection qu’un pays occidental. L’intégration serait extrêmement difficile : différences culturelles, linguistiques, religieuses (beaucoup d’Afghans sont musulmans pratiquants dans un pays majoritairement chrétien), et absence de perspectives économiques dans un contexte où le chômage et la pauvreté touchent déjà massivement la population locale.
 
Cette affaire révèle les paradoxes de la politique migratoire internationale. Les États-Unis, qui ont promis protection à leurs alliés afghans, semblent aujourd’hui vouloir s’en décharger sur un pays en développement confronté à ses propres drames. La RDC, quant à elle, se retrouve dans une position délicate : affirmer sa souveraineté tout en acceptant un rôle de « sous-traitant » humanitaire. Entre les impératifs sécuritaires américains, les besoins financiers de Kinshasa et les droits fondamentaux des personnes concernées, le juste équilibre est loin d’être trouvé.Alors que les négociations se poursuivent en ce mois d’avril 2026, l’avenir de ces 1 100 Afghans reste incertain. Accepteront-ils le transfert vers Kinshasa ? Les autorités congolaises finaliseront-elles un accord spécifique pour ce groupe sensible ? La communauté internationale, via l’ONU ou les ONG, parviendra-t-elle à proposer des alternatives plus dignes ? Une chose est sûre : cette affaire met en lumière les limites d’une approche purement transactionnelle des migrations. Derrière les chiffres et les accords bilatéraux se cachent des destins individuels, des familles déracinées et des questions morales profondes sur la responsabilité des puissances qui ont engagé des guerres et promis protection.
 
La RDC, avec ses richesses minières, sa jeunesse dynamique et ses défis immenses, mérite mieux que de devenir le « dépotoir » des problèmes migratoires d’autrui. Quant aux Afghans, ils méritent une solution durable qui honore les sacrifices qu’ils ont consentis aux côtés des forces internationales. Kinshasa pourrait accueillir temporairement certains d’entre eux, mais cela ne résoudra pas le fond du problème. Il appartient désormais aux décideurs à Washington, à Kinshasa et dans les instances internationales de trouver une issue qui respecte à la fois la dignité humaine et la stabilité des nations impliquées. L’histoire jugera si ce chapitre aura été un acte de solidarité ou une nouvelle forme d’abandon.
 
Nadine Kibau

 

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