Le 23 février, lors de l'émission de NBC Meet The Press, le plus haut responsable noir du Congrès, Jim Clyburn, le « whip » de la majorité de la Chambre des représentants, élu de Caroline du Sud, a, en deux phrases, fait cesser les hésitations que pouvaient avoir les électeurs afro-américains de son État sur le choix de leur candidat aux primaires démocrates
D'abord en leur disant qu'il était temps de restaurer la dignité des États-Unis et le respect qu'ils doivent inspirer. Pour cela, et donc pour se débarrasser de Donald Trump, il ne faut pas, a-t-il dit, choisir un homme avec lequel les candidats démocrates, en particulier noirs, aux mandats de sénateurs de représentants, de gouverneurs ne se sentiraient pas à l'aise parce qu'il professe des idées qui ne sont pas franchement les leurs. Parce que trop « libérales », trop éloignées du corpus de pensée de leur communauté.
« Je connais, nous connaissons Joe Biden. Mais ce qui est plus important, c'est que Joe Biden nous connaît », a encore précisé l'élu afro-américain deux jours plus tard en adoubant officiellement pour la Caroline du Sud Joe Biden, qui a été le vice-président de Barack Obama, premier président noir des États-Unis.
Un soutien qui entre le samedi, jour de la primaire en Caroline du Sud, et le mardi, Super Tuesday, a fait basculer le choix des démocrates. Et a été le moteur d'une véritable résurrection de Joe Biden, que l'on disait presque politiquement mort à la veille de cette primaire. Après avoir rassemblé 61 % du vote noir en Caroline, et remporté la primaire avec plus de 40 points d'avance sur Sanders, Joe Biden a survolé le Super Tuesday, dont on disait, à peine une semaine auparavant, qu'il serait sa dernière bataille. Partout, et même dans les États de l'Ouest, Utah, Colorado, Californie, qu'il n'a pas gagnés, le vote noir a majoritairement choisi Biden. Et limité la moisson possible de délégués pour Bernie Sanders.
Faiseur de rois
Certes, ce ralliement des Afro-Américains, qui, déjouant tous les pronostics d'abstention, ne s'étaient jamais déplacés aussi nombreux pour soutenir Joe Biden, rejoint à point nommé l'establishment démocrate modéré que commençait sérieusement à inquiéter la cavalcade victorieuse du « radical » Sanders. Bien sûr, le ralliement de Pete Buttigieg, le maire de l'Indiana qui avait gagné le caucus de l'Iowa, comme celui de la sénatrice du Minnesota, Amy Klobuchar, ont donné un petit coup de pouce à l'ancien vice-président.
Mais l'histoire retiendra que c'est le surgissement du vote noir qui a fait basculer la primaire grâce à un homme, Jim Clyburn, qui, en 2008, avait fait battre Hillary Clinton de 29 points aux primaires démocrates. Ce qui lui avait valu une mémorable prise de bec avec l'ancien président Bill Clinton argumentant que le seul vote utile était pour sa femme et non pour cet obscur sénateur du Michigan qu'était alors Barack Obama. Ce à quoi Clyburn lui avait vertement répondu que lui qui se disait l'héritier de Kennedy et de la lutte pour les droits civiques ne devrait pas négliger le vote de la communauté afro-américaine, car, s'il avait passé sans encombre le vote d'impeachment, en 1998, c'était bien parce que les parlementaires noirs l'avaient soutenu.
Un ticket Biden-Clyburn ?
Les primaires des 10 et 17 mars montreront si la « remontada » de Joe Biden se confirme et s'il conserve la première place pour la convention démocrate de Milwaukee le 13 juillet. Il n'est pas impossible alors qu'au moment de choisir un colistier il se souvienne de celui qui a contribué à le faire roi : Jim Clyburn a l'avantage d'être plus progressiste que l'ancien second d'Obama. Ce qui permettrait de rallier les déçus du vote Sanders. Un ticket Biden-Clyburn en 2020 après Obama-Biden en 2008, quelle affiche !
Le Point
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