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AFRIQUE

L'actualité de la semaine en Afrique

« En apportant un soutien financier et un partenariat solide, l'Union européenne a permis au Niger de réduire de plus de 95 % les flux migratoires vers la Libye et l'Union européenne. En 2016, 330 000 personnes ont traversé le Niger pour se rendre dans l'Union en passant par la Libye. En 2017, ils étaient moins de 18 000 et, en 2018, environ 10 000. Nous devons continuer à soutenir le Niger dans cette action en lui apportant toute l'aide nécessaire de manière à favoriser le développement économique, commercial et technologique du pays. » Ces propos sont ceux d'Antonio Tajani, le président du Parlement européen, en visite depuis deux jours dans le pays du président Mahamadou Issoufou. Au cœur des échanges : la gestion du flux de migrants transitant par le Niger vers la Libye et l'Europe. Après avoir mis la pression sur le pays pour faire reculer le nombre de migrants, l'Europe, ou en tout cas le président du Parlement, tente de faire entendre une voix plus économique afin de démontrer que l'enjeu n'est pas seulement de stopper la migration mais de trouver des solutions pérennes au cœur même des sources de migrations.

Si l'approche faite avec le Niger obtient des résultats probants, le président du Parlement européen entend l'élargir à d'autres pays... en attendant que soient révisés les accords de Cotonou conclus en 2000 entre les États membres de l'Union européenne et les pays de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Pour rappel, en vue de la négociation de nouveaux accords, l'Afrique, l'Union africaine plus précisément, s'est déjà choisi son représentant unique en la personne de Carlos Lopès, ex-secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA). Quoi qu'il en soit, le challenge que le président Tajani veut relever demeure immense tant les différences d'approche au sein de l'Europe sont importantes. Alors question : l'approche économique va-t-elle finir par rallier les suffrages ?

Lutte contre la migration : l'exemple par le Niger

Le Niger, pays relativement peu étendu, est vraisemblablement le pays de transit le plus important sur la route de l'immigration africaine vers l'Union européenne. On estime en effet qu'environ 90 % des migrants d'Afrique de l'Ouest traversent le Niger sur leur parcours vers la Libye et l'Europe, même si des mesures sécuritaires et judiciaires importantes déployées dans la zone avec l'appui de l'UE ont considérablement réduit les flux des candidats dans un pays où, depuis 2015, existe une loi contre le trafic de migrants. Confirmation est d'ailleurs faite de cette réalité par l'Organisation internationale pour les migrations. Selon elle, en 2016, 333 891 personnes avaient franchi les frontières du Niger (pour se rendre principalement en Libye). En 2017, seules 17 634 personnes ont réussi à faire de même. Et 2018 est dans cette dynamique de diminution des chiffres.

Antonio Tajani : « Nous ne pouvons pas stopper la migration »

Cela dit, le Niger continue toujours d'être un pays au cœur du processus de migrations, car c'est encore lui qui accueille les dizaines de milliers de migrants évacués de Libye par le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés et l'Organisation internationale des migrations. Aujourd'hui, le Niger abrite plus de 300 000 réfugiés et personnes déplacées. Des camps de réfugiés sont concentrés dans la région au sud-est de Diffa et dans les régions nord et nord-ouest de Tahoua et de Tillabéri. La crise humanitaire majeure qui sévit dans ces régions est extrêmement sérieuse. Pour être plus précis, le HCR estime qu'il y aurait, depuis janvier 2018, 310 626 personnes en situation critique au Niger. Sur ce nombre, 129 520 sont des personnes déplacées à l'intérieur des frontières. Les autres sont des non-ressortissants nigériens, en provenance essentiellement du Mali et du Nigeria.

Un environnement difficile

Le président du Parlement européen déplore que les Européens soient peu enclins à accueillir ces demandeurs d'asile. « Il n'est pas acceptable que, sur 1 700 réfugiés vulnérables rapatriés de Libye au Niger, seules quelques dizaines aient été acceptées par quelques États membres de l'Union », a-t-il dit. Début juillet, le président nigérien Mahamadou Issoufou avait affirmé que « la seule condition » que pose son pays pour « continuer » à servir de point de transit à ces demandeurs d'asile est qu'ils « ne restent pas longtemps au Niger », jugeant insuffisant le fonds fiduciaire de 1,8 milliard d'euros mis en place par l'Union européenne pour lutter contre les migrations clandestines.

En effet, avec le dispositif installé au Niger, notamment à Agadez, la capitale du pays touareg, des centaines de nouveaux migrants empruntent des routes alternatives, moins surveillées et plus dangereuses, dans le désert. Près de 600 migrants africains, « refoulés » d'Algérie et secourus dans le désert, sont arrivés en milieu de semaine dernière dans le nord du Niger, a rapporté dimanche un responsable local à l'AFP, attestant de la dangerosité de ces nouvelles routes qui créent d'énormes dissensions entre les deux pays voisins, l'Algérie et le Niger.

Le représentant de l'OIM au Niger, Giuseppe Loprete, a ainsi précisé que son agence avait assisté 391 migrants de 16 nationalités abandonnés à la frontière entre le Niger et l'Algérie. Parmi ces refoulés, il y a des Ivoiriens, des Sénégalais, des Guinéens et des Camerounais. Depuis le début de l'année, l'OIM a déjà mené « 18 opérations de sauvetage » identiques à la frontière algérienne et ramené 3 000 personnes. « L'urgence migratoire nécessite une réaction immédiate de la part de l'UE, le problème ne sera pas résolu au niveau national et ne sera pas non plus résolu par des polémiques entre les États membres. Ces controverses ne risquent que d'éloigner davantage une solution au problème », a indiqué à ce propos Antonio Tajani. À Niamey, il a pu rencontrer dans ce sens les présidents des Assemblées nationales des pays du G5 Sahel et le Secrétaire général de la Communauté des 29 États du Sahel et du Sahara (CEN-SAD), Ibrahim Sani Abani. Outre ce volet sécuritaire et politique, le Niger à travers son président Mahamadou Issoufou mettre l'accent sur le volet économique.

Mettre les moyens financiers dans le privé

Le président du Parlement européen a assuré qu'un montant supplémentaire de 500 millions d'euros a été dégagé fin juin 2018 en faveur de ce fonds pour l'Afrique et « doit être en grande partie affecté au soutien des efforts déployés par le Niger ». L'aide de l'Union européenne est acheminée principalement via le Fonds européen de développement (FED). Un montant total de 596 millions d'euros est prévu en faveur du Niger pour la période 2014-2020. Principaux secteurs bénéficiaires : la sécurité alimentaire, la gouvernance et les infrastructures.

Pour rappel, en 2017, l'aide humanitaire totale octroyée au Niger s'est élevée à 42,6 millions d'euros. Elle a été investie dans des programmes nutritionnels et d'aide alimentaire, dans des mesures destinées à enrayer les violences perpétrées par Boko Haram à Diffa et dans des dispositifs d'aide aux réfugiés maliens sur le territoire nigérien.

Changement de braquet en 2018. Le Parlement européen entend non seulement continuer à financer ses initiatives socio-économiques mais surtout mettre l'accent sur les investissements du secteur privé. Parmi ces acteurs économiques qui veulent être sur le terrain au Niger : des entreprises françaises comme Amarante International, spécialisée dans la provision de services de sécurité et protection d'infrastructures essentielles, Enel, société qui opère dans le secteur de l'énergie dans le monde entier, Sunna Design, leader de l'éclairage solaire, Air France, mais aussi des entreprises hongroises, espagnoles, italiennes. À elles seules, ces entreprises européennes totalisent 79 405 millions d'euros.

À leurs côtés, des entrepreneurs nigériens étaient aussi fortement représentés. Comme Khalid Alkassoum, cet ancien enseignant s'est lancé dans l'aventure entrepreneuriale avec la société Advinteck spécialiste des systèmes d'information financiers. Avec lui, de nombreux dirigeants d'entreprise qui ont misé sur le numérique dans un pays qui veut miser sur l'innovation. C'est le cas d'Abdoul Aziz Kountché, concepteur d'un drone tout-terrain destiné à filmer et à cartographier le territoire nigérien pour venir en aide aux agriculteurs, aux réfugiés et déplacés ou faciliter le travail des organisations humanitaires et environnementales. Abdou Maman, lui aussi, s'est investi dans l'innovation agricole. Avec sa société Tech-Innov, il s'est donné pour objectif d'aider les agriculteurs à en finir avec l'arrosage manuel et, surtout, à limiter le gaspillage d'eau. Dans le contexte nigérien, la recherche et l'innovation sont considérées comme des éléments-clés de la gestion durable des ressources naturelles. Ce dernier point est décisif pour maximiser l'impact du secteur agricole du Niger sur la réduction de la pauvreté.

Un nouveau cadre salvateur ?

En se rendant au Niger avec une forte délégation d'entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse de loin le PIB du Niger (soit 7 000 millions d'euros), le président Tajani a essayé une approche globale, à laquelle le président Issoufou a répondu en pointant du doigt ses besoins urgents qui sont à la fois économiques, sécuritaires et sociaux, car le grand nombre de migrants ne peut manquer d'impacter la société nigérienne déjà travaillée par une démographie galopante sur un fond de traditionalisme assez fort. Le président Issoufou, qui a reçu Antonio Tajani, n'a pas manqué de mentionner l'Alliance pour le Sahel, organisme plus spécifiquement dédié au développement économique des pays du Sahel, en particulier les zones frontalières fragiles. « Il est important qu'une lutte énergique soit menée contre la pauvreté. Cela suppose non seulement des investissements publics, mais aussi des investissements privés », a dit Antonio Tajani. De quoi alerter tous les acteurs concernés de près ou de loin par ces migrations, dont la dimension clandestine et déferlante alimente doucement mais sûrement les arguments des mouvements populistes en Europe. Également de faire prendre conscience que l'Afrique doit et a besoin de se développer avec ses enfants si elle veut confirmer les espoirs qui sont placés en elle à l'orée du XXIe siècle.

Avec Le Point

 

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