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AMÉRIQUES

L'actualité de la semaine en Amerique

Inconnu du grand public jusqu’à cette année, Gregory Bovino s’est hissé jusqu'aux sommets de la hiérarchie de la police migratoire des États-Unis. Ce chantre des opérations militarisées incarne la passion pour l’image et le grand spectacle de l’administration Trump. 

Trouvez l’intrus. Au milieu des agents de la police aux frontières sous ses ordres, Gregory Bovino détonne. Entouré des faces cagoulées et masquées des petits soldats de la politique migratoire violente de Donald Trump, leur chef avance à visage découvert. Deuxième différence : « il n’a pas tout à fait le physique de l'emploi à strictement parler, parce qu'il est beaucoup plus petit que la plupart des membres de la Border Patrol [police aux frontières, ndlr.] », remarque Paul Schor historien spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l'Université Paris Cité.

Pour autant, « il a la tête du méchant dans les films et il en joue beaucoup », poursuit le chercheur. Cheveux courts, traits sévères, yeux plissés…le cinquantenaire a effectivement des airs de Steven Lockjaw, militaire carriériste et névrosé joué par Sean Penn dans le dernier film de Paul Thomas Anderson, Une bataille après l’autre.

Communicant hors pair, Gregory Bovino cultive cette image sur ses différents réseaux sociaux aux quelque centaines de milliers d’abonnés. Étoile montante de la galaxie MAGA, il était pourtant encore parfaitement inconnu du grand public il y a moins d’un an.

Fidèle au poste

Contrairement aux apparences, Gregory Bovino n’est pas un militaire. Voilà plus de trente ans que ce fils d’immigrés italiens sert dans la patrouille frontalière des États-Unis – un corps de police. Le natif de la Caroline du Nord a commencé son service bien loin de chez lui, en Californie. Au fil des années, l’agent Bovino monte en grade et se forge une rugueuse réputation au sein de la police aux frontières. Il effectue même des opérations extérieures au Honduras, en Égypte et dans d’autres pays d’Afrique, rapporte le média américain Newsweek.

Déjà connu « pendant le premier mandat de Donald Trump comme étant hyper-zélé », raconte Paul Schor, ce n’est qu’au retour de l’homme d’affaires à la Maison Blanche que Gregory Bovino frappe un grand coup. Le 7 janvier 2025, le Congrès américain vient de certifier la victoire électorale du milliardaire new-yorkais face à Kamala Harris. L’agent de police lance alors, de son propre chef, une opération baptisée « Return to Sender [retour à l’envoyeur, ndlr.] ». Plusieurs dizaines d’agents sont dépêchés dans le comté de Kern et arrêtent 78 personnes lors de raids sur leurs lieux de travail.

Souvent critiqués pour leurs méthodes – qui relèvent bien souvent du contrôle au faciès – Bovino et ses agents ont été particulièrement mis en cause par certains médias d’investigation, comme Cal Matters et Bellingcat, pour cette opération. Sur les 78 individus interpellés, les « antécédents criminels et/ou d'immigration » de 77 d’entre eux « n'étaient pas connus avant la rencontre » indique un document officiel relatif à l’opération.

Pourtant, ce « retour à l’envoyeur » semble avoir agi comme le tremplin espéré par Gregory Bovino. Il a saisi l’opportunité pour se « positionner » le plus tôt possible, pour montrer « que lui, il était prêt », estime Paul Schor. Rapidement adopté par l’administration Trump, il a notamment été adoubé par Kristi Noem, aux commandes de la politique migratoire répressive des États-Unis. En octobre, la secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis lui a conféré le titre honorifique de « Commandant général » de la patrouille des frontières. Un titre belliqueux que Gregory Bovino endosse à merveille.

« Depuis qu'il est rentré dans la police de l'immigration, il a toujours soutenu sa militarisation. L'idée de faire des raids, des rafles », soulève Paul Schor. Favorable à cet état d’esprit, le gouvernement américain y trouverait ce qu’il cherche réellement. Dans une équipe comme celle de Donald Trump, « très préoccupée de l'image qu’elle projette, parfois plus que des résultats réels, Bovino est la personne qui convient, parce qu'il fait le spectacle », développe l’universitaire.

Nouvelle superstar ?

Et pour faire le show, Gregory Bovino ne recule devant rien. « Il est le visage du département de la Sécurité intérieure et en général, quand il est sur le terrain, il y a des caméras », insiste Paul Schor. Ses opérations, aux allures de coups de communication, convoquent bien souvent tous les codes visuels des plus grands films d’action hollywoodiens.

Depuis septembre 2025 et le début de « Midway Blitz », une opération de grande ampleur d’ICE à Chicago, Gregory Bovino n’a pas manqué de s’illustrer. Au cours d’un raid, le « commandant général » a mobilisé plusieurs hélicoptères de combat Black Hawk pour encercler et investir un immeuble. Une vidéo publiée sur le compte X du département de la Sécurité intérieure met en scène cette opération dans un montage théâtrale d’images au ralenti sur fond de musique épique. « L’obscurité n’est à présent plus votre alliée. Nous vous trouverons », s’enorgueillit la publication.

Monté pour capturer des membres du gang des Tren de Aragua, le raid a abouti à plus d’une trentaine d’arrestations. Il s’est finalement avéré que seuls deux des individus interpellés appartiendraient bel et bien à l’organisation criminelle vénézuélienne. « Ils ont dû relâcher pratiquement tous les gens qui avaient été arrêtés », confirme Paul Schor. « Mais par contre ça a fait des images à la télévision, et l'idée c'est aussi d'envoyer le message que les immigrés doivent avoir peur. »

Et pour ce faire, Gregory Bovino met même ses propres réseaux sociaux à contribution. Il affiche presque quotidiennement des clichés de migrants arrêtés par les forces sous ses ordres sur son compte Instagram. À Noël, il demandait à ses quelque 103 000 abonnés de « ne pas oublier les gardiens inébranlables veillant avec vigilance et assurant la sécurité de tous les Américains ».

Mise en scène sur les réseaux

Mais ses réseaux sont avant tout son espace d’auto-promotion favori. Il s’y met bien souvent en scène, convoquant tantôt la figure de Dark Vador, antagoniste principal de Star Wars, ou encore dans des clips de propagande aux allures martiales. L’inscription « police » sur ses gilets pare-balles en devient presque décorative.

Plus récemment, il a de nouveau fait sensation après être apparu vêtu d’un long manteau kaki, dont plusieurs commentateurs n’ont pas manqué de relever la similitude avec l’iconographie SS. « Il y a beaucoup de références visuelles au fascisme, à l'extrême droite, à la brutalité et je pense que sa hiérarchie le laisse faire parce que ça envoie un message à une partie de leur électorat », souligne Paul Schor. Mais les frasques du bras armé de la lutte anti-immigration deviennent de plus en plus difficiles à défendre.

La hausse fulgurante de la violence des agents sous les ordres de Bovino pourrait bientôt finir par dépasser le chef de meute. Les deux meurtres filmés de Renée Good et d'Alex Pretti mettent à mal sa rhétorique huilée. « Il ment effrontément sur les circonstances de la mort d'Alex Pretti », note Paul Schor. Mais confronté par les journalistes aux vidéos des faits, en contradiction directe avec son discours, « Bovino ne sait pas forcément se sortir de ce genre de situation avec les médias, puisqu'il se borne à répéter la langue de bois de la police ».

« Il reste quand même un exécutant. Il prend des initiatives sans toujours en informer sa hiérarchie, mais je pense qu’au moment où il leur fera perdre plus de voix qu'il ne leur en fait gagner, ils pourront le débrancher. »

Et pour cause, Gregory Bovino vient d'être retiré de Minneapolis par l'administration Trump pour y être remplacé par le « tsar des frontières » Thomas Homan.

rfi

 

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