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Et soudain... c'est l'explosion de joie. Un homme se jette à terre, sans s'arrêter de crier ni de danser, les bras levés au ciel à même le bitume du principal boulevard qui traverse Monrovia. À côté, au milieu de la foule, des couples tournent sur eux-mêmes, au son des vuvuzelas et autres klaxons. Des femmes poussent des cris, pleurent, parfois font les deux. Le Liberia jubile ! Son champion national, l'ancien footballeur George Weah, vient d'être élu président. Il apparaît enfin. Vêtu d'une longue chemise d'un bleu profond au col Mao, la barbe poivre et sel désormais reconnaissable entre mille. Il est sonné. Il ne peut plus contenir son émotion. Les larmes débordent de ses yeux qu'encadrent de fines lunettes. Il penche la tête, les bras tendus, bien accrochés à la rambarde en béton du balcon au-dessus d'une foule en délire. Il retire ses lunettes, s'essuie délicatement les yeux. Il semble ne pas y croire. Au moment où il se redresse pour regarder dans les yeux les Libériens venus l'acclamer, il a à l'esprit ce chemin qui l'a conduit à Executive Mansion, le palais présidentiel.

Né à Clara Town, l'un des quartiers les plus pauvres de la capitale, membre de l'ethnie Krou (présente de part et d'autre de la frontière avec la Côte d'Ivoire) – exclue de l'élite traditionnelle incarnée par les descendants d'anciens esclaves américains –, l'ex-star du ballon rond a été élevée dans la foi chrétienne par sa grand-mère paternelle, Emma Brown, à Gibraltar, un bidonville de Monrovia, entouré de ses 15 frères, sœurs et cousins.

 © Chongyoon Nah/Anadolu Agency/AFP
© Chongyoon Nah/Anadolu Agency/AFP

Durant la campagne, c'est sans doute l'élément qui a joué en sa faveur. « Je sais que [l'autre candidat, le vice-président Joseph] Boakai ne peut pas me battre. J'ai le peuple avec moi », clame-t-il à qui veut l'entendre. Weah confie qu'enfant il vendait chewing-gums, pop-corn et autres sucettes pour survivre. C'est sa grand-mère qui lui offrit son premier ballon de foot à l'âge de 7 ans. La suite de l'histoire est connue. Il fréquente de plus en plus le terrain de football quasi impraticable du quartier. L'école de Mechlin Street, puis la Muslim Congress School ou encore le lycée de la Wells Hairston High School ne le voient qu'épisodiquement. Âgé d'à peine 16 ans, George Weah rêve déjà d'une carrière. Et ça marche.

Le peu d'argent qu'il gagne et qu'il ne verse pas à sa famille, il le place dans les clubs qui le voient évoluer. Ce sont les meilleurs du Liberia. Son nom commence à faire le tour du continent. Il joue au Cameroun qui domine le football africain et au Tonnerre Kalara Club (TKC) de Yaoundé, sous la houlette du général Semengue, l'un des clubs les plus mythiques du pays. C'est là que George Weah est repéré par Claude Le Roy, entraîneur de l'équipe nationale camerounaise et ami de l'entraîneur de l'AS Monaco de l'époque, Arsène Wenger. « Wenger m'a dit qu'avec ma capacité de pénétration et ma technique, j'avais tout pour devenir un grand avant-centre », racontera plus tard Weah.

Élégance

Son premier contrat signé, il est en route pour l'Europe, il a 22 ans. Il devient une figure incontournable de l'équipe : pour sa première saison à Monaco, il marque 14 buts en 23 matches. En 1991, il décroche la Coupe de France. Weah excelle dans la lecture du jeu, l'anticipation et l'improvisation. Il dribble comme aucun autre, athlète extraordinaire capable de sauter très haut avec une détente hors normes, de courir très vite balle au pied.

C'est ce talent qui l'amène au Paris Saint-Germain en 1992, où ses coéquipiers comme David Ginola ou Bernard Lama le surnomment « Mister George » pour son élégance sur et en dehors des terrains. Lors de son passage au PSG, il lui arrivait d'apporter de l'aide aux sans-logis de la capitale en compagnie de ses coéquipiers. Le joueur, dont Michel Denisot, président délégué du club parisien à l'époque, avait alors déclaré : « Weah est plus cher que la tour Eiffel », sort facilement son chéquier, comme il le fit pour replacer l'équipe nationale de son pays, les Lone Stars, sur l'échiquier sportif mondial. Toutes les occasions sont bonnes pour financer équipements, tenues, billets d'avion et même les frais des agents de l'ambassade du Liberia à Paris. Brillant au Milan AC, George Weah reçoit le Ballon d'or 1995, le Graal, devenant le premier footballeur non européen et le seul Africain à recevoir cette récompense.

 

 © EMPICS Sport/PA Photos/ABACA
© EMPICS Sport/PA Photos/ABACA
 © Carlo Fumagalli/AP/SIPA
© Carlo Fumagalli/AP/SIPA

Véritable phénomène du football mondial, Weah est resté une immense star en Afrique et surtout au Liberia, où ses concitoyens en attendent beaucoup. En 1996, il se prononce publiquement en faveur de l'intervention de l'ONU pour mettre fin à la guerre civile. Charles Taylor lui répond par la violence : des miliciens incendient sa maison et violent deux de ses cousines. Craignant pour sa famille, George Weah limite ses interventions jusqu'à la fuite du sanguinaire chef d'État, en 2002.

Weah se retrouve aujourd'hui à la tête d'un pays exsangue. La première République africaine a été fondée en 1822 sous l'impulsion des États-Unis afin d'accueillir les esclaves noirs affranchis de retour vers la terre mère. Indépendant depuis 1847, le Liberia a été dirigé par les descendants d'esclaves jusqu'à l'assassinat, en 1980, du président William Tolbert et de tout son gouvernement lors d'un putsch sanglant mené par le sergent Samuel Doe, dont les marques de fabrique étaient la terreur et la corruption. Une situation qui a débouché sur quatorze ans de guerre civile entre chefs de guerre, dont Charles Taylor dans le Nord-Est ou Prince Johnson.

 © Alain Gadoffre / Icon Sport
© Alain Gadoffre / Icon Sport

Petit à petit, les rebelles du Front national patriotique du Liberia (NPFL) tiennent le pays d'une main de fer avec ce slogan pour seul programme : « No Taylor, no peace ! » Malgré une élection à la régulière de Taylor (qui dirigea le pays de 1997 à 2003), celui-ci continue à terroriser sa population. La communauté internationale a fini par intervenir, le pourchasser, le juger et le condamner à cinquante ans de prison en 2012.

Avec 250 000 morts et des centaines de milliers de déplacés, le Liberia est un pays K.-O. debout. Pour se remettre sur une bonne trajectoire, les Libériens ont fait leur révolution démocratique en élisant une femme, Ellen Johnson Sirleaf. Prix Nobel de la paix en 2011, celle que l'on surnomme volontiers « la dame de fer » plonge dans les jeux de pouvoir et n'a guère convaincu.

Aujourd'hui, c'est donc le tour de George Tawlon Manneh Oppong Ousman Weah, 51 ans, de prendre en main la destinée du pays après deux tentatives infructueuses, en 2005 et en 2011. « Le Liberia est un pays riche, mais ses citoyens sont pauvres », nous confiait-il sur un ton rempli d'assurance lors de sa campagne électorale. Le pays possède en effet d'innombrables ressources (notamment du pétrole et des diamants). Mais les Libériens sont, selon l'ONU, l'un des peuples les plus pauvres de la planète.

À l'échelle du Liberia, cette victoire de Weah suscite donc plus que de l'enthousiasme. Au-delà de cette proximité avec le peuple, George Weah est un novice en politique, et il l'assume. Pendant la campagne, il a argumenté sur sa probité, lui qui aurait pu être tenté par la corruption qui gangrène le Liberia. Cet admirateur de Mandela, Pelé et Martin Luther King s'est attiré les faveurs des jeunes et des plus défavorisés, séduits par sa réussite sociale, en dépit d'un parcours scolaire limité. Pour ses détracteurs, « Mister George » n'a pas d'arguments politiques solides. Parmi les griefs avancés par ses opposants : son taux d'absentéisme très élevé du Sénat, dont il est un élu depuis 2014 pour le comté de Montserrado, qui regroupe un tiers des quelque 4 millions d'habitants du Liberia.

Nouveaux défis

Entre-temps il s'est formé aux États-Unis à l'université de Fort Lauderdale, en Floride, d'où il est sorti avec un master en management. « George connaît l'adversité, il sait ce qu'être pauvre veut dire et ce que cela signifie de voir les portes se fermer », disait de lui son beau-frère Koffa M. Nagbe dans un portrait que lui consacrait le New York Times en 2005, lors de ses débuts politiques. Converti en 1989 à l'islam sous le nom d'Ousman, George Weah, que Nelson Mandela qualifia de « fierté de l'Afrique », est depuis revenu au christianisme. Très croyant, il prie chaque vendredi dans sa chapelle personnelle installée dans sa résidence familiale du quartier de Paynesville, où il vit avec sa femme, Clar, et leurs trois enfants, dont Timothy, 17 ans, de nationalité américaine, qui suit ses traces sportives (il évolue au Paris Saint-Germain). Après avoir joué le plus grand match de sa seconde vie, George Weah, qui a choisi comme colistière Jewel Howard Taylor, ex-femme de Charles Taylor et influente sénatrice, s'installera le 22 janvier dans le palais présidentiel, pour une durée de cinq ans. Parmi ses premiers chantiers, il y a la paix, bien sûr, mais aussi et surtout le développement économique. Et cela constitue sans doute un des défis les plus ardus que George Weah aura à relever. Dans ce domaine crucial, George Weah a multiplié les promesses durant la campagne électorale. « Au niveau national, j'envisage déjà de mettre en place un système pour que tout le monde ait droit aux soins quand il se présente à l'hôpital. Je veux accorder la priorité à la vie », confiait-il au Point Afriqueavant de clamer combien il souhaitait favoriser l'emploi pour les jeunes et l'éradication de la corruption... Les défis de « Mister President » sont nombreux.

Avec le point

 

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