L’opposition autour de Moïse Katumbi se voulait unie. Elle montre aujourd’hui ses fissures. Au cœur de cette tension, deux hommes qui se connaissent bien : Olivier Kamitatu, directeur de cabinet du président d’Ensemble pour la République, et Hervé Diakiese Kyungu, alors porte-parole du parti. L’un a parlé trop fort. L’autre a répondu à côté. Le résultat donne l’impression qu’ils ne défendent plus exactement la même chose.
Ce que Diakiese a dit, et pourquoi cela a tout changé
Fin juillet, Katumbi avait demandé le calme. Le différend entre Kamitatu et Salomon Kalonda, son conseiller spécial, devait rester interne. Plus de déclarations publiques. La consigne n’a pas tenu. Diakiese est allé sur une émission et a choisi son camp sans détour. Il a présenté Kamitatu comme son mentor, presque comme l’âme politique du mouvement. Kalonda, lui, a été ramené au rôle d’un aide de camp : utile pour les valises et les costumes, pas pour les grandes décisions. Puis est venue la phrase qui a tout enflammé : quiconque manque de respect à Kamitatu, quel que soit son rang, y compris Katumbi lui-même, ne mérite plus sa considération. Il a ajouté qu’il était « belligérant » et que s’il fallait partir, il partirait avec Kamitatu.
Un porte-parole n’est pas un militant ordinaire. Sa parole est censée porter celle du parti, pas celle d’un camp à l’intérieur du parti. En s’exprimant ainsi, Diakiese a placé la loyauté personnelle au-dessus de la hiérarchie. Le Directoire a tranché le 20 août : suspension de ses fonctions, interdiction de parler au nom d’Ensemble, renvoi devant le Comité des Sages.
Ce que Kamitatu a défendu, et ce qu’il n’a pas dit
Kamitatu n’est pas resté muet. Il a publié une tribune, à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Gabriel Kyungu, père de Diakiese. Mais il n’a pas repris le fond des propos. Il a parlé de procédure.
Selon lui, on a d’abord sali Diakiese, puis on l’a sanctionné. Le contradictoire n’aurait pas été respecté. L’homme aurait dû être entendu avant d’être écarté. Kamitatu a même envoyé un long rapport au Directoire et demandé que la mesure soit rapportée. Il a pris acte du maintien de la sanction « sans s’en accommoder ».
Le geste est habile. Il protège un proche, rappelle les règles internes et se pose en garant de la justice partisane. Mais il laisse intacte la question la plus gênante : un cadre du parti a publiquement mis Katumbi et Kamitatu sur le même plan, au nom de Kamitatu. Et Kamitatu n’a pas désavoué cette attaque.
C’est là que les deux hommes se contredisent, même sans se viser directement. Diakiese a fait de la défense de Kamitatu une cause supérieure à l’autorité du président du parti. Kamitatu, lui, refuse d’entrer dans cette logique. Il discute la forme de la sanction, pas le principe de l’insubordination. L’un parle en soldat. L’autre parle en juriste de part
Pourquoi ce décalage pèse
Dans un parti personnel comme Ensemble, le silence n’est jamais neutre. Kamitatu n’est pas un cadre parmi d’autres. Il filtre l’accès à Katumbi, structure sa parole, incarne une partie de sa stratégie. Quand son protégé frappe au nom de cette proximité, on attend au minimum une mise au point. Elle n’est pas venue.
Le parti, de son côté, a choisi la discipline. Le secrétaire général a rappelé une règle simple : les conflits internes se règlent par écrit, pas sur YouTube. La suspension de Diakiese n’est pas une exclusion définitive. Elle vise à empêcher qu’un homme déjà mis en cause continue de parler au nom de tous. Reste une impression de double jeu. Diakiese a brûlé les étapes pour Kamitatu. Kamitatu a ensuite critiqué la manière dont on a puni cet emportement, sans assumer publiquement le coût politique de cette charge. Les deux positions peuvent se défendre séparément. Ensemble, elles donnent l’image d’un camp qui ne sait plus s’il veut l’unité autour de Katumbi ou la primauté d’un rapport de forces interne.
Ce que cela dit d’Ensemble
Cette affaire n’est pas qu’une querelle de personnes. Elle révèle un parti fatigué par les non-dits, les clans et l’absence de débat réel. Quand le président doit calmer ses proches, puis voir l’un d’eux être défendu au prix d’une attaque contre son autorité, le message envoyé à l’extérieur est clair : l’opposition katumbiste a encore du mal à parler d’une seule voix.Kamitatu et Diakiese ne se sont pas insultés. Ils se sont simplement placés sur deux lignes différentes. L’un a choisi la fidélité personnelle jusqu’à l’excès. L’autre a choisi la prudence institutionnelle jusqu’à l’ambiguïté. Entre les deux, Katumbi apparaît moins comme l’arbitre que comme l’enjeu. Et c’est précisément ce que le parti ne peut pas se permettre longtemps.
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