
Le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a lancé une mise en garde ferme au président de la République Félix Tshisekedi dans une tribune publiée ce lundi 23 mars 2026, au cœur du débat relancé sur une éventuelle révision ou changement de la Constitution de 2006. Dans ce texte cinglant daté du 21 mars, Mukwege fustige la récente « capitulation » de deux figures politiques majeures de l’Union sacrée : Vital Kamerhe (ancien président de l’Assemblée nationale, démissionné en septembre 2025) et Modeste Bahati Lukwebo (ancien vice-président du Sénat, démissionné en mars 2026).
Ces derniers, après s’être publiquement opposés à tout projet de modification constitutionnelle, ont démissionné de leurs postes respectifs avant de réaffirmer leur loyauté au chef de l’État et de solliciter sa grâce présidentielle.Pour Mukwege, ces revirements illustrent le comportement d’opportunistes qui « pourrissent l’image » de la classe politique et ternissent le débat démocratique. Il exhorte explicitement le président Tshisekedi à ne pas suivre les « tambourinaires », terme qu’il reprend à leur propre expression : ces courtisans ou fidèles autoproclamés qui gravitent autour du pouvoir et le poussent vers des réformes constitutionnelles motivées par des intérêts personnels plutôt que par l’intérêt général.« Nous exhortons le Président de la République à ne pas suivre les tambourinaires, selon leur propre expression, car ils sont là pour leurs intérêts personnels », écrit le gynécologue humanitaire, appelant Tshisekedi à écouter sa conscience, le peuple congolais et les principes démocratiques plutôt que ces voix flatteuses.
Ce cri d’alarme intervient alors que le débat sur la Constitution refait surface avec force en RDC, à un peu plus de deux ans des élections de 2027. Des voix au sein de l’Union sacrée, dont le secrétaire général intérimaire de l’UDPS Augustin Kabuya, ont relancé l’idée d’une révision ou d’un changement de la loi fondamentale, arguant que le texte de 2006 serait « épuisé » ou inadapté aux défis actuels. Certains y voient une tentative déguisée d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi (limité à deux mandats par l’article 70).
L’opposition, de son côté, fait bloc contre toute modification : Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Delly Sessanga et d’autres dénoncent un risque de « dérive dictatoriale » et un « déni de démocratie ». Mukwege, figure morale respectée et souvent citée comme possible candidat présidentiel, renforce cette fronde en appelant à préserver l’intégrité du texte fondamental dans un contexte marqué par la guerre à l’Est, les crises sécuritaires et socio-économiques persistantes.La sortie de Mukwege, largement relayée par les médias congolais, risque d’accentuer les divisions au sein de la majorité présidentielle tout en galvanisant l’opposition. Pour l’instant, la présidence n’a pas réagi officiellement, mais le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya a récemment appelé au calme, insistant que la priorité reste la « recouvrer l’intégrité territoriale » face aux rebelles du M23/AFC soutenus par le Rwanda. Le débat constitutionnel, mis en sourdine pendant l’intensification du conflit, semble désormais définitivement de retour sur la scène politique.
Magloire Kibau
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