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POLITIQUE

L'actualité Politique de la semaine en RDC

On a beau changer de président, le geste revient. D’abord on s’installe. Ensuite on dit que le pays a besoin de continuité. Puis on touche à la règle qui fixait la date de sortie. Mobutu l’a fait à sa manière. Joseph Kabila à la sienne. Félix Tshisekedi y entre aujourd’hui avec d’autres mots, la même logique.Personne n’oblige à coller le léopard sur le costume actuel. Ce n’est pas ça, le sujet. Le sujet, c’est une habitude de pouvoir : traiter l’État comme un bien qu’on garde, et la Constitution comme un obstacle qu’on contourne dès qu’elle rappelle l’heure.
 
On ne commence jamais par dire « je reste »
Mobutu n’a pas inauguré le Zaïre en annonçant un trône pour la vie. Il a parlé de salut national, d’unité, d’homme indispensable. Kabila, vers la fin, n’a pas crié « troisième mandat ». Il a parlé de calendrier, d’institutions inachevées, d’un pays « pas prêt ».Tshisekedi reprend cette pente. Deux mandats, plafond prévu pour 2028. Un article de la Constitution — le 220 — qui interdit de jouer avec cette limite. Et malgré cela, depuis 2026, le décor bouge : une loi pour un référendum, une Cour qui laisse passer le texte avec des réserves, un Parlement déjà tenu par la majorité, cette phrase lâchée en public — il acceptera de revenir « si le peuple le veut » — et cette autre, plus lourde : pas de scrutin national tant que l’Est reste en guerre. Rien de tout cela n’est encore un troisième mandat signé. Tout cela prépare le pays à trouver normal qu’il puisse y en avoir un. Dans cette école du pouvoir, on n’arrache pas d’abord la page. On apprend aux gens à ne plus la lire comme une interdiction
 
Quand la loi dérange, on change la loi
La Constitution de 2006 n’est pas un grimoire pour professeurs. C’est le souvenir vivant de ce qui a stoppé Kabila : une date, une limite, une rue, des Églises. On savait, à l’époque, pourquoi ce verrou existait. On savait ce qui arrive quand un homme au palais se met à réécrire le contrat.
 
Aujourd’hui, ceux qui tiennent l’Assemblée et le Sénat avancent une réforme. Officiellement, il s’agirait de corriger un texte imparfait. Dans les faits, le calendrier colle trop bien à la fin du second quinquennat. L’opposition y voit une porte dérobée. Le camp présidentiel y voit une modernisation. Une seule question tranche : pourquoi cette modernisation-là, maintenant, et pas après l’alternance ? Mobutu remplaçait les textes comme on change de décor. Kabila a plutôt reculé l’horloge. Tshisekedi choisit une voie plus habile : le peuple consulté, les juges saisis, le Parlement déjà acquis. Sur le papier, tout a une forme légale. Dans la pratique, c’est le même réflexe : la règle vaut tant qu’elle ne dit pas « c’est fini ».
Une loi fondamentale qu’on salue le matin et qu’on veut recoudre le soir n’est plus une loi. C’est un outil.
 
On parle au nom du peuple après avoir saturé les lieux où le peuple pèse« Si le peuple le souhaite. »
La formule sonne bien. Elle a servi avant. Chez Mobutu, le peuple « voulait » un seul parti. Chez Kabila, le peuple « n’était pas mûr » pour voter à l’heure. Chez Tshisekedi, on convoque le peuple pour un référendum dont le cadre est dessiné par ceux qui ont déjà les chambres, l’administration, et, dans la rue, des relais accusés d’occuper le bitume avec la police.
 
Les marches de septembre l’ont montré. La coalition qui refuse la révision est sortie. Ça a fini en gaz, en bousculades, en leaders empêchés, en récits contraires. D’un côté : maintien de l’ordre. De l’autre : piège. Chaque pouvoir qui glisse dit la même chose : nous n’avons fait que protéger la ville.Vient ensuite le lien avec l’Est. Goma et Bukavu hors contrôle, c’est un fait, pas un slogan. Organiser une présidentielle sans deux capitales provinciales pose un vrai problème. Le basculement commence quand ce problème devient une doctrine : pas de paix, pas d’élection ; pas d’élection, pas de départ. La guerre a rarement empêché un homme de rester. Elle a souvent empêché le pays de le remplacer.
 
L’État comme réserve, pas comme bien commun
Le réflexe Mobutu n’est pas seulement juridique. C’est une manière de se servir de la République. On n’administre pas d’abord. On répartit. Fidèles, réseaux, province d’origine, cabinet dans l’ombre. Kabila n’a pas cassé cette habitude. Tshisekedi non plus.
 
On peut aligner des chantiers, des discours de rupture, quelques dossiers portés devant les juges. La structure tient : une majorité fabriquée assez large pour voter ce qu’il faut, une opposition trop faible dans les institutions, un centre de décision qui pèse plus que le gouvernement affiché. L’élection existe. La possibilité réelle de faire partir le pouvoir, elle, se rétrécit.Le nom Tshisekedi rend le geste plus dur à avaler. Étienne a passé sa vie à dire qu’un homme ne s’installe pas sur le pays. Si le fils emprunte, morceau par morceau, la méthode de celui que le père a combattu, ce n’est pas une anecdote de famille. C’est la preuve que la machine est plus forte que les héritages.
 
L’Est n’efface pas le réflexe. Il le nourritIl serait malhonnête de faire comme si Kinshasa inventait toute la crise. En 2025, le M23, appuyé — selon l’ONU — par Kigali, a pris les deux grandes villes de l’Est. Des structures parallèles tiennent encore le terrain. Les pourparlers n’ont pas rendu les armes. Les civils paient. Le Rwanda a sa responsabilité. L’armée congolaise a la sienne. Les milices aussi. C’est pourtant dans ces heures-là que le vieux réflexe s’installe le mieux. L’ennemi est à la frontière. L’intégrité du territoire est en jeu. « Ce n’est pas le moment. » Un président peut avoir raison sur l’agression et avoir tort sur sa propre durée. L’une ne lave pas l’autre.Pire : plus Kinshasa donne le spectacle d’une réforme taillée pour l’homme en place, plus ceux qui occupent l’Est tiennent un récit tout prêt. On ne défend pas un pays uniquement à la frontière. On le défend aussi en montrant que l’État n’appartient à personne. Un pouvoir occupé à se reconduire offre à ses adversaires ce que Mobutu a fini par leur offrir : la preuve que la République a un propriétaire.
 
Pas le même visage
Le même pliIl faut tenir les deux bouts.Tshisekedi n’a pas le parti unique, ni le culte d’État, ni trois décennies derrière lui. Faire comme si 2026 était déjà 1990, c’est paresser. Faire comme si rien ne rappelait 1990 parce que la télévision a changé, c’est paresser autrement — et ça arrange le palais.Le pli est visible : la règle devient discutable dès qu’elle fixe une sortie ; on parle au peuple après avoir rempli les institutions ; la guerre donne le tempo ; partir n’est plus une obligation, c’est une option.
 
C’est le chemin de Mobutu. Kabila l’a suivi jusqu’au mur. Tshisekedi y marche. Il peut encore s’arrêter : ne pas toucher à la limite, tenir 2028, s’en aller. Tant qu’il avance dans l’autre direction, on n’assiste pas à une simple remise à jour des textes. On assiste à une récidive. 
Le Congo n’a jamais manqué d’hommes qui se croyaient nécessaires. Il a manqué d’une règle plus dure que ces hommes-là. Chaque fois qu’un président commence à expliquer que, cette fois, la règle doit plier, le vieux réflexe est déjà au travail. Les discours d’unité, les dialogues, les consultations : tout cela n’est que le bruit qui accompagne la volonté de rester.
 
Claude Mulumba / contributeur
 
 
 

 

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