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C’est la rançon du deal politique…
Cinq mois après son élection à la tête de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi est aujourd’hui dans une situation politique inconfortable. En effet, l’homme est pris entre le marteau de son allié de circonstance, le Front commun pour le Congo (FCC) de l’ex-président Joseph Kabila et l’enclume de ses anciens camarades de l’opposition, dont certains l’accusent frontalement de poser des actes, de connivence avec l’ancien président, tendant à « assassiner l’Etat de droit et la démocratie ». 

Cette flèche a été décochée à son endroit par Martin Fayulu, après que la Cour constitutionnelle a déchu de leur qualité de député, plusieurs élus de l’opposition, dans le cadre du contentieux électoral relatif aux législatives du 30 décembre 2018. En réalité, tout ce qui arrive aujourd’hui à Félix Tshisekedi était prévisible. En effet, l’on peut expliquer la tourmente politique dans laquelle il se retrouve par le deal politique qu’il a conclu avec le diable Kabila dans le cadre de la présidentielle pour usurper le pouvoir au malheureux Martin Fayulu. 

C’est cette fameuse « solution à la Congolaise » pour reprendre l’expression de Le Drian, chef de la diplomatie française, qui est en train de le rattraper aujourd’hui. Et cela n’est pas sans rappeler un proverbe burkinabè selon lequel « la poule de la perfidie ne peut pas produire des poussins ». En tout cas, Félix Tshisekedi est bien placé aujourd’hui pour apprécier la véracité de cette sagesse. 

En effet, ses ennuis politiques fusent de partout. Il y a d’abord les soucis politiques liés à son alliance politique avec le FCC de Joseph Kabila. La position hyper- hégémonique de celui-ci dans les deux Chambres du parlement, fait qu’aujourd’hui, Tshisekedi est réduit à la position humiliante d’un président qui est juste là pour inaugurer les chrysanthèmes. La preuve, s’il en est encore besoin, c’est que cinq mois après son élection, il est dans l’incapacité de former son premier gouvernement.

Tshisekedi risque de trimballer son manque de légitimité comme un boulet à son pied

Rien que le vendredi dernier, le président a reçu une volée de bois vert à l’Assemblée nationale de la part des députés FCC, pour avoir nommé des personnalités qui ne sont pas à leur goût, à la tête de deux entreprises publiques. Ce recadrage sans management du président par la coalition pro-Kabila, a suscité l’ire de centaines de militants du parti présidentiel qui ont envahi le siège du parlement pour manifester leur mécontentement. 

Face à tout cela, le président est obligé d’adopter un profil bas pour ne pas fâcher l’homme dont la manœuvre lui a permis d’être roi, c’est-à-dire Kabila. Et cette humiliation n’est que le début du commencement. Le pire pourrait être à venir. En effet, l’on peut s’attendre, dans la composition du gouvernement, à ce que Kabila s’arroge tous les postes de souveraineté pour ne laisser au président que les maroquins de moindre importance.

La deuxième catégorie des ennuis de Tshisekedi lui vient de l’opposition, portée aujourd’hui par Martin Fayulu. Celle-ci est vent debout contre lui, suite à l’invalidation, par la Cour constitutionnelle, des mandats des députés membres de la coalition des opposants Moïse Katumbi et Jean Pierre Bemba. Les partisans de ce dernier ont promis de battre le macadam demain pour protester contre ce qu’ils appellent « l’assassinat définitif de l’Etat de droit et de la démocratie » par l’alliance incestueuse Kabila-Tshisekedi. Et on peut leur donner raison d’avoir opté pour cela. En effet, il est de notoriété publique que les membres actuels de la Cour constitutionnelle roulent pour Kabila. Ce sont eux qui ont tripatouillé les résultats de la présidentielle sur instruction de leur mentor, pour déclarer Tshisekedi gagnant du scrutin. 

Cette manœuvre est connue de tous. A commencer par l’Eglise catholique et la communauté internationale. Seulement, les uns et les autres ont préféré la stabilité à l’éthique du scrutin. Légalement donc, c’est Félix Tshisekedi qui a été élu mais légitimement, c’est autre chose. Et il risque de trimballer ce manque de légitimité comme un boulet à son pied tout au long de son mandat. La troisième et dernière adversité qui se dresse sur le chemin du président, est liée paradoxalement à la base de son parti. 

Au rythme où vont les choses, il n’est pas exclu que celle-ci le désavoue pour trahison. Déjà, elle supporte de plus en plus mal les accointances de leur mentor avec Kabila. Bref, aujourd’hui, le président est dans la tourmente à cause, peut-on dire, de son deal politique avec Kabila. Et la seule sortie honorable pour lui pourrait consister à restituer à Martin Fayulu ce qu’il lui avait volé, de connivence avec Kabila. Il peut aussi envisager la dissolution du parlement pour atténuer les choses. Mais une chose est d’y penser, une autre d’y arriver.

Le Pays (Burkina Faso) / le Potentiel 

 

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