
Pour le Président Paul Kagame, le conflit entre le gouvernement de Kinshasa et l’AFC/M23 peut être résolu même si sur dix revendications seulement six sont acceptées et quatre restent en désaccord, car c’est déjà un progrès significatif, une déclaration récente relayée largement qui s’inscrit dans le cadre des négociations en cours, notamment délocalisées en Suisse, entre Kinshasa et l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 mars.
Le conflit à l’est de la RDC oppose les forces congolaises, souvent soutenues par des groupes armés locaux et des forces régionales, à l’AFC/M23, un mouvement majoritairement tutsi congolais qui a repris les armes en 2021 et a réalisé des avancées importantes en 2025 avec la prise de villes comme Goma et Bukavu, tandis que Kinshasa accuse régulièrement Kigali de le soutenir militairement, des accusations que le Rwanda nie ou justifie par la menace persistante des FDLR, avec des accords de paix signés entre la RDC et le Rwanda notamment à Washington en décembre 2025, même si les négociations directes avec l’AFC/M23 se poursuivent séparément dans un contexte de cessez-le-feu fragiles et de combats persistants.
Kagame propose une approche en trois piliers principaux : d’abord un cessez-le-feu immédiat pour arrêter les hostilités et créer un espace de discussion, ensuite la prise en compte des revendications politiques congolaises où l’AFC/M23 présente une liste de dix points et où accepter six sur dix constituerait déjà un progrès notable, en encourageant Kinshasa à dialoguer directement avec les Congolais opposés au pouvoir actuel en positionnant le mouvement comme un acteur interne légitime, et enfin la prise en compte des préoccupations sécuritaires du Rwanda, notamment la neutralisation des groupes hostiles comme les FDLR présents en RDC et parfois liés au gouvernement congolais, ce qui reste pour Kigali le point le plus crucial.
Cette vision cadre avec la ligne rwandaise habituelle qui considère le problème comme d’abord congolais, lié à la mauvaise gouvernance et à l’insécurité, et régional en raison des menaces transfrontalières plutôt que comme une simple agression rwandaise. Du côté congolais, beaucoup y voient une tentative de légitimer l’AFC/M23 comme interlocuteur valable et de diluer la responsabilité rwandaise, Kinshasa ayant longtemps refusé des négociations directes avec le M23 en les considérant comme un proxy, tandis que les pourparlers avancent lentement et restent bloqués sur des questions comme l’intégration des rebelles, le retrait des forces étrangères et la neutralisation effective des FDLR.
Sur le terrain, malgré les accords, les combats et les prises de positions persistent dans un contexte humanitaire dramatique marqué par des déplacements massifs de populations et une instabilité chronique, avec une médiation internationale impliquant le Qatar, les États-Unis, l’Angola et d’autres acteurs, Kagame insistant sur le pragmatisme pour pousser à un compromis. En résumé, le Président rwandais propose une sortie de crise par étapes avec le silence des armes, un compromis politique partiel et des garanties de sécurité pour Kigali, une position optimiste sur le papier mais très contestée en RDC où beaucoup estiment que le M23/AFC n’est pas un mouvement purement congolais et que le retrait effectif des influences rwandaises reste préalable à toute paix durable, la situation demeurant très fluide et volatile sur le terrain.
Nadine Kibau
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