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SOCIÉTÉ

L'actualité sociale de la semaine en RDC

Un vaccin qui permet d’immuniser les populations menacées pourrait freiner la propagation de cette fièvre hémorragique, la pire à avoir jamais sévi dans ce pays. Malheureusement, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le distribue au compte-gouttes, accuse l’organisation humanitaire Médecins sans frontières.

C’est que seules les personnes dont le nom figure sur une liste établie par l’OMS, et recensant les proches de patients contaminés, ont accès à la vaccination, explique Jason Nickerson, de la section canadienne de MSF, qui revient d’une mission de deux semaines en RDC.

Lors de son séjour de deux semaines, en septembre, Jason Nickerson a pu suivre une équipe de vaccination sur le terrain et constater que des restants de fioles de vaccin sont régulièrement jetés parce qu’il n’y a pas assez de personnes admissibles à la vaccination. Et ce, alors que des gens souhaitant être vaccinés n’ont pas accès à l’injection.

Nous disposons de 20 000 à 30 000 doses quotidiennes dans l’ensemble du pays, alors que de 500 à 1000 personnes seulement sont vaccinées chaque jour »,

Jason Nickerson, conseiller aux affaires humanitaires auprès de MSF

De plus, la société Merck, la seule à distribuer le vaccin rVSV-ZEBOV, qui n’a pas encore été officiellement homologué, mais qui a fait ses preuves lors de l’épidémie ouest-africaine en 2014 et en 2015, dispose de 190 000 doses supplémentaires prêtes à être livrées en RDC, souligne Jason Nickerson.

Jugé efficace et inoffensif, le vaccin a droit à un « accès élargi », en attendant son homologation.

« Nous ne comprenons pas pourquoi la vaccination doit suivre un protocole aussi rigide et pourquoi le rythme de vaccination est aussi lent », dénonce Jason Nickerson. Il signale qu’un comité interne de l’OMS avait recommandé de procéder à une campagne de vaccination « géographique », où tous les habitants des zones atteintes pourraient recevoir l’injection.

Mais l’OMS a plutôt choisi de procéder par des listes qui limitent l’inoculation aux personnes ayant eu des contacts avec des personnes atteintes par le virus. Des listes qui comportent des « trous », selon Jason Nickerson.

Résultat : de 500 à 1000 personnes seulement sont vaccinées chaque jour, alors qu’il faudrait faire passer ce rythme à au moins 2000 vaccinations quotidiennes, affirme MSF. L’organisation humanitaire constate aussi que dans une des communautés atteintes, à Beni, un tiers du personnel médical particulièrement exposé à la contamination n’a toujours pas reçu le vaccin.

Les restrictions actuelles, affirme MSF dans un communiqué, « c’est comme donner un seau d’eau à des pompiers pour éteindre un incendie, mais en les autorisant qu’à y puiser une tasse par jour ».

L’organisation médicale reproche à l’OMS une gestion « opaque » de la campagne de vaccination. Et réclame la création d’un comité de coordination international indépendant pour gérer la gestion des stocks de vaccins de manière plus « transparente ».

L’épidémie qui avait frappé en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone dans les années 2014 et 2015 avait fait elle aussi 2000 morts. Le taux de mortalité des patients contaminés est le même aujourd’hui qu’à l’époque, signale MSF, soit 67 %.

C’est la 10e fois que la RDC est frappée par cette maladie qui tue deux personnes atteintes sur trois. Mais c’est de loin sa crise la plus grave. L’OMS a d’ailleurs qualifié l’épidémie déclarée le 1er août 2018 « d’urgence de santé publique de portée internationale ».

Jusqu’à maintenant, 225 000 personnes ont pu bénéficier de la vaccination, ce qui est nettement insuffisant, selon MSF.

Les porte-parole de l’OMS n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue, mais l’organisation a démenti toute limitation de l’accès au vaccin dans un entretien avec l’AFP.

« Nous collaborons étroitement avec le gouvernement de la RDC pour atteindre le plus de communautés possible dans la zone de l’épidémie. Nous ne limitons pas l’accès au vaccin, mais mettons plutôt en place une stratégie recommandée par un comité d’experts indépendants », a affirmé le directeur des programmes d’urgence de l’OMS, Mike Ryan, cité par l’agence de presse.

 

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