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La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) appelle le Gouvernement congolais à formuler une demande formelle d'institution d'un Tribunal pénal spécial pour la RDC, chargé spécialement d'engager des poursuites contre les présumés responsables internes et externes, des milliers de morts et des auteurs des actes de violation massive des droits humains évoquée dans le Rapport Mapping 2010.

C'est le plaidoyer fait hier lundi 19 octobre, par le secrétaire général de cette organisation de l'Eglise catholique, Abbé Donatien Nshole, au cours d'une conférence de presse au Centre interdiocésain à Kinshasa.

" Exigeons de notre Gouvernement de faire une demande formelle d'institution d'un Tribunal pénal spécial pour la RDC Congo afin d'engager des poursuites contre les présumés responsables, internes et externes, des milliers de morts et des victimes de violation massive des droits humains évoquée dans le rapport Mapping de 2010 ", a-t-il déclaré.

VIVEMENT L'IMPLICATION DE FELIX TSHISEKEDI

Cet appel lancé par les pères de l'Eglise catholique de Rome en Rdc a vite trouvé un écho favorable dans l'opinion et dans la classe politique. Nombre d'analystes abordés s'interrogent sur les raisons du retard de la RDC dans la formulation de la demande de mise en place d'institution de cette juridiction internationale comme ce fut le cas pour le Rwanda et l'ex-Yougoslavie.

Ces derniers pensent qu'au regard de la montée des actes de tueries et de violation des droits humains dans la partie Est de la RDC, dix ans après ledit rapport, il est impérieux pour le Gouvernement congolais de se doter, sans tarder, d'une juridiction chargée de réprimer ces infractions.

" Qu'est ce qui expliquerait le fait que, 10 ans après la publication du rapport Mapping, notre pays n'arrive toujours pas à adresser formellement sa demande d'institution de ce Tribunal. Nous demandons au président de la République de s'impliquer personnellement pour que cette juridiction soit enfin installée ", a plaidé un juriste.

COMBAT DE FAYULU ET MUKWEGE

On rappelle que ce plaidoyer de la CENCO fait suite à celui du candidat malheureux à la présidentielle de décembre 2018, Martin Fayulu. Au cours d'une conférence de presse, le 9 octobre dernier, celui qui se fait appeler " soldat du peuple", avait promis de s'investir pour que les auteurs présumés des crimes commis en RDC soient sévèrement punis.

Un peu plus tard, au mois de septembre dernier, le parlement européen a soutenu le plaidoyer du prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, pour la création d'un Tribunal pénal international (TPI) pour juger les auteurs de crimes perpétrés dans l'Est de la RDC et les cas avérés de violations des droits de l'homme remontant à avant 2002.

Au-delà des déclarations de ces deux personnalités, des organisations de la Société civile dans la partie Est de la RDC ont organisé des actions de rue pour exiger également des sanctions pénales contre les auteurs de ces actes odieux.

RESISTER PACIFIQUEMENT CONTRE LA BALKANISATION

Outre leur plaidoyer en faveur d'un TPI pour la Rdc, les évêques catholiques ont également appelé l'État congolais à manifester davantage son autorité et d'exercer son pouvoir régalien, de combattre particulièrement la corruption, l'impunité, de mettre hors d'état de nuire les complices de l'insécurité et d'affirmer sa souveraineté vis-à-vis des États tiers.

Aussi, ont-ils encouragé le peuple congolais à résister pacifiquement à toute tentative de balkanisation, de dépeuplement et de l'occupation des terres par la cohésion nationale et le refus de la trahison, en privilégiant le sursaut patriotique aux côtés des forces armées et de sécurité régulières.

" La RDC est notre terre, don béni, notre patrimoine inaliénable, et nous ne devons pas nous le laisser ravir ", a déclaré le secrétaire général de la CENCO, l'abbé Donatien Nshole sur un ton ferme.

UN RAPPORT ENSANGLANTE

Elaboré par le Haut-commissariat des Nations-Unies aux droits de l'homme, le rapport Mapping, publié en 2010, décrit les violations les plus graves des droits humains et du droit international humanitaire commises en RDC entre mars 1993 et juin 2003.

Il s'agit d'un document "dense et détaillé, basé sur des recherches extensives et rigoureuses" effectuées par une équipe d'une vingtaine de professionnels congolais et internationaux en matière de droits humains sur une période de 12 mois.

Le rapport a documenté 617 incidents les plus graves survenus sur toute l'étendue du territoire national congolais en 10 ans et fournit des détails sur des graves massacres, de violences sexuelles et d'attaques contre des enfants, ainsi que d'autres exactions commises par une série d'acteurs armés, notamment des armées étrangères et des groupes rebelles. Orly-Darel NGIAMBUKULU

Peuple congolais, ne nous laissons pas voler notre souveraineté !

Réveillons-nous de notre sommeil pour un engagement citoyen (cf. Rm13,11)

Message de la 57ème Assemblée Plénière des Evêques Membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO)

 

1. Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques, membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), réunis en Assemblée Plénière à Kinshasa, du 12 au 15 octobre 2020, mus par notre sollicitude pastorale, nous sommes penchés, entre autres, sur la situation alarmante que traverse la RD Congo, notre terre de prédilection,

2. Avant toute chose, nous rendons grâce à Dieu qui a épargné notre pays de la catastrophe redoutée, suite à la pandémie de la COVID-19 et nous implorons sa miséricorde pour ceux qui nous ont quittés. Nous remercions nos fidèles catholiques et les hommes de bonne volonté de leurs prières et de leur soutien aux œuvres de l'Eglise et aux personnes en détresse, au moment fort de cette crise sanitaire. Cet élan de solidarité, prouve à suffisance que le Peuple congolais est capable de s'entraider et de se prendre en charge dans les situations difficiles. Toutefois, ne baissons pas la garde et continuons à respecter scrupuleusement les gestes barrières contre la pandémie.

I. BLOCAGE

3. Nous attirons l'attention de notre peuple sur le blocage du fonctionnement des Institutions étatiques. Malgré nos différents appels aux alliés de la coalition au pouvoir de cesser leurs querelles intestines et de se consacrer à travailler plutôt pour l'intérêt de la population, nous sommes profondément peines de constater que les Acteurs politiques accusent une indifférence révoltante pendant que le pays est au bord de la faillite.

Il se trouve dans l'impasse à cause de la crise politique croissante et de ses conséquences. La paralysie de la coalition affecte et infecte tous les secteurs de la vie nationale.

4. Au moment où les Congolais et les Congolaises croupissent dans une misère indescriptible aggravée par la COVID-19, les alliés au pouvoir consacrent leurs énergies aux calculs de positionnement par rapport aux élections de 2023 en vue de conserver ou de reconquérir le pouvoir.

5. L'obsession du pouvoir pour le pouvoir porte à confisquer la souveraineté du Peuple congolais. Autrement, comment expliquer tant de manigances pour le contrôle de la CENI et l'absence du consensus autour des réformes électorales qui présagent un glissement de plus ? A cela s'ajoutent les fléaux du tribalisme et les conflits communautaires, souvent fomentés et exacerbés par les mêmes Acteurs politiques, qui sacrifient les compétences et la méritocratie dans la gestion de la chose publique au profit des intérêts partisans.

6. Pire encore, le pays se retrouve dans une situation où la plus haute instance du pouvoir judiciaire, à savoir la Cour constitutionnelle, est mise dans l'impossibilité d'exercer sa mission. Faute de quorum, tout le système est bloqué.

II. CONSEQUENCES Au plan socio-économique

7. En vue de relancer la croissance économique, un certain nombre de mesures ont été prises, notamment la mise en application du Code minier, les mécanismes de lutte contre la corruption et l'investissement pour l'autosuffisance alimentaire. Cependant, l'économie du pays connaît une forte régression avec une diminution drastique du pouvoir d'achat de la population, et partant, un accroissement de la pauvreté et du chômage. Le secteur minier sur lequel le pays pouvait compter est, comme beaucoup d'autres, gangrené par la corruption et bénéficie plus à quelques individus, aux multinationales et aux " groupes criminels militarisés " qu'à la population.

8. Par ailleurs, cette situation entraîne la baisse inquiétante de la réserve de changes et un blocage économique. Elle est d'autant plus préoccupante que notre pays reste encore tributaire de l'appui et de l'encadrement international spécial pour sa survie et son fonctionnement.

9. Compte tenu du blocage politique et économique que connaît notre pays, les efforts entrepris tels que la gratuité de l'enseignement de base, et le début de la régularisation de la paie des enseignants, risquent d'être anéantis.

Au plan sécuritaire et humanitaire

10. La situation sécuritaire demeure délétère spécialement dans la partie orientale du pays, notamment dans les Provinces de l'Ituri, du Nord et du Sud Kivu ainsi que de Tanganyika. Nous y remarquons la stratégie de dépeuplement par des massacres des populations locales, d'occupation des terres et de contrôle de ressources naturelles. Les massacres perpétrés dans les Territoires de Béni et de Djugu, tout comme les conflits communautaires dans la zone de Minembwe, illustrent à suffisance cette situation. Aussi les conflits communautaires récurrents démontrent-ils la faiblesse de l'Etat congolais qui semble inexistant dans les lieux où prolifèrent les milices et groupes armés de tout genre avec leur cortège de misère.

11. Dans plusieurs autres Provinces, tant de faits nous tourmentent par leur gravité et leur répétition : les enlèvements avec demande de rançon, les vols à mains armées, les viols, les assassinats, etc. A cela s'ajoutent les conflits frontaliers avec la quasi-totalité des pays voisins dont les forces armées régulières font des incursions sur le territoire de la RD Congo et occupent des villages et cités de notre pays.

Au plan de droits humains

12. Alors que les élections de 2018, placées sous le signe de changement, ont malgré tout nourri l'espoir de l'avènement d'un Etat de droit, il s'observe malheureusement, une restriction des droits humains. En effet, l'élan des libertés d'expression et de manifestation publique, salué avec enthousiasme par notre population, évolue en dents de scie. Ici et là, certains partis politiques se substituent aux services étatiques et portent atteinte non seulement à l'ordre publie, mais aussi à la dignité humaine et au respect des droits humains.

13. Le procès dit de " cent jours " et les enquêtes judiciaires en cours suscitent beaucoup d'espoir en une Justice qui ferait effectivement grandir la Nation. Tout reste à savoir si cette dynamique ira jusqu'au bout.

III. EXHORTATIONS

14. Peuple congolais, ne nous laissons pas voler notre souveraineté ! Notre situation changera à partir du jour où ceux qui sont au pouvoir comprendront que pour y demeurer ou y accéder, ils doivent servir nos intérêts. C'est pourquoi, pour ne pas nous laisser voler notre souveraineté :

1° Sortons de notre torpeur et demeurons vigilants sur le respect de la Constitution, notamment les articles verrouillés, ainsi que sur l'indépendance réelle du Bureau de la CENI et de la Magistrature.

2° Exerçons effectivement notre droit de souverain primaire et agissons pour empêcher toute tentative de confisquer notre droit de choisir nos dirigeants et de nous prononcer sur le destin de notre pays.

3° Continuons à être créatifs, ardents au travail et solidaires, pour faire face aux conséquences économiques vécues au quotidien.

4° Résistons pacifiquement à la balkanisation de notre pays, au dépeuplement et à l'occupation des terres par la cohésion nationale et le refus de la trahison, en privilégiant le sursaut du patriotisme aux côtés de nos Forces armées et de sécurité. La RD Congo est notre terre, " don béni", notre patrimoine inaliénable, et nous ne devons pas nous le laisser ravir.

5° Exigeons de notre Gouvernement de faire une demande formelle d'institution d'un Tribunal pénal spécial pour la RD Congo afin d'engager des poursuites contre les présumés responsables, internes et externes, des milliers de morts et des victimes de violation massive des droits humains évoquée dans le rapport Mapping de 2010.

15. Nous demandons à notre Etat de manifester davantage son autorité et d'exercer son pouvoir régalien, de combattre particulièrement la corruption, l'impunité, de mettre hors d'état de nuire les complices de l'insécurité et d'affirmer sa souveraineté vis-à-vis des Etats tiers.

16. Forts de notre collégialité affective et effective, nous dénonçons et condamnons vigoureusement les menaces de mort proférées contre nos frères dans l'Episcopat, Nosseigneurs Dieudonné URINGI, Evêque de Bunia et Sébastien MUYENGO, Evêque d'Uvira. Conscients de leur mission prophétique, ils n'ont fait qu'exercer leur ministère de Pasteurs soucieux du bien-être et de la cohabitation pacifique des peuples confiés à leur sollicitude pastorale.

17. Nous exhortons les Acteurs politiques à se mettre sincèrement au service du bien commun. En tant que serviteurs du peuple, qu'ils se préoccupent de son bien-être et qu'ils soient prêts à lui rendre compte. Comme l'indique le Pape François, ils devraient se poser la question, non de savoir : " combien de personnes m'ont approuvé ? Combien de personnes ont voté pour moi ? Combien de personnes ont eu une image positive de moi ? " ; mais plutôt : " Quel amour ai-je mis dans le travail ? En quoi ai-je fait progresser le peuple ? Quelle marque ai-je laissée dans la société, quels liens réels ai-je construits, quelles forces positives ai-je libérées, quelle paix sociale ai-je semée, qu'ai-je réalisé au poste qui m'a été confié ? "2.

CONCLUSION 18. Peuple congolais, l'heure de nous mettre debout et de marcher dans la lumière a sonné. Réveillons-nous de notre sommeil pour un engagement citoyen (cf. Rml3,ll). Tenons fort et restons fidèles aux idéaux tracés par nos pères de l'indépendance, pour léguer ainsi aux générations à venir non plus un Congo de pleurs et de larmes, de divisions et de guerres, mais un pays prospère, un Congo de paix, de réconciliation, de fraternité. Il y va de la responsabilité de chacun3. 19. Cependant, nous ne pourrons espérer réaliser notre rêve sans le Seigneur (cf. Ps 126,1). Restons fermes dans la confiance en Lui le Tout Puissant et à demeurons vigilants dans la prière. 20. Que par l'intercession de la Vierge Marie, Notre Dame du Congo, le Seigneur bénisse notre pays. Kinshasa, le 15 octobre 2020.

 

 

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