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Décédé d'une embolie pulmonaire le 1er février 2017, à l'âge de 84 ans, Étienne Tshisekedi était la figure emblématique de toute l'opposition congolaise depuis les années 1980. Une place de choix qui n'a fait que reléguer au rang de seconds couteaux bon nombre d'autres challengers de l'opposition. Sa disparition ouvre la voie à un combat pour le titre convoité de chef de l'opposition qu'il incarnait. En plus de mettre à mal l'unité de son parti, l'UDPS, déjà fortement tiraillé de l'intérieur.

Où en sont les négociations avec le pouvoir ?

Tshisekedi est mort alors qu'une coalition d'opposition qu'il présidait, le « Rassemblement », négociait avec le pouvoir un partage des postes dans un futur gouvernement d'union découlant d'un accord de cogestion de la République démocratique du Congo signé le 31 décembre. Cet accord, censé sortir le pays de la crise liée au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, dont le mandat est échu depuis le 20 décembre, prévoit la mise en place d'une transition politique jusqu'à la tenue de la présidentielle « fin 2017 », perspective qui semble déjà très incertaine.

Tshisekedi devait prendre la tête du Conseil national de suivi de l'accord de la Saint-Sylvestre (CNSA), tandis que son fils Félix brigue le poste de chef du gouvernement. La mort du « Vieux » remet tout à plat. Les alliés de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) au sein du Rassemblement sont bien décidés à remettre en cause ce qu'ils percevaient comme une position hégémonique de ce parti. Plusieurs dirigeants d'opposition briguent déjà ouvertement la présidence du CNSA.

Le pouvoir, de son côté, affirme que le choix du titulaire de ce poste devra faire l'objet d'un nouveau consensus entre la majorité et l'opposition. Mais sa mort relance surtout la course entre d'autres personnalités, comme l'ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, aujourd'hui en exil, ou l'ancien président de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe, et même le fils de Tshisekedi : Félix.

Félix Tshisekedi, un dauphin qui tente de s'imposer

 

 ©  DR
Félix Tshisekedi, fils d'Étienne devrait naturellement lui succéder à la tête du parti. © DR

 

 

À 53 ans, Félix Tshisekedi doit assurer d'une part la bonne marche du parti, et d'autre part la mise en application de l'accord. Mais avant la mort de son père, l'homme jamais adoubé par son père de son vivant était pressenti pour le poste de Premier ministre du nouveau gouvernement de transition. Le temps du deuil permettra-t-il au fils d'Étienne Tshisekedi de prendre les bonnes décisions ? Le temps presse, et son CV paraît ténu pour en faire un candidat sérieux. Mise à part une longue expérience dans les coulisses auprès de son père et un rôle de secrétaire général du parti arraché en 2011. L'homme n'a pas non plus occupé de hautes fonctions politiques, n'a jamais été ministre, seulement député et, encore, il n'a jamais siégé. Pourquoi ? Son père le lui avait interdit ainsi qu'aux députés élus de son mouvement pour protester après l'élection en 2011 de Joseph Kabila. À ceux qui voudraient voir Félix Tshisekedi succéder à son père à la tête du parti, un haut cadre de l'UDPS confie à l'AFP sous le couvert de l'anonymat que, « dans un parti politique, l'héritage doit être idéologique, donc politique » : « Tout doit être décidé lors du [prochain] congrès. » Mais parmi les tenants de « l'héritage politique », on ne parle pas d'une seule voix. Tel autre cadre appelle à ne « pas négliger la ligne historique » : celle de ceux qui « ont enduré la souffrance de la lutte dans leur chair » (avant 1990) par opposition aux « nouveaux venus » arrivés après cette date.

Moïse Katumbi, le retour ?

 

 ©  AFP/Federico Scoppa
-Moise Katumbi Chapwe, ex-gouverneur du Katanga, une riche région de la RDC. © AFP/Federico Scoppa

 

Naturellement, avec la mort d'Étienne Tshisekedi, Moïse Katumbi devrait être propulsé au rang de leader de l'opposition. Mais l'homme d'affaires est en exil, en Europe, mêlé dans une sombre affaire de trafic immobilier. Condamné à trois ans de prison, il espère bénéficier des mesures de réconciliation nationale contenues dans l'accord du 31 décembre. Il a annoncé à Bruxelles qu'il rentrerait au pays avec le cercueil de l'opposant historique dont il s'est rapproché ces deux dernières années. Membre du G7 au sein du Rassemblement, son retour n'est pas vu d'un bon œil, ni du gouvernement, qui tarde à mettre en œuvre l'accord, mais plus surprenant, certains des membres plus ou moins proches de l'UDPS ne veulent pas lui concéder cette position aussi facilement.

Jean-Marc Kabunda, le nouveau secrétaire général de l'UDPS

 

 ©  DR
Jean-Marc Kabunda, actuel secrétaire général de l'UDPS, le parti qu'Étienne Tshisekedi a fondé. © DR

À 35 ans, ce jeune cadre du parti est resté longtemps responsable de la fédération UDPS de Kamina (ex-Katanga) avant d'accéder en 2016 à la fonction de nouveau secrétaire général du parti à la place de Bruno Mavungu. Ce dernier était en poste depuis 2012, mais durant la convalescence du vieil opposant, il a été accusé d'avoir pris à maintes occasions des positions en contradiction de la ligne du parti. Durant cette période, Mavungu s'est surtout montré favorable au dialogue voulu par le président Joseph Kabila, contrairement à la position de Tshisekedi : « Il nous faut maintenant un secrétaire général de combat », avaient alors réclamé des membres influents de l'UDPS. À son retour en juillet 2016, face à un parti en déliquescence, le Sphinx a remis de l'ordre et nommé Jean-Marc Kabunda, qui représente l'aile dure du parti après plusieurs séjours en prison. Son ascension rapide pourrait se poursuivre et se confirmer dans les semaines à venir.

Vital Kamerhe peut-il devenir le leader de l'opposition ?

 

 ©  AFP/Archives
L'opposant Vital Kamerhe, président de l'Union pour la nation congolaise (UNC), troisième force politique au Parlement. © AFP/Archives

 

Pour Vital Kamerhe, l'enjeu est de taille et... à double tranchant. Où et comment pourrait-il rebondir ? S'il est sans conteste un des leaders de l'opposition, sa récente transhumance à la table des négociations a quelque peu affaibli son aura. Son nom circule encore pour rassembler l'opposition. Longtemps relégué au second plan, la mort du « Vieux » lui ouvre le champ pour enfin s'imposer dans le marigot politique congolais. Vital Kamerhe, 57 ans, président de l'Union pour la nation congolaise (UNC), troisième force politique au Parlement, pourrait rapidement se relancer dans la course si les négociations de l'Accord du 31 décembre lui donnent un rôle clé à jouer.

Quid de l'avenir ?

Pour l'heure, estime un diplomate, « le grand vainqueur de l'accord de la Saint-Sylvestre, c'est Kabila, car il n'a plus d'opposition », celle-ci ayant accepté dans son ensemble de s'asseoir à la table des négociations en vue de gouverner. Dès lors, estime le professeur Justin Kankwenda, économiste et politologue, le Rassemblement, s'il veut survivre, « doit cesser d'être une plateforme opportuniste [...] pour se transformer en un regroupement porteur de l'alternance ».

Pour lui, la seule planche de salut de la coalition est « la cohésion autour d'un programme » et une vision stratégique pour permettre la pleine application de l'accord du 31 décembre et la tenue effective de la présidentielle à la fin de l'année. Quant à l'UDPS, premier parti de l'opposition à l'issue des législatives et de la présidentielle de 2011, elle apparaît minée depuis lors par les querelles internes favorisées par l'affaiblissement d'un Tshisekedi malade qui aura multiplié jusqu'au bout les décisions contradictoires. Avec sa mort, « les ambitions vont exploser », prédit Kankwenda. Et ce n'est que le début.

 

Avec le Point

 

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