
Plus rien ne marche en matière de salubrité dans la ville, après la fin du partenariat avec l’Union européenne dans le cadre du Projet PARAU. Serions-nous incapables de nous prendre en charge ?
Environ 72 décharges publiques avaient été érigées depuis 2007 dans huit communes de Kinshasa pour recueillir des ordures ménagères, plastics et industrielles. Près de neuf ans après, l’heure est à l’évaluation. A l’œil nu, l’état des lieux de ces stations offrent un décor désolant. Dans l’ensemble, toutes ces poubelles sont elles-mêmes " malades ". La station construite sur l’avenue Kabambare, entre Bokasa et Kasaï dans la commune de Barumbu, en est une illustration parfaite. Y compris celle située au coin de l’avenue Kabinda, à une diagonale près de 30 mètres de l’hôtel Phoenix, dans la même commune.
Pleines à craquer, détruites parfois de moitié, ces décharges publiques non évacuées chargent à leur tour la voie publique. Elles y déversent le trop-plein de leurs contenus ! Somme toute, des ordures de tous genres et de toutes les odeurs qui vicient l’atmosphère. Automobilistes, motocyclistes, piétons … sont tous obligés de passer par là. Mais tout en prenant le soin de se pincer le nez ! Bien malheureux sont les occupants des maisons d’habitations voisines de ces poubelles. Car, condamnés d’humer au quotidien l’air pollué à l’effet de ces montagnes d’immondices.
Déjà, des voix s’élèvent pour tirer la sonnette d’alarme. "Trop, c’est trop", a lâché un de charretier de passage hier, devant la décharge de Kabambare. Pour combien de temps les Kinois devront-ils continuer à vivre dans cette situation ? Dieu seul sait ! Toutefois, des experts en matière de santé publique redoutent, non sans raison, une catastrophe sanitaire sans précédent dans la ville de Kinshasa. Pourvu que les autorités urbaines changent leur politique d’évacuation de ces montagnes d’immondices qui s’amoncellent jours et nuits.
SERIONS-NOUS INCAPABLES DE NOUS PRENDRE EN CHARGE ?
Les poubelles publiques à Kinshasa sont le fruit d’un partenariat signé en 2007 entre l’Union européenne et le Gouvernement provincial. L’accord portait sur un Projet d’appui à la réhabilitation et l’assainissement urbain (PARAU). A son origine, ce projet avait pour but d’évacuer par semaine plus de 9 000 tonnes des déchets accumulés dans les stations de transfert érigées dans neuf des vingt-quatre municipalités de la vaste métropole rd congolaise. Et, pour réussir le pari de la salubrité publique dans la ville, des camions multi bennes avaient été commis au vidange régulier de ses stations, à raison de 5 à 6 vacations par jour. Destination : le centre d’enfouissement de Mpasa, dans la bourgade Est de Kinshasa.
Selon des informations recueillies hier par Forum des As, ce centre d’enterrement aménagé sur 30 hectares. Recevait par jour, près de 1500 à 1700 mètres cubes d’immondices. Cette politique avait l’avantage de grader les poubelles toujours "propres". Et donc, prête à recevoir à nouveau les ordures ménagères. Hélas. Ce bel élan a perdu de vitesse depuis le désengagement, en aout 2015, de l’Union européenne qui finançait ce projet. C’est alors que le gouvernement provincial de Kinshasa avait confié la gestion des 72 décharges publiques à la Régie d’assainissement et des travaux publics de la ville de Kinshasa (RATPK). Depuis, rien ne semble marcher.
"Depuis le désengagement de l’Union européenne, l’évacuation des immondices ne se fait plus comme auparavant. La RATPK éprouve des difficultés pour fournir du carburant afin de permettre aux véhicules laissés par l’Union Européenne d’évacuer les immondices vers le centre d’enfouissement de Mpasa", confesse sous couvert d’anonymat, un agent de cette régie interrogé hier devant la décharge publique érigée dans un quartier de Kinshasa. Et de poursuivre : " Sur le terrain, nous avons des situations difficiles. Nous avons beaucoup d’immondices qui trainent le plus longtemps possible par manque de carburant. Les véhicules sont souvent en panne. C’est ça la difficulté majeure à laquelle nous sommes confrontés. La population a raison de beaucoup se plaindre, dès lors qu’elle est obligée de vivre côte à côte avec des ordures puantes. Un voisinage gênant qui nous expose tous à des maladies véhiculées par des microbes aérobies." C’est tout dire et tout comprendre à la fois.
A quelques exceptions près, toutes les décharges publiques de Kinshasa présentent la même situation, Ô combien désolante, que celle des poubelles de Kabambare et de Kabinda. La situation est particulièrement dramatique en ce moment où il pleut abondamment sur Kinshasa. Car, assez souvent, les eaux de ruissellement charrient des ordures qu’elles abandonnent sur la route. Sur l’avenue Ngiri-Ngiri, dans la commune portant le même nom, on n’hésite pas de bruler les ordures contenues dans la poubelle. Ces déchets devenus comburants, laissent échapper une épaisse et suffocante couche de fumée qui dure parfois plusieurs jours. Face à ce tableau sombre de la salubrité dans la ville de Kinshasa, une question s’impose. "Sommes-nous vraiment incapables de nous prendre en charge ?"
L-Grevisse KABREL/ Forum des as








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