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POLITIQUE

L'actualité Politique de la semaine en RDC

Olivier Kamitatu, directeur de cabinet de Moïse Katumbi et ancien président de l’Assemblée nationale, a prononcé une phrase qui a rapidement fait le buzz sur les réseaux sociaux et dans les médias congolais lors d’un Space live animé par le journaliste Stanis Bujakera les 1er et 2 juin 2026. S’adressant directement à la gestion de la crise sécuritaire à l’est de la République démocratique du Congo par le président Félix Tshisekedi, Kamitatu a déclaré sans détour : « Un chef qui n’est pas informé n’est pas innocent, il est inutile. L’ignorance une fois, c’est une excuse. Mais répéter ça à chaque scandale, à chaque échec, ça devient une méthode, une habitude dangereuse pour la nation ». Cette sortie virulente intervient dans un contexte de fortes tensions politiques et militaires, alors que l’est du pays continue de subir les assauts répétés de nombreux groupes armés, au premier rang desquels le M23 soutenu par le Rwanda selon Kinshasa.
 
Lorsque Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir en 2019, le M23 ne contrôlait quasiment aucun territoire significatif et le pays semblait en voie de relative réunification après des années de turbulence. Pourtant, plus de sept ans plus tard, la situation s’est dramatiquement dégradée avec plus de 200 groupes armés actifs sur le sol congolais, contre une cinquantaine auparavant, selon plusieurs sources concordantes. Olivier Kamitatu a rappelé que le pouvoir en place avait lui-même invité les responsables du M23 à Kinshasa, libéré plusieurs de ses officiers et même hébergé une délégation pendant près d’un an dans la capitale, avant une rupture brutale dont les véritables raisons n’ont jamais été clairement expliquées à l’opinion publique. Face aux déclarations répétées du chef de l’État selon lesquelles il n’était pas informé de ces négociations, des dysfonctionnements au sein de l’armée ou des accords secrets, Kamitatu a jugé cette posture intenable pour un dirigeant suprême des forces armées et des services de renseignement. Pour lui, un président qui prétend ignorer systématiquement les réalités du terrain n’est plus seulement excusable, il devient inutile dans sa fonction de commandement et de pilotage stratégique de l’État.
 
Au-delà de cette critique centrale, l’ancien président de l’Assemblée nationale a multiplié les flèches acérées durant cette intervention. Il a comparé l’entourage présidentiel à la cour de Louis XIV, entourée de flatteurs et coupée des réalités du peuple, où les mauvaises nouvelles sont filtrées et où la vérité dérangeante n’arrive jamais jusqu’au sommet. Kamitatu a également dénoncé ce qu’il qualifie de « summum du business de la guerre », avec des milliards de dollars dépensés en armements sophistiqués, drones de combat, mercenaires étrangers et contrats opaques, tandis que des officiers supérieurs sont régulièrement arrêtés, remplacés, puis parfois réhabilités dans un cycle infernal qui n’améliore en rien la situation sécuritaire sur le terrain. Pour l’opposant, cette guerre permanente sert peut-être de prétexte commode pour justifier le retard des élections, la révision constitutionnelle ou le maintien prolongé au pouvoir. Malgré la gravité des accusations, Olivier Kamitatu a tenu à réaffirmer que l’opposition regroupée autour de Moïse Katumbi ne recourra pas à la violence armée et privilégiera toujours le dialogue national, l’unité et les voies constitutionnelles pour une alternance pacifique.
 
Cette déclaration intervient dans un climat politique particulièrement tendu en RDC : débats houleux sur une possible modification de la Constitution pour permettre un troisième mandat, appels à des journées « ville morte » par l’opposition, exaspération croissante de la population face à l’insécurité persistante à l’est, aux déplacements massifs de populations et à la crise humanitaire qui en découle. Figure politique expérimentée qui a occupé de hautes fonctions sous différents régimes, Olivier Kamitatu connaît intimement les rouages du pouvoir à Kinshasa. Son intervention, loin d’être une simple sortie médiatique, constitue une critique frontale venue de l’intérieur de l’ancien système, portée par un homme qui a longtemps côtoyé les cercles du pouvoir. La phrase « Un chef qui n’est pas informé n’est pas innocent, il est inutile » est désormais reprise massivement, commentée, débattue et parfois détournée sur les réseaux sociaux, devenant le symbole d’une exaspération grandissante face à une gouvernance accusée de déresponsabilisation systématique. Dans un pays qui aspire à la stabilité et au développement, cette interpellation forte pose une question fondamentale : jusqu’à quand un dirigeant peut-il invoquer l’ignorance pour se dédouaner des échecs répétés de son administration ? La réponse appartient désormais au peuple congolais et à l’histoire en marche.
 
Nadine Kibau

 

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