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AFRIQUE

L'actualité de la semaine en Afrique

Ils seront 36 à briguer la magistrature suprême lors du premier tour de l'élection présidentielle qui aura lieu le 7 novembre. Quatre d'entre eux polarisent d'ores et déjà l'attention : le président sortant, Hery Rajaonarimampianina, candidat à sa propre succession, et ses trois prédecesseurs : Andry Rajoelina (2009-2013), Marc Ravalomanana (2002-2009) et Didier Ratsiraka (1975-1993 puis 1997-2002). Alors que la population malgache ne constate aucune amélioration de son quotidien au fur et à mesure des régimes, quels seront les arguments qui convaincront les électeurs ?

Duel de businessmen : un remake de 2009

Une étude de la fondation allemande Friedrich Ebert, financée par l'Union européenne et datée de 2016, chiffre le coût de la campagne de Hery Rajaonarimampianina en 2013 à 43 millions de dollars. C'est surtout le candidat qui a dépensé le plus d'argent par vote obtenu, soit 21,5 dollars par voix, en comparaison avec les grandes puissances occidentales et africaines (par exemple, Donald Trump a dépensé 12,6 dollars par voix obtenue, et François Hollande 1,21 dollar). Vraisemblablement, le futur vainqueur de la présidentielle malgache devrait être celui dont les poches sont les plus remplies. Les quatre candidats se sont tous constitués de véritables trésors de guerre à l'époque où ils tenaient les rênes du pays. Mais ils ne sont pas pour autant à armes égales.

La situation politique malgache, hypertendue depuis plusieurs mois, met en scène trois protagonistes principaux, l'actuel président et ses deux prédécesseurs, dans un truel digne du film de Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand, si ce n'est que le trésor pour lequel s'affrontent les politiciens malgaches ne prend pas la forme d'un simple coffre rempli de pièces d'or, mais du contrôle de l'État (et donc de ses ressources).

Dans son classement des dix plus grandes fortunes malgaches (Forbes, août 2018), le magazine américain Forbes place Marc Ravalomanana en quatrième position et évalue les revenus de son groupe Tiko à 150 millions de dollars par an. En 2009, l'arrivée au pouvoir d'Andry Rajoelina qui a chassé du pouvoir Marc Ravalomanana était en fait le point d'orgue d'une rivalité commerciale entamée depuis plusieurs années entre les deux hommes d'affaires reconvertis en politique. Depuis son accession au pouvoir en 2002, Marc Ravalomanana, enfant d'une famille modeste devenu l'un des plus importants hommes d'affaires de la Grande Île, n'avait eu de cesse de renforcer le poids de son groupe industriel et commercial, Tiko (agroalimentaire), en n'hésitant pas à user de son pouvoir politique pour faire pression sur ses concurrents, se mettant ainsi à dos une grande partie de l'élite économique malgache.

De son côté, Andry Rajoelina, DJ à ses heures perdues, avait fondé une société d'impression numérique, Injet, mais dirigeait surtout l'entreprise créée par sa belle famille, Doma Pub, laquelle s'était imposée comme le leader de l'affichage publicitaire à Madagascar.

Or, dès 2003, ses ambitions économiques se sont heurtées à l'inflexibilité de Marc Ravalomanana : ce dernier l'a empêché d'installer des panneaux publicitaires dans la capitale, puis s'est opposé à son projet de construction d'un centre commercial. Aussi, Rajoelina rachète la chaîne de télévision Viva, lance sa propre association politique, baptisée Tanora Gasy Vonona, et réussit à se faire élire maire d'Antananarivo en décembre 2007. Désormais surnommé TGV en référence aux initiales de son association politique, mais aussi à la vitesse à laquelle il a été propulsé à la tête de la capitale à seulement 33 ans, Rajoelina appelle à la grève générale en janvier 2009. S'ensuivent des manifestations qui dégénèrent en émeutes et en pillages, contraignant Marc Ravalomanana à confier le pouvoir à un directoire militaire qui le transfère directement à Andry Rajoelina lequel devient le président de la Haute Autorité de transition (HAT) en mars 2009.

Marc Ravalomanana part immédiatement en exil en Afrique du Sud. Il est condamné par contumace en août 2010 aux travaux forcés à perpétuité. Il fait son retour dans son pays natal en octobre 2014, quelques mois après l'élection de Hery Rajaonariampianina. Mis en résidence surveillée, il retrouve sa liberté de mouvement au bout de quelques mois et surtout, il relance son groupe industriel, Tiko, spécialisé dans les produits laitiers. L'actuel régime de Hery Rajaonarimampianina, inquiet de voir l'ancien chef de l'État se reconstituer un trésor de guerre, ordonne la fermeture de l'une de ses usines fin 2017. Ce qui n'empêche pas Marc Ravalomanana de continer à vendre ses produits dans tout le pays : les supermarchés, inquiets de représailles de la part du gouvernement, n'osent pas distribuer la marque Tiko, laquelle est en revanche présente dans les épiceries.

Exercice du pouvoir et ivresse de l'argent 

De son côté, à son arrivée au pouvoir, Hery Rajaonarimampianina ne possède pas d'empire économique comme ses deux prédécesseurs. Cet expert-comptable formé au Canada avait été nommé ministre des Finances et du Budget d'Andry Rajoelina dès 2009 grâce à l'entregent de l'homme d'affaires local Maminiaina Ravatomanga, client du cabinet de Hery Rajaonarimampianina et ami proche de Rajoelina. Il avait réussi à se maintenir à son portefeuille ministériel malgré les nombreux remaniements gouvernementaux qui ont émaillé la période de la Transition et s'était ainsi imposé comme l'un des hommes de confiance d'Andry Rajoelina notamment en fermant les yeux et en apposant sa signature à certains contrats douteux conclus à cette époque.

  ©  AFP / Rijasolo

Andry Rajoelina, âgé de 44 ans et ancien maire d'Antananarivo, a déjà dirigé la Grande Ile de 2009 à 2014. © AFP / Rijasolo

À l'occasion du scrutin présidentiel de fin 2013, il crée sa propre plateforme politique, Hery Vaovao Hoan'i Madagasikara (HVM – Force nouvelle pour Madagascar), et recueille entre les deux tours le soutien d'Andry Rajoelina qui met à sa disposition d'importants moyens financiers pour faire campagne. En décembre 2013, Hery Rajaonarimampianina est élu président de Madagascar. Mais très vite, le nouveau chef de l'État transforme le HVM en véritable parti et cherche à tout prix à s'affranchir de l'image de « putschiste » et de chef d'État corrompu qui colle à la peau de Rajoelina. Il place nombre de ses proches à des postes hauts placés dans l'administration et relègue les affidés de Rajoelina à des postes subalternes. Surtout, Hery Rajaonarimampianina a symboliquement tué la figure de son mentor politique en s'en prenant dès son arrivée au pouvoir à l'homme d'affaires Mamy Ravatomanga, classé comme la seconde fortune malgache par Forbes. Interdiction de sortie du territoire, perquisitions, poursuites judiciaires : le nouveau président a eu à cœur de se démarquer très tôt de l'homme d'affaires qui avait en grande partie financé sa campagne. Or, ce dernier est resté proche d'Andry Rajoelina et il est vraisemblable qu'il lui apportera son soutien financier pour l'élection prévue en novembre.

Sous Hery Rajaonarimampianina, pas d'amélioration de gouvernance

Mais cinq années à la tête du pays n'ont pas dû laisser le chef de l'État sortant dépourvu. Malgré la reprise de l'aide internationale coupée pendant les cinq années de transition (le FMI a décaissé environ 200 millions de dollars depuis 2015), la situation économique et sécuritaire du pays s'est dégradée, et le président s'est illustré par une gouvernance pire que son prédécesseur, selon l'intelligentsia d'Antananarivo. Aussitôt après son arrivée au palais présidentiel d'Iavoloha, Hery Rajaonarimampianina s'est entouré d'une garde rapprochée de conseillers, au premier rang desquels son épouse, Vohangy Rajaonarimampianina, décrite comme toute puissante auprès de son époux, qui se sont peu à peu illustrés dans des affaires de corruption, ternissant toujours plus l'image d'un régime qui parallèlement a échoué à améliorer les conditions de vie de sa population. Ainsi, l'opératrice économique Claudine Razaimamonjy, propriétaire notamment de plusieurs hôtels, très proche du chef de l'État, soupçonnée de corruption, séjourne en prison depuis près d'un an en attendant le verdict du Bianco et de la justice.

 

 ©  AFP / Rijasolo
Ces derniers mois, l'opposition est descendue dans la rue pour dénoncer, selon elle, la tentative de muselage du président Rajaonarimampianina à l'approche des élections. © AFP / Rijasolo

Les mauvaises pratiques déjà en cours lors des précédents régimes se sont renforcées : le commerce illicite de bois de rose, un bois précieux dont le trafic principalement à destination de la Chine pour la confection de mobilier de luxe, a loin d'avoir été endigué. Au contraire, ce commerce illégal bénéficie d'une constante protection politique selon un rapport de l'Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) publié le 17 août : les trois derniers régimes, selon cette enquête, ont constamment fermé les yeux, voire ont participé, à ce trafic. L'association SeFaFi (Observatoire de la vie publique à Madagascar) dénonçait dans son rapport du 7 octobre 2017 le"culte du secret et la loi du silence » de l'actuel gouvernement tandis que le chercheur malgache Juvence Ramasy, maître de conférences à l'université de Toamasina, parle de « gouvernance criminelle ». Sans aucun doute enrichi par ces cinq années au pouvoir, Hery Rajaonarimampianina possède un avantage non négligeable sur ses concurrents : il détient l'ensemble des rouages de l'appareil d'État et donc de l'organisation des élections.

Ratsiraka, le trouble-fête désargenté

Le quatrième candidat au scrutin de novembre qui a déjà occupé le palais présidentiel, Didier Ratsiraka, est de loin le moins fortuné : ses biens et ceux de sa famille ont été démantelés par son successeur Marc Ravalomanana et « l'Amiral rouge » avait même été contraint d'hypothéquer sa résidence de Neuilly-sur-Seine où il a vécu en exil pendant près de dix ans afin de financer son retour au pays en 2011. Le patriarche de la course à la présidence aura 82 ans au moment du premier tour, le 7 novembre. Il a pour principal avantage d'être un côtier, ce qui pourrait lui valoir les votes des populations des côtes malgaches qui se sentent marginalisées par les présidents qui ont succédé à Didier Ratsiraka, tous issus de l'ethnie merina des hauts plateaux. Mais sans ressources financières conséquentes, la victoire semble loin dans un pays où chaque voix coûte cher.

 

 ©  AFP / Rijasolo
Ancienne colonie française devenue indépendante en 1960, sous la présidence de Philibert Tsiranana. Madagascar entre dans la révolution socialiste en 1975, lorsque Didier Ratsiraka arrive au pouvoir. © AFP / Rijasolo

 

« Il faut que tout change pour que rien ne change »

Ainsi que l'affirme le personnage de Tancrède (Alain Delon) dans Le Guépard de Luciano Visconti, « il faut que tout change pour que rien ne change » : pour le jeune homme, l'aristocratie sicilienne doit participer aux bouleversements politiques en cours afin de rester au pouvoir. À Madagascar, les régimes se succèdent et, finalement, font face aux mêmes difficultés structurelles et surtout aux mêmes acteurs politiques. Dans leur ouvrage L'Énigme et le Paradoxe – Économie politique de Madagascar, les chercheurs Mireille Razafindrakoto, François Roubaud et Jean-Michel Wachsberger dressent un constat amer : « La direction du pays est personnalisée par le président entouré de sa famille et des quelques affidés ayant noué avec lui des alliances éphémères. En dehors de son clan familial restreint, le président choisit (ou est contraint de choisir) les personnalités constituant son entourage suivant des calculs politiques de circonstances.

Les alliés peuvent ainsi se retourner à tout moment sachant qu'aucun lien solide et durable comme l'appartenance à une même famille politique ou à tout autre groupe ne les contraint (…). Le soutien populaire dont il (le président, NDLR) cherche à se prévaloir, en particulier suite à un plébiscite électoral, est en réalité toujours assez ténu. » En d'autres termes : le futur président malgache sera celui qui, en plus de sa fortune personnelle, aura réussi à ratisser le plus de contributions possible afin de financer une campagne d'envergure nationale. Les hommes d'affaires malgaches ont pour habitude de financer la campagne de leur candidat favori. Mais ils se font de plus en plus discrets et ne veulent pas être publiquement associés aux politiciens de crainte de représailles économiques si leur poulain ne gagne pas. Redevable envers ses donateurs, le chef de l'État n'aura d'autre choix que de mettre en place un régime de faveurs. Ou de rompre avec eux, quitte à s'isoler totalement. 

Avec le Point

 

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