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POLITIQUE

L'actualité Politique de la semaine en RDC

Le 12 octobre 2026 à Goma, ville contrôlée par la rébellion depuis janvier 2025, l’ancien président Joseph Kabila a été désigné président du Front pour la refondation de la nation (FRN). Ce nouveau mouvement politico-militaire englobe l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le Mouvement du 23 mars (M23). Les vice-présidences reviennent notamment à Corneille Nangaa (jusqu’alors coordinateur de l’AFC), Bertrand Bisimwa (président du M23) et Sultani Makenga (chef militaire). La déclaration fondatrice vise à « fédérer et coordonner toutes les forces de résistance afin de mettre un terme à la tyrannie par tous les moyens, y compris la force ».
 
Kabila, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019, avait été condamné à mort par contumace en septembre 2025 pour trahison et crimes de guerre, les autorités de Kinshasa l’accusant d’être l’un des initiateurs de l’AFC. Il avait multiplié les séjours en zone contrôlée par le M23 depuis mai 2025 et critiqué ouvertement le pouvoir de Félix Tshisekedi dans une allocution du 9 octobre 2026 intitulée « Le pays est en péril », appelant à un dialogue national inclusif et dénonçant une « tyrannie » comparée à celle d’Ivan le Terrible.
 
Le contexte : un M23 sous commandement rwandais et une pression américaine croissante
Le M23/AFC contrôle de vastes pans du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu. Les rapports du Groupe d’experts des Nations unies (notamment celui de juin 2026) estiment ses effectifs à environ 30 000 combattants, appuyés par 14 000 à 18 000 soldats rwandais. Ils documentent un commandement et un contrôle exercés depuis Kigali, avec le général James Kabarebe (conseiller défense de Paul Kagame) assurant la liaison principale avec le mouvement et Kabila, lors de réunions fréquentes à Gisenyi. Les experts notaient déjà une restructuration imminente, avec Kabila « pressenti pour un rôle de premier plan », et des ambitions allant du renversement du gouvernement de Kinshasa à la création d’une région autonome ou d’une « République fédérale du Congo ».
 
Les États-Unis et l’ONU ont largement documenté le soutien rwandais (armes, troupes, logistique), malgré les dénégations de Kigali. Après la signature des Accords de Washington le 4 décembre 2025 sous l’égide de Donald Trump (avec Kagame et Tshisekedi), qui incluaient des engagements de cessez-le-feu, de retrait des forces et d’intégration économique autour des minerais critiques, la mise en œuvre a stagné (environ 35 % selon certaines évaluations). Les sanctions américaines ont frappé l’armée rwandaise (RDF) et plusieurs généraux en mars 2026, puis des réseaux de trafic de minerais (dont une raffinerie d’or) en juin 2026. Washington a multiplié les pressions pour un retrait inconditionnel des forces rwandaises et la fin du soutien au M23, menaçant les investissements et les accords miniers.
 
La cause cachée : Kagame joue la carte Kabila pour « congoliser » la rébellion
Dans ce contexte de pression américaine progressive — sanctions, exigences de retrait, risque de perte d’accès économique privilégié —, la formalisation du leadership de Kabila apparaît comme une manœuvre stratégique de Kigali. Elle vise à donner un visage « congolais » à un mouvement largement perçu comme un proxy rwandais. En plaçant un ancien chef d’État au sommet, on dilue l’accusation d’agression étrangère, on élargit la base politique (en absorbant des figures comme Nangaa, issu de l’appareil électoral de 2018), et on complique les pressions internationales. Les rapports onusiens anticipaient précisément cette restructuration pour renforcer l’attrait politique tout en conservant le contrôle militaire et logistique rwandais.
 
Pour Kagame, dont le régime dépend historiquement de partenariats occidentaux (sécurité, aide, investissements), l’abandon relatif des États-Unis — moins total qu’un isolement complet, mais réel sur le dossier M23 — impose de diversifier les leviers. Kabila, déjà en rupture totale avec Tshisekedi et sous le coup de condamnations, offre une caution interne et une alternative politique qui peut servir les intérêts de Kigali sans exposer directement le Rwanda. Cela s’inscrit dans une logique de long terme : consolider un contrôle territorial à l’Est (minerais, administration parallèle) tout en maintenant une option de pression sur Kinshasa.
 
Une chance pour la RDC de se libérer de l’emprise rwandaise… et de remettre en cause le régime Tshisekedi ?
Cette recomposition peut, paradoxalement, ouvrir des opportunités pour la RDC. En « congolisant » le M23, elle met en lumière les contradictions internes congolaises et réduit la capacité de Kigali à nier son implication. Pour les forces critiques du pouvoir actuel, elle offre un levier contre un régime décrié : accusations de gouvernance patrimoniale, corruption, instrumentalisation des institutions, et surtout la perspective d’un troisième mandat via une réforme constitutionnelle (projets de loi et référendum pour « remettre les compteurs à zéro », alors que la Constitution de 2006 limite à deux mandats et que le second de Tshisekedi s’achève en 2028). Les avancées parlementaires sur ce sujet ont alimenté les craintes d’un « coup d’État constitutionnel », tandis que Kabila et d’autres dénoncent la « tyrannie » et l’absence de dialogue inclusif.
 
Cependant, les risques sont majeurs. Une escalade militaire « par tous les moyens, y compris la force » menacerait davantage la souveraineté territoriale, les populations civiles et les ressources minérales déjà pillées. L’alliance avec un mouvement documenté comme soutenu par une armée étrangère renforce plutôt qu’elle n’affaiblit l’emprise rwandaise à court terme, même sous un vernis congolais. Pour Kinshasa, la réponse purement militaire a montré ses limites face à des forces mieux équipées et commandées.
 
La seule voie crédible : un dialogue ouvert à tous
Face à cette impasse, la seule solution durable pour le pouvoir en place réside dans un dialogue national inclusif ouvert à toutes les parties — opposition politique, forces armées et politiques de l’Est, société civile, et partenaires régionaux — plutôt que dans l’exclusion (Kabila, AFC/M23) ou le report d’échéances constitutionnelles. Les initiatives régionales, de la CENCO ou de médiateurs ont déjà été proposées ; les ignorer renforce les narratifs de « tyrannie » et alimente les recompositions armées. Un tel dialogue doit aborder les causes profondes : gouvernance, partage des ressources, sécurité frontalière (y compris la neutralisation des FDLR), et respect des limites constitutionnelles. Sans cela, la RDC risque une fragmentation durable de l’Est, une perte de contrôle sur ses minerais stratégiques et une dépendance prolongée à des équilibres externes instables.
 
L’annonce du FRN marque un tournant : elle formalise des alliances longtemps niées et expose les calculs de Kigali sous pression américaine. Elle offre à la RDC une fenêtre pour recentrer le débat sur ses propres contradictions politiques et institutionnelles, à condition que Kinshasa choisisse le dialogue plutôt que la confrontation exclusive. Sinon, la « refondation » restera une entreprise armée au service d’intérêts multiples, rwandais et locaux, au détriment de la souveraineté congolaise.
 
Nadine Kibau

 

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