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EUROPE

L'actualité de la semaine en Europe

Le président italien Sergio Mattarella a choisi de barrer la route au premier gouvernement populiste dans un pays fondateur de l'Union européenne avec un veto spectaculaire qui a surpris à l'étranger mais beaucoup moins en Italie.

Ce veto contre le choix d'un ministre, choisi par une majorité parlementaire régulièrement élue après des législatives dont personne n'a remis en cause le caractère démocratique, a déconcerté en Europe.

Dans les régimes parlementaires, le chef de l'Etat, qu'il soit monarque au Royaume-Uni ou président en Allemagne, n'a en général que peu de pouvoirs.

Le président italien n'échappe pas à la règle, mais dans un pays qui a déjà connu 64 gouvernements depuis 1946, son rôle d'arbitre au-dessus de la mêlée a toujours été essentiel.

Si M. Mattarella, gardien sourcilleux de la Constitution, "avait cédé, se pliant aux menaces, l'équilibre entre les pouvoirs de l'Etat aurait été brutalement rompu", écrit ainsi le directeur du quotidien La Repubblica, proche de la gauche.

Ce rôle délicat, crise après crise, a renforcé son image et son statut de garant de la stabilité du pays, non sans parfois quelques critiques.

"Le roi Sergio"

"Le roi Sergio fait tout sauter", s'est insurgé le journal Il Fatto quotidiano, proche du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème).

Pendant la crise financière de 2011, au moment où les marchés se déchaînaient contre l'Italie, le prédécesseur de M. Mattarella, Giorgio Napolitano, n'avait pas hésité à prêter son concours à l'opération d'éviction de Silvio Berlusconi, nommant ensuite l'ex-commissaire européen Mario Monti à la tête du gouvernement.

M. Berlusconi avait crié au scandale et réclamé des élections anticipées, en vain.

Là encore, le souci de protéger la stabilité financière et économique du pays a servi de base à l'action du président.

Mais peut-on mettre son veto à un ministre régulièrement choisi, sous prétexte qu'il risque de faire monter le "spread", l'écart très suivi en Italie entre les taux d'emprunt à dix ans allemand et italien ? Une partie des commentateurs s'interrogent.

Le président Mattarella a clairement invoqué cette menace, tout comme celle du signal négatif envoyé aux marchés si l'économiste eurosceptique Paolo Savona avait été nommé ministre des Finances.

Et pour justifier cette décision, il a expliqué que son devoir était de protéger les intérêts des épargnants italiens.

Autrement dit, rien ne sert de voter puisque le président peut invoquer un droit qu'il considère supérieur au bulletin de vote des Italiens, s'est insurgé Luigi Di Maio, chef de file du M5S.

Echanges d'invectives

Là encore, le président, ancien membre du Conseil constitutionnel, s'en est expliqué en soulignant que l'engagement européen de l'Italie était fondamental.

Si on veut discuter de la sortie de l'euro, "on doit le faire ouvertement et de façon approfondie. Or, ce n'a pas été un thème de premier plan pendant la récente campagne électorale", a-t-il ainsi affirmé dimanche.

Lugi Di Maio a réagi en annonçant une procédure de destitution contre lui, mais pour la plupart des experts, celle-ci n'a aucune chance d'aboutir puisqu'elle n'est possible qu'en cas de "haute trahison" ou d'"atteinte" à la Constitution.

"Le président Mattarella n'a fait qu'exercer ses pouvoirs constitutionnels", a résumé Massimo Luciani, président de l'association des constitutionnalistes italiens.

Reste que sa décision divise le pays. Depuis dimanche soir, les défenseurs du président regroupés sous le hashtag #iostoconmattarella (je suis avec Matarella) et ses détracteurs sous celui de #mattarelladimettiti (Mattarella démissionne) échangent invectives et mots d'ordre sur les réseaux sociaux.

Le standard de la présidence a sauté dimanche soir -- sous une avalanche d'appels de soutien ont affirmé des sources du Quirinal à la presse -- et une pétition en faveur du président a commencé à circuler lundi, reccueillant près de 15.000 signatures.

Avec AFP /Le Point

 

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